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Lundi 26 octobre 2009

En 1631, le cardinal de Richelieu commande de faire construire un magasin d’armement à Brest. Une décision qui va faire de la cité du Ponant l’un des principaux ports de la marine militaire française.

Situés à l’extrémité de la péninsule armoricaine, les quinze mille hectares de la rade de Brest sont accessibles par un étroit goulet et constituent un abri sans égal pour les flottes. Sur la rive nord, une rivière, la Penfeld, a creusé dans le plateau littoral une ria profonde et facilement accessible pour les navires. Dès l’Antiquité, les marins vont fréquenter ses rives.

 

« Château le plus fort du monde »

Protégée par un promontoire, l’embouchure de la Penfeld possède des qualités défensives qui ont attiré les Romains dès le IVe siècle, lorsqu’ils construisent une première forteresse dont on peut voir quelques pans de murs dans l’actuel château. Au IXe siècle, le site est à nouveau fortifié. Le château ne cesse de voir ses défenses renforcées tout au long du Moyen Âge. Durant la guerre de Succession de Bretagne, au XIVe siècle, les Anglais prennent la place qu’ils ne rendront qu’en 1397 aux ducs de Bretagne. La forteresse est alors qualifiée de « château le plus fort du monde », par le chroniqueur Jean Froissart.

Pendant les guerres de la Ligue, à la fin du XVIe siècle, la place reste fidèle au roi. En 1593, les Brestois obtiennent en reconnaissance le droit de bourgeoisie. Mais malgré les remparts imposants de son château, Brest demeure une modeste bourgade. Elle compte tout juste un millier d’habitants. La justice royale a d’ailleurs été déplacée à Saint-Renan, en 1592. Quant à l’activité maritime et commerciale, elle est captée par Landerneau, situé en fond de ria et qui demeure mieux desservi par les routes.





 

L’action de Richelieu

En 1624, le cardinal de Richelieu accède au pouvoir et va diriger les affaires françaises jusqu’à sa mort, en décembre 1642, suivi de prêt par celle de Louis XIII. Richelieu ambitionne de doter la France d’une marine puissante. En 1626, il supprime les amirautés de France et crée un poste de grand maître de la marine qu’il s’attribue en même temps que celui de gouverneur de la Bretagne. Il envoie un inspecteur, Louis Leroux d’Infreville, pour observer les meilleures places afin d’établir un port militaire. Ce dernier lui signale que la Penfeld est « fort commode pour la Marine ».

Brest possède aussi un intérêt stratégique évident, avec un accès rapide à l’Atlantique - un océan que se disputent Français, Espagnols, Britanniques et Hollandais -, mais protégé par le goulet de la rade. De plus, le « sous-développement » de Brest se révèle un atout. L’absence de trop nombreuses constructions permet d’y édifier de nouveaux bâtiments militaires sans difficultés. Enfin, Richelieu qui vient de mâter le port de La Rochelle, aux mains des Huguenots, après un long et difficile siège, se rappelle que Brest est resté fidèle au roi pendant la guerre de la Ligue et que les protestants ne sont guère nombreux dans le pays.

En 1631, Richelieu arrête donc son choix sur Brest. Il ordonne la construction d’un grand magasin de la Marine. D’autres bâtiments sont édifiés, dont une corderie et une forge. Des Hollandais sont embauchés. La ville décolle jusqu’à la mort de Richelieu.





 

Les travaux de Colbert et Vauban

Après les troubles de la fronde, le développement de Brest va se poursuivre sous l’influence de Colbert. Il adjoint Recouvrance à la ville de Brest, puis envoie, en 1666, Chertemps de Seuil pour parachever les travaux de l’arsenal. En 1676, ce dernier a fait construire plus de deux kilomètres de quais, sur lesquels ont été installés des ateliers et des magasins. Sur dix ans, les travaux ont coûté plus d’un demi-million de livres, une somme énorme pour l’époque. De 1661 à 1671, plus d’une centaine de navires sortent des chantiers brestois. La population augmente considérablement.

À la fin du XVIIe siècle, la France entre en guerre contre la Grande-Bretagne, un conflit qui va s’étaler sur plus d’une centaine d’années. Brest, comme la Bretagne, se retrouve en première ligne. En 1683, Vauban est chargé de fortifier la ville. Il l’entoure d’un rempart et d’une ceinture de forts pour défendre les accès depuis la terre. Il construit également un certain nombre de forts pour protéger le goulet et la rade.

 

Une ville française

Dopé par les commandes militaires, l’arsenal ne cesse de se développer. Sous Louis XV et de Choquet de Lindu, un nouveau programme de construction est engagé, qui transforme Brest en « Versailles maritime et guerrier » et en font le principal port de la « Royale » sur l’Atlantique. La croissance brestoise entraîne l’arrivée de nouvelles populations. Port militaire, Brest est aussi une enclave francophone dans un Léon majoritairement bretonnant. Ce qui fait écrire à Émile Souvestre que : « Quoique située à l’extrémité de la Bretagne, Brest n’est pas une ville bretonne, c’est une colonie maritime composée d’habitants de toutes les provinces de la France et dans laquelle s’est formée je ne sais quelle douteuse race, sans caractère propre et sans aspect spécial. »

Tout au long du XIXe et du XXe siècle, l’arsenal demeure le cœur industriel de Brest, assurant du travail à une abondante main-d’œuvre et procurant une prospérité importante à la ville. Il constitue aussi un objet de fierté, au regard de nombreuses innovations technologiques qui y ont été mises au point. Mais il sera aussi la cause de la ruine de la ville, attirant les bombes alliées pendant la Seconde Guerre mondiale.

 

Pour en savoir plus :

Alain Cabon, Brest, éditions Ouest-France, 1990.

Collectif, Toute l’histoire de Bretagne, Skol Vreizh, 2007.

Alain Boulaire, Brest, Éditions Palantines, 2004.

 

- Publié dans : Histoire de Bretagne - Communauté : Histoire Géographie
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Mardi 6 octobre 2009

Pour la seconde année consécutive, les archéologues ont étudié le site médiéval de Brécilien, en contrebas de la citadelle gauloise de Saint-Symphorien, à Paule, en centre Bretagne. Ils ont mis au jour une vaste résidence aristocratique datant du ixe siècle.



En plus de deux décennies de fouilles, le site de Paule aura réservé bien des surprises aux archéologues : des statuettes de l’âge du Fer, dont celle “à la lyre” ; une importante ferme gauloise qui se transforme en une forteresse, puis en une véritable agglomération fortifiée, un lieu de culte gallo-romain… “Nous étions intrigués par la source qui se situe en bas du site, indique Yves Menez. Elle a servi à alimenter l’aqueduc de Carhaix et, jusqu’au début du xixe siècle,

une chapelle y existait. Le cadastre napoléonien indiquait également la présence d’une enceinte circulaire à proximité, un indice de site du haut Moyen Âge. Nous voulions savoir si ces sources avaient fait l’objet d’une forme de culte dans l’Antiquité.” En 2008, le site de l’ancienne chapelle a donc été étudié. Le plus ancien édifice découvert s’est révélé être une petite chapelle de l’époque carolingienne, au ixe siècle de notre ère.

Si son plan est assez classique des bâtiments religieux construits dans l’ouest de la Gaule de l’époque, un objet métallique et, surtout, la cloche à main de saint Symphorien, longtemps conservée dans cette chapelle, révèlent des influences irlandaises et brittoniques. Autant d’indices sur les différents échanges de la Bretagne d’alors, influencée par les îles Britanniques et par l’empire carolingien.

Cette année, les archéologues ont étudié une partie de l’enceinte circulaire située à proximité. Elle était défendue par deux fossés successifs, d’une profondeur de deux mètres cinquante et, probablement, par une série de remparts en terre et de palissades. L’intérieur du site révèle une forte densité de vestiges, avec des traces de cabanes en bois, d’importants silos dont l’un, de six mètres cubes, a révélé des traces de céréales carbonisées. Leur analyse permettra de mieux connaître les habitudes alimentaires des occupants. En revanche, les fouilleurs n’ont guère retrouvé de céramiques, à l’exception d’un petit morceau de verre décoré, qui rappelle un objet contemporain découvert à Saint-Denis, en Ile-de-France. “L’absence de céramique, estime Joseph Le Gall, responsable de la fouille, est plutôt révélatrice des cultures britanniques du haut Moyen Âge, où la vaisselle était en bois ou en métal.” Dans la chapelle et sur le site, les archéologues ont également mis au jour quelques monnaies carolingiennes, datant de Charles Le Chauve et frappées à Melle, en Charentes.

La fouille de l’enceinte a surtout révélé les fondations en pierre d’un important bâtiment, de deux cents mètres carrés au sol, l’un des plus importants découverts en Bretagne à ce jour pour le ixe siècle. Dans les années 1980 et 1990, Philippe Guiguon avait en partie fouillé une autre importante résidence carolingienne à Locronan. “Etudier un tel site est très rare, note Joseph Le Gall. Nous n’avons donc que peu d’éléments de comparaison, mais il paraît évident qu’il a été construit par un personnage important et puissant.” Les indices archéologiques restent bien faibles pour nous renseigner sur lui. Brécilien a en effet été construit dans une région, le Poher, à l’histoire troublée à cette époque : l’empereur Louis Le Pieux y a défait le chef breton Morvan Lez Breizh, avant de se rendre à Carhaix et à Landevennec pour s’assurer de la soumission des Bretons. C’est également de Cornouaille que serait originaire Nominoë, le chef breton qui a défait à l’empereur Charles Le Chauve. Qui était le seigneur de Brecilien ? Un noble breton, peut être l’un de ses mystérieux machtiern qu’évoquent les cartulaires de l’époque, où un fidèle du pouvoir franc, placé là pour tenter de reprendre cette Bretagne frondeuse qui échappait régulièrement à l’autorité carolingienne.

- Publié dans : Archéologie
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Jeudi 1 octobre 2009

Il y a cent cinquante ans, le train arrivait à Rennes avant de pousser, la décennie suivante, jusqu'à la pointe Bretagne et d'irriguer toute la péninsule. Symbole de modernité, ce nouveau moyen de transport a profondément transformé la Bretagne.





Le chemin de fer demeure l'un des grands symboles de la révolution industrielle du XIXe siècle. Il a bouleversé les façons de voyager. Il a permis de transporter – rapidement et sur de longues distances – des hommes et des marchandises. Des régions autrefois lointaines se sont retrouvées accessibles.

 

Nouvel âge du Fer

L'invention du train résulte directement des découvertes du français Papin sur l'utilisation de la vapeur comme source d'énergie pour un moteur. La première locomotive à vapeur a été inventée par un ingénieur de Cornouailles britannique, Richard Trevithick qui l'a testée pour la première fois à Pennydarren, au pays de Galles, en 1804. Trop lourd, ce prototype s'est révélé un échec économique. D'autres ingénieurs britanniques ont persévéré, travaillant à alléger les machines et optimiser les rails. En 1825, la première ligne ferroviaire est mise en service, en Angleterre, entre Stockton et Darlington. En Alsace, une ligne est construite entre Mulhouse et Thann, en 1839. Dans les décennies qui suivent, des milliers de kilomètres de rails sont posés dans le monde entier.

En France, les débats sont vifs sous la Monarchie de juillet. L'homme fort du régime, Adolphe Thiers, considère le train comme « un amusement de savants »… À l'Assemblée, on se querelle sur le choix des futures lignes, les gouvernants ayant une préférence pour une ligne unique, allant de Lille à Marseille en passant bien évidemment par Paris. Un projet qui exclut les régions de l'ouest et de l'est…

 

Le rôle de Glais-Bizoin

Issu d'une famille de négociants en toiles de la région de Loudéac, Alexandre Glais-Bizoin fait partie de ces personnages aujourd'hui quelque peu oubliés, mais qui ont joué un rôle déterminant dans l'histoire de Bretagne. Il a en effet grandement contribué à l'arrivée du train jusqu'à la pointe Bretagne et donc au développement de la péninsule. Élu député des Côtes-du-Nord sous quatre régimes différents, de 1831 à 1870, il a été le promoteur de l'instauration du timbre postal à tarif unique en 1848 et de différentes mesures à caractère social. Dès les années 1830, il se passionne pour le chemin de fer.

En 1842, après bien des projets, une première loi est discutée pour la construction de lignes partant de Paris. Finalement, la Bretagne n'est pas oubliée, puisque le principe d'une ligne allant de Paris à Nantes, via Tours, est adopté. Mais elle ne concerne que le sud de la péninsule. Glais-Bizoin dépose donc un amendement « pour une ligne sur l'Océan, via Versailles, Rennes et Brest ». Il doit batailler ferme, notamment contre le rapporteur de la loi, Jules Dufaure, qui estime que les Bretons peuvent se contenter des canaux et des routes royales.

 

D'abord Paris-Rennes

Après bien des réticences vaincues grâce à l'activisme de Glais-Bizoin et d'autres parlementaires bretons, des études sont menées, en 1844, pour la construction d'une ligne entre Rennes et Paris. Il faudra cependant attendre le Second empire pour que les travaux soient menés à bien. Le train arrive en effet à Nantes en 1851, puis à Rennes en 1857. L'année suivante, l'empereur vient l'inaugurer au terme d'un voyage dans la péninsule resté fameux. Le régime impérial se sert du rail comme vitrine et comme moyen de propagande dans une région qu'il sait relativement rétive et travaillée par l'opposition monarchiste.

À l’époque, les élites bretonnes se félicitent cependant de l'arrivée du chemin de fer, d'autant que le principe d'un prolongement à l'ouest, vers Brest et Quimper, a été adopté. On vante les avantages stratégiques et militaires de pouvoir relier rapidement les grands arsenaux de Brest et Lorient. On souligne l'intérêt économique de pouvoir envoyer massivement les produits agricoles bretons vers l'est. À Paris, on est plus circonspect quant à l'utilité et au coût d'un tel projet. Certains soulignent cependant les vertus du train pour l'unification du territoire français avec des accents presque coloniaux concernant la Bretagne : « C'est de Laval qu'est parti le premier train à grande vitesse, dont le passage dans cette contrée classique de la superstition et de la sainte ignorance va introduire les usages et les habitudes qui doivent faire bientôt rentrer la Bretagne dans le concert de notre civilisation », peut-on lire dans l'Illustration en 1857.

 

Puis Paris-Brest

Les travaux pour l'extension du chemin de fer vers l'ouest débutent à la fin des années 1850. Après un intense lobbying des villes littorales comme Saint-Brieuc, le principe d'une voie centrale a été écarté au profit de deux lignes distinctes : Rennes-Brest et Nantes-Quimper. Il faut construire d'imposants ouvrages d'art, comme la Méaugon, près de Saint-Brieuc ou l'impressionnant viaduc de Morlaix, qui domine la ville à plus de soixante mètres de hauteur. Le train arrive en 1863 à Quimper et Guingamp. Les temps de parcours sont considérablement raccourcis. On rejoint désormais la capitale de Cornouaille depuis Paris en moins d'une journée de train, contre plusieurs jours par la route. En 1865, Brest est enfin desservi.

Le financement est assuré par des fonds privés et publics. À l’époque, ce sont en effet des compagnies privées qui exploitent les lignes de chemin de fer et, en Bretagne, la Compagnie de l'Ouest s'est vue attribuer l'exploitation du Paris-Rennes-Brest, la Compagnie d'Orléans celle du Paris-Nantes-Quimper. Le schéma ferroviaire actuel est en grande partie hérité de cette époque et explique l'absence de ligne directe entre Rennes et Nantes, le Rennes-Quimper actuel devant toujours passer par Redon, une ligne mise en service en 1872.

 

Mémoire ferroviaire à Langueux

Si le rail continue d'avoir un bel avenir en Bretagne, il a aussi une longue mémoire que sont venus mettre en valeur plusieurs projets, comme le vapeur du Trieux, qui circule l'été entre Paimpol et Pontrieux ou le musée du train à Dinan. À Langueux, près de Saint-Brieuc, la dynamique association des chemins de fer des Côtes-du-Nord entend faire revivre ce réseau départemental à voie métrique, arrêté en 1956. Des bénévoles ont restauré des wagons et des locomotives anciennes. Un projet de musée, avec une reconstitution de gare, est en cours. À terme, l'association ambitionne de remettre en service la ligne entre Langueux et Cesson, offrant un point de vue fantastique sur la baie de Saint-Brieuc, durant les trois kilomètres du trajet.

Renseignement : association des chemins de fer des Côtes-du-Nord, 7, rue de la Briqueterie, Boutdeville 22360 Langueux. Tél. 02 96 72 75 88.

 

Pour en savoir plus :

Collectif, Toute l'histoire de Bretagne, Skol Vreizh, Morlaix, 2007.

René Huguen, Glais-Bizoin et le grand dossier du chemin de fer, autoédition, 2007, consultable à la bibliothèque municipale de Saint-Brieuc.

 

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Vendredi 18 septembre 2009

 

Imaginé par le Comité d’études et de liaison des intérêts bretons (CELIB) puis accordé par de Gaulle et Pompidou à la fin des années 1960, le plan routier breton visant à désenclaver la Bretagne et à améliorer les liaisons internes dans la péninsule a été un long combat qui a changé la région.

Le tableau économique et social de la Bretagne du début des années 1950 est sombre : à l’exception de l’estuaire de la Loire, la péninsule est passée à côté du développement industriel. Son agriculture est encore très traditionnelle et peine à assurer des emplois viables. Les petites et moyennes agglomérations ne parviennent pas à fournir des débouchés à une population rurale qui, du coup, préfère immigrer. Faute d’infrastructures, la région semble condamner à se vider de ses forces vives. Le sentiment d’isolement est d’autant plus fort que les routes, héritées pour la plupart des voies d’ancien régime, sont en général mauvaises. Il faut ainsi bien plus de trois heures pour relier Rennes depuis Brest ou Quimper. Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, l’essentiel des déplacements se fait d’ailleurs par le chemin de fer, la marche ou… les transports hippomobiles. On compte encore 338 000 chevaux en 1950 dans la péninsule. Seuls les axes principaux sont bitumés…

 

Le plan du CELIB

Lancé en 1950 en réponse au déclin de la Bretagne, le Comité d’études et de liaisons des intérêts bretons (CELIB) va s’investir dans le dossier routier breton. Dès 1953, un Rapport d’ensemble sur un plan d’aménagement, de modernisation et d’équipements de la Bretagne est adressé au gouvernement mais reste en partie lettre morte. L’action du CELIB a cependant pour effet d’entraîner des décentralisations industrielles en Bretagne, dont l’une des grandes entreprises automobiles, Citroën, qui s’installe à Rennes au début des années 1960. À cette occasion, une première section à double voie, la rocade sud de Rennes, est construite.

En 1962, Robert Buron, ministre des transports et maire de Laval fait adopter le principe d’une autoroute entre Paris et Le Mans, qui devait ensuite se prolonger vers la Bretagne. Il faudra cependant attendre 1978 pour que cette autoroute atteigne la capitale du Maine. Quant à l’amélioration des routes bretonnes, le projet semble rester à l’état de promesse, malgré un intense lobbying des élus et du CELIB.

 

Un acquis de mai 68

C’est, semble-t-il, la peur du gouvernement d’une contagion du mouvement étudiant au monde agricole et aux revendications régionalistes qui va faire rapidement évoluer les choses en mai 1968. Pour calmer les colères bretonnes, l’État décide de lancer un Plan routier breton, préparé par le rapport de Jacques Ferret au gouvernement. Ce dernier propose de « réaliser dans des délais rapides, les équipements de communication et les investissements intellectuels qui permettront à l’extrême ouest de vaincre son éloignement, de sortir de son isolement et d’accéder à un développement moderne. » Le 31 mai 1968, une délégation du CELIB rencontre le premier ministre Georges Pompidou qui est d’accord pour lancer un programme d’amélioration des routes. Le 28 juillet, le nouveau premier ministre, Couve de Murville, reçoit à nouveau une délégation du CELIB et annonce que « le programme routier portera sur la mise en quatre voies de deux axes nord et sud et devra être achevé d’ici 1975. Des crédits importants sont également prévus pour continuer les améliorations de l’artère centrale 164 bis. » Des négociations secrètes se poursuivront jusqu’à l’automne. Les Bretons peuvent compter sur plusieurs atouts, dont l’influence de Sabouret, énarque et proche de René Pleven, alors directeur de cabinet de Couve de Murville.

En octobre 1968, la Bretagne peut pavoiser : le gouvernement vient de débloquer 800 millions de francs de l’époque pour les routes. Et le 2 février 1969, en visite à Quimper où il vient annoncer un référendum sur la régionalisation et où il se permet quelques mots en breton, le général de Gaulle confirme le lancement du Plan routier breton.

 

La question financière

Très tôt se fait jour la question du financement. Certes, l’État a débloqué des fonds, mais ils ne sont pas suffisants. Les ingénieurs prévoient de réutiliser d’anciens tracés et de commencer par contourner les villes. Échaudés par de nombreuses promesses gouvernementales non tenues, les élus bretons plaident pour que soient d’abord réalisées les infrastructures de l’ouest de la Bretagne, craignant que le manque de crédit n’affecte les territoires les plus éloignés de Paris. Brest-Châteaulin sera ainsi l’un des premiers tronçons construits. Très vite, et cela sera une première en France, les collectivités vont mettre la main à la poche pour accélérer les travaux. Cette participation va s’accentuer après la décentralisation du début des années 1980, lorsque les conseils régionaux sont créés et que les collectivités locales se voient octroyer une autonomie financière et décisionnaire plus importante.

Contrairement à une légende bien ancrée, ce n’est pas grâce à Anne de Bretagne que les quatre voies sont gratuites en Bretagne. Devant la détermination des élus bretons et inquiet d’une forte contestation notamment de la part des milieux paysans, le gouvernement a décidé de ne pas créer d’autoroutes à péage en Bretagne. En 1975, Cofiroute tente de récupérer le tronçon entre la Gravelle et Rennes, mais l’État refuse sous la pression des élus régionaux.

 

Les premières « biroutes »

Dans la première moitié des années 1970, la Bretagne se couvre donc de chantiers, qui seront achevés une vingtaine d’années plus tard. Les Bretons apprennent à conduire sur ces nouvelles 2 x 2 voies, que certains ont rebaptisés « biroutes ». La presse régionale donne d’ailleurs de nombreux conseils sur les façons de s’engager et de parcourir ces nouveaux axes.

Si le relief relativement clément du massif armoricain n’a pas nécessité de travaux titanesques, le Plan routier breton a cependant entraîné la réalisation d’ouvrages d’arts importants, comme le pont Chateaubriand sur la Rance, les viaducs de Saint-Brieuc ou le pont de l’Elorn, inauguré en 1994.

Vingt-cinq ans après le lancement du plan routier breton, au milieu des années 1990, la Bretagne est couverte d’un réseau routier performant et moderne, qui a accompagné le développement de l’automobile. La construction d’une autoroute des estuaires, entre la péninsule ibérique et la Hollande, passant par Nantes et Rennes, a achevé de l’intégrer aux grands réseaux européens. Avec un échangeur tous les sept kilomètres (contre un tous les vingt-cinq sur les autoroutes françaises), les quatre voies bretonnes permettent également de bien irriguer le territoire, notamment les petites et moyennes agglomérations. Le Plan routier breton s’est révélé un outil indispensable pour l’aménagement de ka péninsule. Que serait en effet aujourd’hui la Bretagne sans ce réseau routier ?

 

Le lent combat pour l’axe central

Dès les débuts du Plan routier breton s’est posée la question de l’axe central, la RN 164, l’ancienne route reliant Ancenis à Landerneau, en passant par Loudéac, Rostrenen, Carhaix et Châteaulin. En 1969, à Quimper, le général de Gaulle annonce que seront construites deux quatre voies au nord et au sud, ainsi qu’une route à trois voies au centre de la péninsule. Si la satisfaction est générale, certaines voix se font déjà entendre pour dénoncer la différence de traitement vis-à-vis de l’axe central. Plusieurs élus du centre de la péninsule avaient en effet proposé un plan routier en « arrêtes de poisson », avec des transversales nord-sud. Ils craignaient qu’une différence de traitement ne marginalise encore plus le centre de la péninsule. Le principe d’une « trois voies », trop dangereuse, est abandonné rapidement. Des tronçons à quatre voies vont être construits çà et là, comme la déviation de Châteauneuf-du-Faou. Dans les années 1980, les choses changent avec la décentralisation. Dès sa mise en place en 1986, le premier conseil régional élu lance des études qui concluent à la nécessité de mettre à quatre voies la RN 164. En 1988, les centre-Bretons créent un « comité pour l’aménagement à 2x2 voies de l’axe central », présidé par Jean Hourmant, alors maire de Plonévez-du-Faou et qui a longtemps incarné ce combat. Des manifestations en tout genre sont organisées. En 1992, finalement, une décision ministérielle intervient pour une transformation à 2x2 voies. De nouveaux tronçons sont budgétisés et réalisés et l’axe central avance peu à peu. Il reste à ce jour plus de soixante-dix kilomètres encore à couvrir entre Rennes et Châteaulin.

 

Pour en savoir plus

Jean Ollivro, « l’exception routière bretonne », ArMen n° 132, janvier 2003.

Collectif, Le plan routier breton, Presses des Ponts-et-Chaussées, Paris, 1994.

 

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