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Dimanche 13 novembre 2011 7 13 /11 /Nov /2011 12:12

Mon nouvel ouvrage sur le Trégor vient de paraître chez Géorama, la sympathique maison d'édition brestoise de Didier Labouche. On conseillera d'ailleurs une visite à la librairie des voyageurs, pas très loin de la rue de Siam.

 

 

 

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Alimenté par mes articles pour ArMen et le Télégramme, j'ai eu beaucoup de plaisir à réaliser cet ouvrage sur ma région d'origine, le Trégor qui, sans chauvinisme aucun, est l'une des plus belles de Bretagne...

 

 

On y trouvera aussi les magnifiques photos de Jean-Yves Guillaume, qui possède la plus impressionnante des photothèques bretonnes.

 

 

Je serai en dédicace :

 

- Le samedi 26 novembre à l'Espace culturel de Morlaix, entre 15 H et 17 h 30.

 

- Le samedi 10 décembre, à la maison de la presse de Morlaix, entre 10 h et 12 H.

 

- Le mardi 20 décembre, à la librairie Mots et Images, à Guingamp, de 16 h 30 à 18 H 30

 

 

 

 tregorcouv-copie-1.jpg

Par ECLF - Publié dans : actualité - Communauté : La Bretagne
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Lundi 3 octobre 2011 1 03 /10 /Oct /2011 10:13

Avec trois langues officielles, le Val d’Aran possède un statut original dans l’Europe des langues les moins répandues. Cette vallée occitane du centre des Pyrénées, devenue une destination touristique prisée, possède en effet une identité singulière désormais reconnue par la communauté autonome de Catalogne.

Le Val d’Aran (Vath d’Aran, signifiant en occitan la “vallée de la vallée”) est situé dans une zone, la chaîne des Pyrénées, qui ne manque pas de curiosités géopolitiques et linguistiques. Les frontières entre États ne sont ainsi toujours pas délimitées dans plusieurs zones ; on y trouve des enclaves comme celle de Lidia en Cerdagne ou le pays Quint, au Pays basque, sans compter l’existence d’un micro- État, la principauté d’Andorre, connu surtout pour ses commerces de produits détaxés. On y parle aussi plusieurs langues : l’espagnol et le français bien sûr, mais également le basque, le catalan et l’occitan. Cette dernière langue est parlée pratiquée par trois millions de personnes dans tout le sud de la France, dans quelques vallées du Piémont italien et au Val d’Aran, où elle a un statut officiel depuis une trentaine d’années.

 

Une vallée pyrénéenne

Situé sur le versant nord des Pyrénées, le Val d’Aran occupe une superficie d’un peu plus de six cents kilomètres carrés, au nord-ouest de la communauté autonome de Catalogne. Cette vallée constitue, depuis la Préhistoire, l’un des points de passage entre le nord et le sud du massif montagneux. Outre une économie pastorale traditionnelle, ce territoire a toujours profité des échanges entre les deux côtés des Pyrénées. Il a ainsi été longtemps une terre de contrebandiers, avant que la construction européenne et l’effacement des frontières ne rendent caduque cette activité. Si aujourd’hui, une partie des dix mille Arannais travaille dans les venta, ces commerces frontaliers où les clients français viennent acheter des produits espagnols à bas prix, l’économie du territoire est désormais tournée vers le tourisme. Plusieurs stations de ski ont été construites sur les hautes montagnes qui bordent la vallée, tandis que tout un tourisme vert s’est développé, la vallée offrant de magnifiques itinéraires de randonnées. Depuis une trentaine d’années, le Val d’Aran connaît donc une certaine prospérité, en témoignent les nombreuses habitations rénovées dans de pittoresques villages ou les nouveaux équipements routiers visibles dans la vallée. Ils contrastent d’ailleurs avec l’aspect quelque peu délaissé des vallées voisines, côté français.

Mais cette richesse récente n’a pas été sans conséquence sur la situation sociolinguistique du Val d’Aran, avec l’installation de nouveaux arrivants. Ainsi, les locuteurs ayant pour langue maternelle l’occitan ne sont plus que 24 %, contre 39 % pour le castillan, 15 % pour le catalan, 6 % pour le galicien et 15 % pour les autres langues. “Ces chiffres, estime le journaliste Ferriol Macip, incitent à penser que la situation de la langue d’oc est précaire au Val d’Aran. L’Unesco l’a ailleurs placée dans son atlas des langues en danger.” Néanmoins d’autres études montrent que l’occitan est compris par près de 90 % des dix mille habitants de la vallée et 60 % sont censés pouvoir le parler. Pour interpréter ces chiffres, il faut souligner que l’occitan est une langue romane. Il existe donc des phénomènes d’intercompréhension avec le catalan, le castillan et le français.

 

Un statut officiel

La spécificité linguistique du Val d’Aran n’a été reconnue qu’après la fin du franquisme. Le premier statut d’autonomie de la Catalogne en 1979 en fait mention. De même, la première loi de normalisation linguistique de la Catalogne, votée en 1983, comprend un article spécifique sur l’usage de l’occitan en Val d’Aran. Il a permis la mise en place des premiers instruments de développement linguistique, en officialisant l’usage de l’occitan dans le domaine public, l’enseignement et la toponymie. Ce statut de l’occitan a été encore renforcé par la loi de 1990 sur l’autonomie du Val d’Aran. Par ce biais, la communauté autonome de Catalogne accordait à ce territoire de larges compétences.

Plus récemment, le 22 septembre 2010, le parlement de Catalogne a voté une nouvelle loi approfondissant davantage les dispositions en faveur de l’occitan. Celui-ci est désormais officiel non seulement en Val d’Aran, mais également dans toute la Catalogne. Concrètement, un locuteur occitan peut désormais s’adresser par oral et par écrit dans sa langue à l’administration centrale catalane. Tous les documents officiels en occitan sont juridiquement valides et les lois catalanes sont à présent traduites. “On peut même parler en occitan au sein du parlement catalan”, explique Ferriol Macip. Son usage a été systématisé dans l’enseignement, de la maternelle au primaire. Mais cette disposition se heurte au manque d’enseignants qualifiés. Les autorités aranaises souhaiteraient d’ailleurs faire venir du personnel de l’autre côté de la frontière, mais leur installation est contingentée à la maîtrise de l’espagnol.

Depuis la fin du franquisme, la Catalogne a mis en place de nombreux dispositifs pour développer l’usage du catalan. Celui-ci est aujourd’hui l’idiome majoritairement employé par la population et l’une des langues régionales les plus dynamiques en Europe. Si la reconnaissance de l'occitan a été obtenue à l'issue de longues années de revendications, la Catalogne peut dorénavant s'enorgueillir d'être devenue une référence en matière de multilinguisme. Le catalan est d’ailleurs en voie d’être l’une des langues officielles de l’Union européenne ce qui, par ricochet, pourrait également profiter à l’occitan.

Par ECLF - Publié dans : Minorités en Europe
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Lundi 26 septembre 2011 1 26 /09 /Sep /2011 10:10

 

 

Depuis les années 1990, les magnifiques jardins de Heligan - the Lost Gardens of Heligan - sont devenus l’une des attractions majeures de la Cornouailles britannique. Restaurés par Tim Smit, également à l’origine d’Eden Project (lire ArMen n°145), ils sont à la fois une invitation à découvrir les splendeurs du règne végétal et une initiation à l’écologie.

L’histoire du domaine de Heligan - “les saules”, en cornique - est celle d’un bois dormant réveillé au début des années 1990 par un entrepreneur philanthrope, avant de devenir l’une des attractions touristiques majeures de la Cornouailles britannique. C’est en effet en 1990 que Tim Smit découvre le manoir de Heligan, surplombant le joli petit port de Mevagissey. Le domaine est alors à l’abandon, totalement envahi par la végétation. Comme un explorateur, ce producteur de disque arpente cette jungle végétale, découvrant de nombreuses espèces locales ou tropicales et saisi tout de suite l’intérêt de mettre en valeur ce patrimoine naturel. Avec John Willis, un descendant des anciens propriétaires, il décide de se lancer dans un projet de restauration exemplaire pour ce domaine vieux de quatre siècles. Avec passion et obstination, mais aussi … un pragmatisme tout britannique - la restauration des jardins fera l’objet d’une série télévisée qui va habilement médiatiser le site -, Tim Smit va donc redonner vie à l’un des plus étonnants jardins d’Europe.

L’origine de Heligan remonte à la construction d’un manoir dans des années 1600. Il a été édifié par l’une des grandes familles de l’aristocratie cornouaillaise, les Tremayne. Mais il va surtout prendre son essor aux xviiie et xixe siècles. Entre 1766 et 1914, Henry Hawkins Tremayne, son fils John Hearle, son petit-fils John et son arrière-petit-fils John-Claude Lewis vont dessiner et façonner l’ensemble de parcs, jardins et potagers qui constituent aujourd’hui Heligan. Outre une histoire de famille, ces jardins racontent aussi leur époque et le rapport particulier des habitants du Royaume-Uni avec la nature. À la fin du xviiie siècle, lorsque Henry Hawkins commence ses travaux à Heligan, la Grande-Bretagne domine en effet les mers. Ses vaisseaux ramènent de nombreux végétaux et graines des quatre coins du globe. Nombre d’entre eux débarquent en Cornouailles ou à Plymouth, avant de s’acclimater dans le pays, particulièrement sur la côte sud de la péninsule, où ils bénéficient d’un climat océanique particulièrement tempéré grâce au Gulf Stream. On y débarque aussi des animaux. Le domaine de Heligan a ainsi hébergé des singes dans les années 1920 ! Le développement des grands jardins britanniques tient également à l’émulation qu’entretenaient leurs propriétaires entre eux. Avoir le plus beau jardin répondait bien évidemment à une volonté ostentatoire chez ces riches aristocrates. Sans que cela se limite à une compétition acharnée : il existait en effet de véritables réseaux pour échanger graines, plants et techniques horticoles. Les jardiniers de Heligan étaient en relation avec certains de leurs confrères du Devon, du Somerset et même de Londres.

Ici comme ailleurs, la Première Guerre mondiale marque une rupture. Les jardiniers sont mobilisés et envoyés avec les régiments cornouaillais sur le front. La plupart ne reviendront pas des tranchées. Pendant le conflit, le domaine est mis à disposition des blessés de guerre. Mais après la guerre, la famille Tremayne ne parvient plus à assurer l’entretien du manoir et déménage. Le manoir est divisé en appartement et loué. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il sera même mis à disposition de l’armée américaine. Les locataires du domaine le laissent peu à peu revenir à l’état sauvage. C’est donc dans un triste état que John Willis, descendant des Tremayne, “redécouvre” avec Tim Smit les “jardins perdus” de ses ancêtres. Tim Smit se passionne pour le passé du site. Il est vrai qu’avant de faire carrière dans l’industrie du disque, il a suivi une formation universitaire en anthropologie et en archéologie. Ensemble, ils vont patiemment redécouvrir l’histoire et retracer les plans de ce monument humain et végétal.

 

Parcs et potagers

Si le premier manoir date du xviie siècle, les Tremayne n’ont ensuite cessé d’agrandir et de reconstruire leur domaine. Mais c’est surtout après 1766, lorsque Henry Hawkins Tremayne hérite de la propriété, que le parc de Heligan va être profondément restructuré. Il crée des espaces d’agrément, mais surtout de culture. Il fait planter des haies et des rangées d’arbres pour protéger ces dernières. C’est à lui que l’on doit les premiers potagers et les premières serres, destinés à l’origine à fournir le domaine en légumes et en fruits. Ces cultures seront étendues au siècle suivant afin de rendre le domaine autonome aussi bien pour les propriétaires que pour leur domesticité. Et de fait, les potagers visibles aujourd’hui à Heligan ont réellement quelque chose d'extraordinaire, tant par leur taille que par la variété des cultures qu’on y trouve. Il a d’ailleurs fallu des mois à l’équipe de restauration pour défricher ces vastes espaces et remonter les serres envahies par les ronces et les fougères.

Le parti pris a été de leur redonner l’aspect qu’ils avaient à la fin de l’époque victorienne, dans les années 1890. Plus de deux cents variétés de légumes, de fruit mais également de fleurs y poussent désormais. Le principal potager possède une forme trapézoïdale et est divisé en espaces réguliers. Au centre, il est traversé par une étonnante allée bordée d’arches de pommiers. Au milieu, les jardiniers s’activent régulièrement. Écologie oblige, tout est en effet fait ici à la main. Le compost et les fumures sont produits localement et les végétaux sont traités sans produits chimiques. Les potagers sont également irrigués naturellement. “À l’époque victorienne, les jardiniers n’avaient pas accès aussi facilement à l’eau que de nos jours, explique un guide à un groupe d’enfants. Ils préparaient le sol pour qu’il absorbe bien la rosée et qu’il conserve les pluies printanières. Certaines plantes en protègent d’autres. Nous avons essayé de retrouver leurs techniques pour cultiver au mieux ces espaces.” Un ensemble d’étangs alimentent par ailleurs le domaine.

Entouré de hauts murs et datant du xviiie siècle, le Melon Yard abrite plusieurs serres et pépinières d’où sortent des melons, des courges de toutes formes et toutes sortes de cucurbitacées. L’endroit a été habilement conçu pour capter la lumière et la chaleur. Les briques emmagasinent la chaleur du soleil et la restituent aux heures froides. On y trouve de plus un étonnant puits d’ananas, le seul conservé en Europe. Il s’agit d’une technique inventée à l’époque victorienne, lorsque la culture de l’ananas était considérée comme la “reine des sports horticoles”. Le dispositif est composé de serres enterrées, bordées par une fosse entourée d’un mur percé de petites ouvertures. On versait dans l’espace central des déjections animales qui, en se décomposant, libéraient de la chaleur sur une longue période. Après sa redécouverte, le puits d’ananas d’Heligan a été restauré et l’expérience a été menée en utilisant quinze tonnes de crottin frais de cheval. Il fonctionne à nouveau : le premier ananas a été obtenu en 1997.

La visite des jardins se termine par les espaces consacrés à la culture des fleurs. Au printemps et en été, ils éclatent littéralement de couleurs. Plusieurs ruches ont été installées. Un guide informe d’ailleurs les visiteurs sur l’importance des abeilles, des insectes malmenés aujourd’hui par la pollution : “Les abeilles sont essentielles au fonctionnement du domaine. Elles fournissent de la cire pour les bougies, du miel pour la consommation et, plus important, un moyen de polliniser et fertiliser l’essentiel des productions des jardins.” Enfin, Heligan possède un petit jardin italien, construit par Jack Tremayne au début du xxe siècle. Il s’agit d’un atrium de style toscan, construit autour d’un bassin. Un lieu particulièrement lumineux, destiné au repos des propriétaires.

 

Rhododendrons et jungle

L’un des descendants d’Henry Hawkins Tremayne, John Hearle a particulièrement contribué à développer l'horticulture à Heligan. Élu député de Cornouailles, il passait une grande partie de son temps à Londres. Il mettait ses séjours à profit pour l’amélioration de ses jardins. Membre actif de la Royal Horticultural Society, il s’y informait régulièrement des dernières techniques mises au point, avant de les appliquer ensuite en Cornouailles. Il a notamment planté des dizaines de rhododendrons qui constituent aujourd’hui l’une des attractions de Heligan. La collection a ensuite été développée par John, son fils, devenu le propriétaire en 1851. Ce dernier fait ainsi venir des spécimens d’Asie et d’Amérique du Sud. Il était notamment en correspondance avec plusieurs aventuriers et scientifiques qui lui envoyaient fréquemment des plants. Il se lance également dans l’hybridation des rhododendrons afin de créer de nouvelles variétés. Aujourd’hui plus que centenaires, ces rhododendrons atteignent plusieurs mètres de haut. Les plus beaux spécimens sont à voir dans le jardin de Flore (Flora’s Garden), baptisé ainsi en l’honneur de la déesse romaine de la fertilité et des végétaux. Entre janvier et mai, leurs branches offrent au visiteur un spectaculaire foisonnement de fleurs rouges, blanches et roses. Des sentiers permettent de se promener dans cet étonnant labyrinthe végétal. Cette partie du parc fait aujourd’hui l’objet d’une attention redoublée des jardiniers, car plusieurs rhododendrons âgés de cent cinquante ans arrivent en fin de vie.

La dernière création des Tremayne, à la fin du xixe siècle a été l’aménagement d’un petit vallon, la “jungle”, l’un des lieux les plus extraordinaires de Heligan. Il n’a pas été nommé ainsi en raison du fouillis de la végétation, mais parce qu’il abrite plusieurs sortes de plantes tropicales. Protégé du gel et donnant sur la mer, au sud, ce vallon bénéficie en effet d’un microclimat. Son sol est également particulièrement fertile. Du coup, des bananiers, des bambous, des fougères ou des rhubarbes géantes s’y sont particulièrement bien acclimatés. On y trouve également des camélias géants. Le vallon est aménagé comme un jardin japonais, avec des passerelles de bois enjambant les pentes et les différents étangs.

 

Sensibiliser et éduquer le public

Ouverts en 1992, les jardins restaurés de Heligan accueillent plus de deux cent cinquante mille visiteurs par an. Une soixantaine de personnes travaillent sur le domaine qui pèse de tout son poids dans l’économie cornouaillaise. Se présentant comme un “entrepreneur social”, Tim Smit et le trust qui gère Heligan recrutent essentiellement dans les communautés locales, à l’instar d’Eden Project. Mais les promoteurs d’Heligan n’entendent pas limiter le domaine à un simple jardin, aussi beau soit-il. Pour eux, il s’agit d’utiliser ce succès pour éduquer et sensibiliser le public à l’environnement. Ainsi le Heligan Wood Project est un espace destiné à montrer combien le bois peut être une ressource durable s’il est bien géré. C’est là que sont fabriquées toutes les planches, les barrières ou le mobilier utilisé dans le domaine, ainsi que certains bâtiments légers.

Plusieurs espèces rares de légumes sont cultivées dans le potager, ce qui en fait un véritable conservatoire. Il est aussi un espace de redécouverte des pratiques agricoles, ce qui n’a rien d’une sinécure pour nos sociétés où le rapport à la terre se fait de plus en plus ténu au sein de populations désormais majoritairement urbaines. Les fruits et légumes cultivés à Heligan sont d’ailleurs incorporés dans les produits servis à l’inévitable tea-room du domaine. En proposant des menus bio, des légumes et des fruits variés, les dirigeants de Heligan entendent orienter les visiteurs vers une meilleure alimentation dans leur vie courante. Ils s’inscrivent d’ailleurs dans un vaste mouvement au Royaume-Uni afin de changer les habitudes alimentaires encore trop marquées par une alimentation de mauvaise qualité ou trop grasse. De même, dans tout le domaine, les visiteurs sont sensibilisés à l’importance de la faune et de la flore sauvage pour nos écosystèmes. Il faut en tout cas rendre hommage aux concepteurs de Heligan d’avoir recréé ce magnifique potager et ses étonnants jardins, tout en réussissant à les transformer en attraction touristique majeure.

 

Par ECLF - Publié dans : Histoire des pays celtiques
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Lundi 19 septembre 2011 1 19 /09 /Sep /2011 10:06

Situé entre Tréguier et la Roche-Derrien, Kerandraou, est l’un des plus vieux manoirs bretons et possède des éléments architecturaux exceptionnels. Un ambitieux projet de restauration et de mise en valeur ambitionne de lui redonner son aspect de la fin du xive siècle, tout en faisant un lieu de découverte de la Bretagne médiévale, grâce notamment aux nouvelles technologies.

 

photo-manoir-cour.jpg

 

 

 

À quelques kilomètres du charmant village de Pouldouran, surplombant un bras du Jaudy, le manoir de Kerandraou est longtemps resté caché par les bois environnants. Seuls quelques érudits en connaissaient les richesses qui ont d’ailleurs bien failli disparaître lorsque l’ancien propriétaire a déposé, au début des années 2000, un permis de démolition. Il lui a été heureusement refusé et les Monuments historiques ont décidé de classer, en 2003, cet édifice exceptionnel. Archéologue à l’Inrap et médiéviste, Laurent Beuchet estime en effet que “c’est certainement l’un des plus beaux monuments médiévaux d’architecture civile de Bretagne.” Son rachat, en 2007, par Erven Prigent a permis de réveiller la belle endormie et d’engager un programme de mise en valeur et d’animation original.

Les nouveaux propriétaires ont d’abord entrepris de remettre en état les abords du manoir. Une partie des bois qui le bordait a été abattue et le manoir est désormais bien visible. Une portion d’une antique voie, dite “chemin de saint Yves” a été dégagée. Autrefois, elle menait à Tréguier, dont on aperçoit les flèches de la cathédrale depuis Kerandraou. Elle permet également d’accéder à des bassins à lin, récemment restaurés et situés en contrebas, sur le Jaudy. L’un des deux colombiers du manoir, situé près d’un ancien mur de clôture, est désormais accessible. Plus important, l’édifice est, depuis l’été 2010, accessible au public et un régisseur, Julien Le Rumeur, a été recruté pour accueillir les visiteurs et développer les projets d’animations.

 

Un proche du duc Jean IV

Le manoir de Kerandraou a été daté, par dendrochronologie, des années 1390. Il a été construit par Henry Phelippes, un cadet de la famille de Coëtgoureden. Ce personnage avait d’abord pris parti pour Charles de Blois, pendant la guerre de Succession, avant de faire allégeance au vainqueur, le duc Jean IV. Il a ensuite fait preuve d’une fidélité à géométrie variable. Car la mort de Charles de Blois n’a pas totalement apaisé la situation. De fréquents conflits opposent les partisans des Montfort et des Penthièvre – alliés au connétable Olivier de Clisson – durant toute la fin du xive siècle. Ces tensions sont particulièrement vives dans le Trégor, une zone longtemps acquise à Charles de Blois et où sa veuve, Jeanne de Penthièvre, conserve de forts appuis dans la noblesse locale. Henry Phelippes semble avoir adopté une attitude équivoque entre les deux camps, conseillant alternativement le duc Jean IV et Jeanne de Penthièvre. Or, on sait qu’un violent conflit oppose Jean IV à Olivier de Clisson en 1394, le duc prenant et brûlant plusieurs châteaux trégorrois, dont la Roche-Derrien et Clisson, en représailles, dévastant également plusieurs places fortes. Il est donc probable que l’imposant logis-porche que l’on peut voir actuellement à Kerandraou ait été construit à partir de 1395, après la fin des hostilités. “Le fait qu’on retrouve des cendres dans les latrines et à la base des murs, explique Julien Le Rumeur, laisse à penser que Kerandraou a été pris et pillé en 1394, sans que l’on sache exactement par qui, car on ne sait pas qui soutenait Henry Phelippes à l’époque. Ce dernier a ensuite pu reconstruire son manoir sur l’emplacement du logis primitif, ce qui était une chose fréquente à l’époque.”

Une chose est certaine, Henry Phelippes était un puissant aristocrate, en témoigne le nombre de fondations qu’il a effectuées dans les églises environnantes ainsi que dans la cathédrale de Tréguier. Sa résidence de Kerandraou reflète également sa puissance. Le bâtiment actuel, un logis-porte a donc une fonction ostentatoire. “D’autant, ajoute Julien Le Rumeur, qu’il existait un second logis, encore plus important, de l’autre côté de la cour. Il a été détruit au xxe siècle. Après une fouille, nous ambitionnons de le reconstruire à l’identique.”

 

Un projet culturel

Mais pour l’instant, les propriétaires se concentrent sur la restauration du logis-porche qui vaut à lui seul le déplacement pour son état exceptionnel de conservation. “Il n’y a eu que très peu de travaux après Henry Phelippes, note Julien Le Rumeur. Dès le xviie siècle, Kerandraou a été reconverti en exploitation agricole. Il a conservé son aspect initial.” La porte charretière du logis-porte a été conservée dans son état d’origine, comme de nombreuses boiseries qui datent du Moyen Âge. La chapelle privée, qui se situait au-dessus de la porte, possède encore une porte de sacristie sculptée de l’époque. Au début de l’hiver, des travaux de restauration ont été menés sur la toiture, la charpente. La maçonnerie va également être reprise. Deux parties détruites vont être reconstituées : la bretèche au-dessus de la porte d’entrée, le sommet de la tour d’escalier et le chemin de ronde, en bois, qui longeait ce logis, côté cour.

Les propriétaires ont acquis des meubles anciens. On peut voir à Kerandraou un étonnant “lit de saint Yves”, un lit-clos décoré datant de 1650, ainsi qu’un imposant coffre médiéval. Mais la société Britagnia, qui gère le domaine, a d’autres ambitions que de proposer la seule visite du manoir. “Nous voulons faire de Kerandraou, explique Julien Le Rumeur, un véritable lieu de découverte de l’histoire de Bretagne et de son passé médiéval. Nous allons proposer des expositions ponctuelles et des animations.” Des spectacles médiévaux sont régulièrement proposés. Plus original, des films en trois dimensions devraient être présentés. “Les spectateurs pourront revivre des épisodes marquants de l’histoire de ce manoir, comme des scènes de vie au Moyen Âge, ou l’assassinat du propriétaire Yves Le Gall, pendant la Révolution. Les chouans y sont en effet venus le tuer, puis ils ont mis le feu. On peut encore voir des traces de l’incendie.” Les 6 et 7 août prochains, un grand spectacle médiéval sera également joué, avec notamment des tournois de joutes, effectués par la compagnie Chevalerie initiatique, l’une des meilleures du genre. Ouvert pour l’instant sur rendez-vous, à partir de mai-juin les dimanches après-midi, puis tous les jours de juillet à septembre, outre son intérêt historique, le manoir de Kerandraou constitue aussi une invitation à parcourir le magnifique pays de Tréguier et les paysages uniques de l’estuaire du Jaudy. Plusieurs randonnées sont d’ailleurs programmées à partir du manoir.

Renseignements : manoir de Kerandraou, 22450 Troguéry. Tél. 06 32 79 90 41.

Par ECLF - Publié dans : Patrimoine - Communauté : bretagne
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