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Lundi 12 septembre 2011 1 12 /09 /Sep /2011 10:02

 

Les staurotides constituent l’un des éléments les plus étonnants du règne minéral et leurs formes géométriques parfaites, parfois en forme de croix, fascinent depuis des temps immémoriaux. On en trouve notamment autour de Coray et de Baud, deux des plus importants gisements mondiaux.

Il y a plusieurs centaines de millions d’années, en se formant, le massif Armoricain a accouché de quelques curiosités géologiques, au premier rang desquelles les staurotides, du grec stauros, “croix”. Appelées également “staurolithe” et parfois “croisettes de Bretagne”, on découvre ces pierres dans les régions de Coray, Scaër et de Baud. Elles présentent différentes formes, soit une macle oblique à 60 °, soit une croix de saint André, avec des angles de 60 à 120 °. On voit plus rarement des macles à trois individus, orientés à 60 °. Précisons qu’en géologie, une macle est une association de deux ou plusieurs cristaux identiques, appelés individus et reliés par une opération ponctuelle de symétrie. Le cristal simple est dénommé “tombeau”. “En fait, écrit le géologue Emmanuel Fritsch, la staurotide est un drôle de minéral pour les études cristallographiques, parce que ses cristaux présentent rarement les belles faces lisses que les cristallographes recherchent pour des mesures précises. Sa morphologie est difficile à décrire avec précision. Donc, pendant fort longtemps, on l’a crue orthorhombique, et pourtant elle est monoclinique.” Complétons cette ébauche de description en précisant que la couleur des staurotides varie selon les gisements. Ainsi, à Coray, elles sont plutôt brun foncé tandis qu’à Baud, elles se présentent sous une teinte brun rouge.

 

Une roche métamorphique

D’où proviennent ces étranges roches qui affleurent dans les champs ou les ruisseaux des Montagnes noires ? Elles ont bien entendu attiré depuis longtemps l’attention des scientifiques qui expliquent qu’elles se classent parmi des roches métamorphiques. Selon Henri Le Bloas, de l’atelier minéralogique de Scaër, “lors de sa mise en place au carbonifère, ce métamorphisme régional s’est installé dans des sédimentations essentiellement argileuses datées de l’Orvodicien [entre 440 et 500 millions d’années] et a provoqué le réarrangement des constituants de l’argile pour donner entre autres des micaschistes localement riches en staurotides.” Ces dernières sont le résultat d’une transformation ou d’une recristallisation à l’état solide, liées à des variations de pression et de température. Pour qu’elles cristallisent librement, il faut des températures entre 500 et 700 ° Celsius. Par ailleurs, la staurolite est un silicate alcalin composé d’aluminium et de fer. Elle est issue de micaschistes qui n’affleurent qu’en peu d’endroits, ce qu’explique le géologue Jean-Christian Goujou : “C’est ainsi un minéral primaire constitutif des roches métamorphiques de moyen à haut degré qui ont une composition silice-alumineuse (dite aussi pélitique), donnant globalement des micaschistes. Ce n’est donc pas la peine de chercher ailleurs que dans cet environnement, ni dans un calcaire ni dans un granit aussi métamorphique soit-il.”

On trouvera donc des staurotides dans différents massifs montagneux anciens, notamment en Russie, à Madagascar ou en Amérique du Nord. La Bretagne possède parmi les plus beaux gisements mondiaux et celui de Coray est le plus réputé. Les géologues lient la présence des staurotides au granit dit de Rosporden, composé de micas noirs et blancs, particulièrement abondants au sud de Coray. “Il s’agit aussi du secteur, écrit Jean-Christian Goujou, où les cristaux approchent de la perfection avec des faces terminales bien exprimées et où ils peuvent prendre des dimensions hors du commun.” Même les scientifiques s’avouent volontiers fascinés par les formes étonnantes des staurotides. “D’un point de vue mathématique, elles peuvent présenter des angles parfaits, précise Claude Ducoudu, professeur de géologie. L’homme n’a rien inventé, le triangle parfait existait déjà dans la nature !”

 

La pierre de Coadry

Loin des doctes explications des géologues, la tradition populaire explique bien entendu de manière différente la création des staurotides. Plusieurs légendes circulent sur le sujet. L’une d’elle associe les staurotides à la chapelle de Coadry. Situé sur la route entre Coray et Scaër, ce bel édifice aurait succédé à un temple païen et aurait été bâti par un noble local, le comte de Trévalot. Ce dernier avait pour ennemi un aristocrate cruel et vindicatif, le seigneur de Coatforn. Assiégé par Coatforn, Trévalot prie et promet de bâtir un sanctuaire s’il est vainqueur. Dieu lui donne la victoire. Trévalot choisit Coadry et fait même appel à un géant qui construit le haut clocher en une journée. Les deux croix, très anciennes, placées devant la chapelle et espacées d’une vingtaine de mètres, indiqueraient la tombe du géant. Bien plus tard, l’édifice est détruit par un incendie. Un seigneur local vient se recueillir sur ses ruines. Pour l’en remercier, Dieu fait tomber une pluie de croix, les fameuses staurotides. Une autre version raconte qu’après la destruction de la chapelle, alors que les ruines avaient disparu sous les buissons, les hommes étaient surpris des miracles qui avaient lieu régulièrement à cet endroit. Ils demandent à Dieu de les éclairer et celui-ci fait pleuvoir une pluie de pierres en forme de croix, indiquant qu’il considérait cette terre comme sacrée. Une ultime variante attribue l’incendie de la chapelle au diable : pour éteindre le feu, Dieu aurait fait tomber une pluie de croix…

Une légende centre bretonne évoque par ailleurs un ermite torturé par des barbares et laissé ligoté à un arbre. Il invoque Dieu qui le prend en pitié et lui dit : “Va et marche courageusement et suis le chemin que j’ai tracé de mes pierres. Il te conduira à la paix et au bonheur.” Le vieil ermite se voit délivré de ses liens et découvre une première pierre en forme de croix à ses pieds. Il en découvre une autre plus loin puis une autre qui le conduisent jusqu’à une source jaillissant non loin d’une grotte. L’ermite s’installe, se repose et évangélise le pays de Coray. Il guérissait d’ailleurs les malades grâce aux pierres en forme de croix. Une autre histoire, moins sympathique pour les habitants du lieu, affirme que le Christ, déguisé en mendiant, aurait visité Coadry et les fermes environnantes en quémandant de la nourriture. Mais les habitants auraient refusé de montrer la moindre pitié. Pour les punir de leur manque de générosité, au moment des semailles, le Christ aurait alors transformé les graines en croix de pierre, au grand dam des habitants du lieu…

Quoi qu’il en soit, Coadry est renommé depuis des siècles pour ses pierres. À la fin du xviiie siècle, dans son Voyage dans le Finistère, Jacques Cambry indique qu’on y ramasse “une grande quantité de ces pierres, nommées pierres de croix par les naturalistes. Les pauvres les donnent, les vendent aux pèlerins, aux étrangers…” Les participants au pardon de la chapelle devaient en effet tenir dans leur main l’une des pierres pendant la procession. Au point qu’on nomme parfois les staurotides “pierres de Coadry”.

Le christianisme a bien entendu tenté d’utiliser ces pierres aux formes si symboliques pour cette religion. De l’autre côté de l’Atlantique, les Indiens Cherokee pensent, quant à eux, que ces pierres sont les larmes qu’ont versées les lutins Nunnehi lorsqu’ils ont appris la mort du Christ. Eugène Le Peilh ne se souvient pas non plus de légendes particulières sur les staurotides du pays de Baud. “J’ai été l’un des premiers à en ramasser, lorsque j’étais enfant, explique-t-il. En 1934, un prêtre d’Auray est venu à la ferme. Il avait une staurotide en pendentif et a demandé à voir les nôtres. Mais on ne la pas revu après.”

 

Un minéral aux vertus magiques

Dans le secteur de Coray, en revanche, les Bretons ont attribué plusieurs fonctions médicales à ces pierres si étranges. La staurotide a même eu l’honneur d’une gwerz, une complainte écrite à la fin du xviiie siècle par un chanoine de Quimper resté anonyme. Le texte Buliou an otrou Christ a ensuite circulé sous forme de feuilles volantes. Écrite pour attirer les pèlerins à la chapelle de Coadry et vanter les mérites du sanctuaire, la gwerz Buliou an otrou Christ évoque les multiples vertus des staurotides. Selon Thierry Rouaud, de Dastum, elle peut en effet “être rangée parmi les textes à vocation publicitaire, car le but de l’auteur est moins de faire une gwerz pieuse que d’attirer les pèlerins à Coadry par le biais des pouvoirs supposés des pierres de croix. Le chanoine quimpérois se livre tout au long du texte à un exercice difficile consistant à promouvoir un talisman en évitant de tomber dans la sorcellerie sulfureuse.”

Comme les haches polies du Néolithique, les staurotides se classent parmi les maen kurun, les pierres du tonnerre qui protègent de la foudre. Buliou an otrou Christ parle ainsi d’une église nantaise frappée par la foudre. Treize personnes décèdent et le prêtre est projeté à un quart de lieue, mais il s’en sort indemne grâce à la croisette qu’il portait. Les staurotides sauvent également de la noyade. Elles guérissent les problèmes ophtalmologiques ou en provoquent… Un certain René Joannas, évoqué dans Buliou an otrou Christ, perd la vue pour avoir jeté une staurotide dans la rivière au lieu de la donner à son vicaire. Il reste aveugle jusqu’à ce qu’il retourne à Coadry, prenne une pierre et la ramène au religieux. Cette gwerz indique d’ailleurs qu’en cas de problèmes de vision, il faut boire de l’eau dans laquelle ont trempé des staurotides. La staurotide était censée protéger de la rage. Le texte évoque le cas de Janet Le Gall, de Saint-Brieuc, attaquée par un chien enragé qui lui saute dessus. La bête manque le cou mais avale la staurotide que la jeune femme portait en collier. L’animal retombe sur ses pattes, totalement guéri.

Dans leur Galerie bretonne, Bouët et Perrin nous apprennent que la pierre était fixée dans les vêtements pour protéger les enfants des frayeurs, des coliques, des mauvais vents et des sorts. Le poète Auguste Brizeux, qui a séjourné longtemps dans la région de Scaër, a fini par s’amuser des mille vertus supposées des staurotides. “Tombez d’un arbre, écrit-il, cassez-vous un bras, les pierres de Coadry ne sentiront rien.”

Chez les Indiens d’Amérique, les staurotides sont également utilisées comme talisman. Elles permettent de garder les mauvais esprits à distance, de se préserver des accidents, des maladies ou des catastrophes naturelles. Elles rendaient également invisibles leur propriétaire. La célèbre princesse Pocahontas en aurait donné une, en guise de porte-bonheur, à son amant John Smith. Les présidents Roosevelt, Wilson et Nixon en possédaient toujours une dans leur poche… Aux États-Unis comme en Europe, les staurotides demeurent très populaires. Certains chrétiens les considèrent bien entendu comme des créations divines. Mais d’autres mouvements se les sont également appropriées, notamment ceux liés au New Age. Sur un site américain, on peut lire que les pierres de croix proviendraient d’une météorite qui, en tombant, se serait éclatée en une multitude de pierres signées d’une croix pour nous rappeler que la terre et les hommes ont été créés par une entité supérieure… D’autres insistent sur leurs supposées vertus en matière de bien-être et proposent d’en vendre… fort cher (parfois jusqu’à 50 € l’exemplaire). Cristalothérapie, lithothérapie… les offres d’utilisation des staurotides sont très nombreuses sur la toile. Les scientifiques, s’ils mettent en garde contre ces nouvelles superstitions, ne réfutent cependant pas systématiquement l’utilisation des minéraux. “On ne sait pas grand-chose sur les minéraux ou les roches par rapport au vivant, explique Claude Decoudu. Il y a pourtant beaucoup de choses à découvrir. Il n’est pas interdit de penser qu’il puisse se dégager des formes d’énergies de certaines roches. Il est ainsi possible d’étudier l’action des ions autour d’une pierre.”

 

Le plaisir de la prospection

Qu’ils soient passionnés de minéralogie ou de New Age, de nombreux prospecteurs partent à la recherche des staurotides dans les campagnes de Coray et de Baud. “On en trouve de moins en moins, tempère Jean-Pierre Guéguen du musée de minéraux de Combrit. C’est un effet de la mécanisation agricole, les engins modernes creusent profondément la terre et détériorent les macles.” Par le passé, certains paysans locaux ont également mal vécu de véritables invasions de prospecteurs de staurotides, débarquant dans des champs tout justes semés et détériorant les cultures. “En géologie, ajoute Jean-Pierre Guéguen, il est important de toujours demander l’autorisation aux propriétaires des terrains qu’on prospecte. C’est une question de savoir-vivre et, en procédant de cette manière, ils acceptent presque toujours.” La ferme de Nicole Le Peilh est située sur le gisement de Baud qui s’étend sur une bande de deux à trois kilomètres de long sur huit cents mètres de large. Il se termine sur une impressionnante falaise granitique dans laquelle sont incrustées des staurotides. Nicole Le Peilh organise régulièrement des visites, notamment pour les scolaires. “Nous laissons les gens en emporter : ces pierres étaient là avant nous et le seront après. Par contre, nous demandons aux gens de respecter l’endroit et nos cultures.”

En alliant le plaisir de la promenade et de la chasse au trésor, on peut encore trouver de beaux spécimens. Certaines staurotides sont en effet grosses comme le poing. Mais pas au point d’atteindre les dimensions d’une pierre de 30 centimètres de long, dont la découverte avait été annoncée dans le journal Nekepell, dans les années 1990. Il s’agissait en fait d’un canular, la staurotides géante ayant été sculptée par Patrig Ar Goarnig ! Les réactions indignées de nombreux lecteurs montrent bien que les pierres de Coadry occupent encore une place importante dans l’imaginaire collectif. Si étranges soient-ils, ces minéraux demeurent également une invitation à découvrir ou redécouvrir un patrimoine géologique trop souvent ignoré.

 

Pour en savoir plus : Le Règne minéral, numéro consacré aux staurotides, n°56, avril 2004 (1bis, rue du Piat, 43120 Monistrol-sur-Loire). Yann Lucas, Joël Rochet, Bretagne, beaux minéraux, belles roches, Palantines, Quimper, 2001.

 


 [1]une maj ? : Internet ?

Par ECLF - Publié dans : géologie
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Lundi 5 septembre 2011 1 05 /09 /Sep /2011 09:58

Lors d’une opération de fouille préventive, les archéologues ont mis au jour une exploitation agricole de l’âge du Fer à Trémeur, dans l’est des Côtes-d’Armor, ainsi que les vestiges d’une autre exploitation qui lui a succédé à l’époque romaine. Concernant l’Armorique antique, il s’agit de l’un des premiers exemples de continuité d’occupation d’un site à cette époque.

Dans le cadre d’un projet de lotissement dans la petite commune rurale de Trémeur, dans le pays de Dinan, les archéologues ont fouillé une vaste zone de plus d’un hectare occupée durant l’époque gauloise puis romaine. Le site avait été repéré par prospection aérienne dans les années 1990 et la fouille a été menée durant l’hiver 2011. Les archéologues ont mis au jour un maillage de fossés et de bâtiments datant des époques romaines et gauloises. “Ce site a été occupé du iie siècle avant notre ère jusqu’au iiie siècle après J.C., explique Jérôme Le Gall, chargé de l’opération. Il a donc été habité pendant près de cinq siècles. Il est surtout rare pour l’Armorique d’avoir un site gaulois qui continue d’être en fonction après la conquête romaine.”

La première phase d’occupation du site commence dans le courant du iie siècle avant notre ère, comme l’indiquent les céramiques trouvées. Il s’agit d’une exploitation agricole construite en bois, en terre et en chaume. Les archéologues ont également découvert des traces de bâtiments de stockage. La ferme était située dans un terrain de forme carrée avec des côtés d’une quarantaine de mètres. Il était bordé d’un fossé et probablement d’un talus. L’entrée de cet enclos se faisait par un porche de dimension importante, soutenu par deux imposants poteaux de bois. Cette ferme gauloise ne diffère guère des autres exploitations mises au jour pour cette période et témoigne de l’importance du peuplement à cette époque. Les archéologues ne disposant que peu d’éléments sur le statut social de ses occupants. Ils ont néanmoins retrouvé un morceau de bracelet en lignite noir. “C’est un matériau noble et un objet très travaillé, note Jérôme Le Gall. Il existait deux zones d’approvisionnement, en Allemagne ou dans les îles Britanniques. Sa découverte illustre ici la vivacité des échanges en Europe à l’époque.” Le site était par ailleurs situé à proximité d’un axe ancien, a priori antérieur à l’époque gauloise.

 

Un puits romain

Quelques décennies après la conquête romaine qui correspond, en Gaule, à une restructuration complète de l’occupation des territoires, une nouvelle ferme est construite sur le site. Quelques éléments de l’établissement gaulois ont sans doute été récupérés, comme les poteaux du porche d’entrée. Des enclos plus vastes sont aménagés, dont l’un comprend un double fossé et devait correspondre à un espace pour parquer le bétail. Une belle bâtisse de seize mètres de long est édifiée en bois. Elle devait comporter un étage et était couverte de tuiles. À proximité, les archéologues ont défriché une fosse rectangulaire qui devait faire office de cave, ainsi que des petits greniers, permettant de stocker deux ou trois mètres cubes de grains. Ils ont également mis au jour des espaces de travail avec notamment de petits fours. Enfin, le vestige le mieux conservé était un puits avec une belle margelle de pierre. Cette dernière a été démontée et sera mise en valeur dans le futur lotissement de Trémeur qui sera édifié sur le site.

Par ECLF - Publié dans : Archéologie
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Lundi 29 août 2011 1 29 /08 /Août /2011 09:54

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C’est tout un pan de l’histoire de Nantes que les archéologues sont en train de mettre au jour. Au gré des fouilles effectuées entre l’île Feydau, la place du Bouffay et le Cours des Cinquante Otages, la trame urbaine de la ville antique puis médiévale se dévoile.

“Depuis le début de l’année 2011, l’archéologie est au cœur de Nantes, s’enthousiasme Frédéric Mercier, du service municipal du patrimoine. Nous sommes en train de renouveler les données scientifiques sur l’histoire de la ville depuis l’Antiquité et sur son rapport à la Loire.” Entamés début 2011, plusieurs chantiers de fouilles explorent en effet les quartiers historiques, de la ville, en plein réaménagement urbanistique. Ces recherches touchent notamment les anciens bords de la Loire, aujourd’hui comblés. “À certains endroits, les stratigraphies peuvent atteindre sept mètres de haut, confie un archéologue. Cela illustre le potentiel archéologique exceptionnel de ces dépôts.” La fouille a d’ailleurs été décidée sans diagnostics préalables, les archéologues étant sûrs de découvrir des vestiges à ces endroits. En raison de contraintes financières et temporelles, les sites ne seront pas explorés dans leur totalité. Les fouilleurs s’arrêteront à la profondeur requise pour les aménagements de voirie. Ainsi, place du Bouffay, ils ont atteint les sols médiévaux, mais ne devraient pas creuser plus pour étudier les strates plus basses de la ville antique.

 

Premières découvertes

En fouillant plusieurs centaines de mètres carrés du centre historique de Nantes, les archéologues espéraient affiner leurs connaissances sur les différentes enceintes de la ville. Ils ont été surpris en mettant au jour un tronçon de rempart antique, bâti à la fin du iiie siècle de notre ère. “Il est situé plus au sud que prévu, note Stéphane Augry, responsable de l’opération à l’Inrap. Il y a une sorte de décrochement par rapport au tracé supposé.” Les archéologues ont également découvert une partie de l’enceinte médiévale, édifiée par les ducs de Bretagne au xiiie siècle. “Les fouilles mettent en évidence le fait que les traces d’abandon et de démantèlement de l’enceinte romaine correspondent à la période de construction du rempart médiéval”, explique Stéphane Augry.

Les archéologues ont dégagé les fondations de la porte de la poissonnerie et un rempart médiéval “large de trois mètres, avec une maçonnerie importante et impressionnante”. Ils défendaient le côté sud de la ville et les rives sur la Loire. “Cela nous permet de repositionner ces quais durant l’Antiquité et le Moyen Âge, indique Stéphane Augry. On peut désormais confronter les données archéologiques aux documents anciens.” Plusieurs bâtiments, peut-être des habitations, s’appuyaient sur la muraille. Il s’agit de constructions en bois, en terre et en chaume. Les chercheurs vont pouvoir faire progresser nos connaissances sur l’utilisation de l’espace et les rapports entre la ville et le fleuve. Les phénomènes de sédimentation comme les différentes phases de canalisation, entre le xviiie et le xxe siècle, qui ont repoussé le cours de la Loire vers le sud. Une étude sera ainsi menée dans les mois qui viennent sur le chemin de saint Félix, supposé remonter au vie siècle.

Autour de la place du Bouffay, les fouilles touchent des lieux fameux dans l’histoire de Bretagne. Les traces des anciens piloris ont été mises au jour. C’est là que Pontcallec et ses conjurés ont été exécutés en 1720. La place était autrefois bordée au sud par l’hôtel de la Monnaie, dont les fondations devraient être exhumées. Il s’agit d’un ancien atelier monétaire, en fonction entre le xve et le xviiie siècle. Enfin, les textes anciens évoquent un château du Bouffay, occupé par les comtes de Nantes et les premiers ducs de Bretagne au xie siècle. Il pourrait être situé sous des immeubles actuels. Les archéologues ont découvert un important mur médiéval qui pourrait être en relation avec ce site. Ils ont également relevé quelques traces du haut Moyen Âge, période encore très méconnue. Les recherches qui doivent se poursuivre pendant plusieurs mois devraient continuer d’apporter de nombreux et précieux éléments sur l’histoire d’une ville jusqu’alors très peu fouillée.

Erwan Chartier-Le Floch

Par ECLF - Publié dans : Archéologie - Communauté : Histoire Géographie
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Lundi 22 août 2011 1 22 /08 /Août /2011 09:47

L’automobile est aujourd’hui la principale industrie en Bretagne, grâce notamment à Citroën qui s’est implanté à Rennes à partir des années 1950. Une décentralisation industrielle réussie, grâce notamment à une main d’œuvre d’« ouvriers-paysans » recrutés dans les campagnes de haute Bretagne.

 

 

 

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Fondé en 1919, le groupe Citroën sort relativement épargné de la Seconde Guerre mondiale, pendant laquelle son outil de production a été épargné et ses ingénieurs ont continué à travailler. En 1948, ils sortent ainsi un nouveau véhicule, la 2 CV qui va connaître un succès suivi fulgurant, suivi, dans les années 1950, par celui de la DS. Les usines Citroën sont alors concentrées dans la région parisienne, mais elles peinent à assurer la production. L’entreprise décide de créer de nouvelles usines. Les dirigeants vont ainsi choisir d’implanter à Rennes une première unité de production de roulements à bille et de pièces de caoutchouc. Les salaires y sont effet de 25 à 30 % plus bas qu’en région parisienne, ce qui amortit considérablement les coûts d’acheminement de ces pièces vers les chaines de montage parisiennes. L’usine de la Barre-Thomas, route de Lorient, ouvre ses portes en 1953 et embauche rapidement mille cinq cents ouvriers. Citroën appartient à l’époque au groupe Michelin qui, dans la foulée, va décider de créer une usine dans la région vannetaise.

 

Le temps des AMI

Dans le courant des années 1950, les ingénieurs de Citroën créent un nouveau véhicule grand public, l’AMI 6, pour lequel il est décidé de créer une usine dédiée. Les dirigeants de l’entreprise souhaitent l’implanter dans la région parisienne mais le gouvernement de la Quatrième république vient de prendre les premières mesures en faveur de l’aménagement du territoire et des décentralisations industrielles. C’est la Champagne qui a d’abord les faveurs du conseil d’administration, avant que le Comité d’études et de liaisons des intérêts bretons (Celib) et les élus bretons ne s’invitent dans ce choix.

 

Lobbying breton

Grâce au réseau des cadres bretons de la région parisienne, les dirigeants du Celib ont en effet eu vent des projets de Citroën. Ils n’ignorent pas que le PDG du constructeur automobile, Pierre Bercot, possède une propriété à Beg-Meil où il passe régulièrement ses vacances. Durant l’été 1955, l’un des hommes forts de la vie politique bretonne, très impliqué dans le Celib, René Pléven, invite Pierre Bercot pour un déjeuner informel. Au digestif, rejoints par Joseph Martray, ils évoquent la possibilité d’une implantation à Rennes. Si Pierre Bercot ne s’engage pas, il ne se montre pas non plus hostile, soulignant que les dirigeants de Citroën et de Michelin sont très satisfaits de la main-d’œuvre bretonne. Il la qualifie d’ailleurs de « calme et qualifiée ».

Cette première rencontre informelle sera suivie de plusieurs mois de lobbying intensif de la part des élus bretons. Une telle implantation industrielle leur apparaît en effet cruciale pour la Bretagne de l’époque, dont l’agriculture se modernise rapidement ce qui a pour effet de provoquer un exode rural important et le départ des milliers de jeunes Bretons, notamment vers Paris. En créant une importante usine à Rennes, l’idée est donc de créer un pôle de croissance suffisamment puissant pour arrêter cette émigration. Le maire de Rennes, Henri Fréville parvient à faire classer sa ville dans les zones critiques pouvant recevoir des aides gouvernementales en cas d’implantation industrielle. A noter que les élus bretons et les dirigeants du Celib œuvrent discrètement, pour ne pas dire secrètement, afin de ne pas mécontenter les chefs d’entreprises rennais, inquiets de manquer de main d’œuvre dans l’hypothèse de l’arrivée d’une usine automobile.

 

la construction de l’usine de la Janais

Un samedi de juillet 1958, Antoine Chatel, jeune maire de 26 ans de Chartres-de-Bretagne, a eu la surprise de voir une demi-douzaine de DS sa garer devant son domicile et d’en voir sortir Pierre Bercot, PDG de Citroën, venu lui annoncer que sa commune avait été choisie pour l’implantation d’une usine d’automobile. Les terrains avaient été sélectionnés, dans le plus grand secret, sur clichés aériens… Le lieu dit la Janais (« le champ d’ajonc » en gallo) se prêtait bien à cette installation. Il était en effet situé près de la voie de chemin de fer Rennes-Quimper et dans le prolongement de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, une zone peu urbanisée. Pendant plusieurs mois, Antoine Chatel va s’atteler à convaincre la trentaine de propriétaires avant que les travaux ne démarrent au début de 1959. Une entreprise pharaonique qui va mobiliser pendant plusieurs mois des milliers d’ouvriers. Trois mille arbres sont ainsi abattus et près de cinq cent mille mètres cubes de terre sont déplacés… La première 4x4 voie bretonne, la rocade sud de Rennes est édifiée dans la foulée. La sociologie de la commune est bouleversée : en 1958, elle comptait à peine un millier d’habitants, cinquante ans plus tard, elle est devenue l’une des principales agglomérations périphériques de Rennes, accueillant notamment de nombreux cadres de l’usine et bénéficiant de nombreux équipements culturels et sportifs, financés par les retombées fiscales de l’usine Citroën.

 

 

Ouvriers et paysans

Si elle est synonyme de croissance économique, l’implantation d’une usine moderne d’automobiles est une source de profonds bouleversements pour un territoire. La principale difficulté pour le constructeur réside dans le recrutement de plusieurs milliers d’ouvriers. Pendant les Trente Glorieuses, les constructeurs français ont habituellement eu recours à l’immigration, notamment depuis l’Afrique du Nord, pour répondre à ces besoins. Sauf dans le cas de Rennes, où Citroën a choisi d’employer essentiellement des ruraux de haute Bretagne. Peu de cités ouvrières ont ainsi été construites pour les « citroënistes » qui ont d’ailleurs boudé la ZUP sud de Rennes construite à proximité de l’usine.

Citroën a rapidement mis en place un réseau très dense de ramassage en bus dans les campagnes rennaises, jusqu’à Ploërmel dans le Morbihan. De nombreux paysans, possédant des fermes modestes, ont été attirés par la perspective d’un emploi fixe dans la nouvelle usine, leur procurant ainsi un complément de revenus à leurs activités agricoles. Il est vrai que la taille moyenne des exploitations agricoles n’était alors que de quatorze hectares sur ce territoire, ce qui ne permettait plus qu’une agriculture de subsistance.

Citroën a donc trouvé une main d’œuvre abondante et motivée. Dans les années 1960, le taux d’absentéisme pour maladie était quatre fois inférieur à Rennes que dans les usines parisiennes. Sauf à la fin de l’été, pendant les grands travaux agricoles… Les dirigeants de Citroën ont alors fait pression sur les autorités préfectorales pour que les subventions ne soient plus accordées qu’aux exploitations de plus de vingt hectares, accélérant le processus de concentration des terres agricoles. Nombre d’ouvriers de Citroën ont  revendu leurs terres, ne gardant que quelques hectares exploités en complément. Cette population d’ « ouvriers-paysans » a longtemps constitué l’une des originalités du secteur automobile breton.

Implanté depuis maintenant un demi-siècle à Rennes, Citroën continue d’ailleurs d’embaucher dans tout le bassin rennais. Avec la Défense, l’automobile est aujourd’hui l’une des principales industries bretonnes, employant, outre l’usine de la Janais, des milliers de salariés dans la sous-traitance. Avec les Télécoms, une autre décentralisation industrielle réussie, ce secteur continue de contribuer au développement économique de la Bretagne contemporaine.

 

Pour en savoir plus :

Collectif sous la direction de Jean-Jacques Monnier et Michel Denis, Histoire de la Bretagne au XXe siècle, Skol Vreizh, 2010.

Par ECLF - Publié dans : Histoire de Bretagne - Communauté : Histoire Géographie
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