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Mardi 10 février 2009 2 10 /02 /Fév /2009 06:51

L’eisteddfod est la plus importante manifestation culturelle du pays de Galles. Chaque année, plus de cent cinquante mille personnes y participent pour suivre des compétitions artistiques, des cérémonies druidiques où, tout simplement, pour parler gallois. Car la finalité de cet immense rassemblement est de célébrer le gallois, la plus dynamique des langues celtiques contemporaines.




Des peuples celtes, les Gallois sont peut-être les plus méconnus à l’international. Posez une question sur les Irlandais, on vous parlera de joyeux lurons jouant du bodhran ou du violon dans un pub entouré de montagnes grandioses où coule la Guinness à flot. Interrogez sur l’Ecosse, et on vous décrira de grands gaillards en jupe, jouant de la cornemuse dans des montagnes non moins grandioses. Mais les Gallois ? Au mieux, quelqu’un évoquera des vallées minières sinistrées où s’entraînent de solides rugbymen qui battent régulièrement les équipes d’Angleterre ou de France lors du tournoi des Six nations... Mais n’espérez guère plus. Il est vrai que les Gallois n’ont sans doute pas les talents de leurs voisins, Irlandais ou Ecossais, voir même Bretons, pour exporter l’image d’une culture souriante et créative ainsi que quelques clichés parfois fort commerciaux. Cela étant, c’est injuste. Les Gallois ont aussi des montagnes magnifiques et ils savent se montrer conviviaux. Cette image un peu austère qu’on leur colle tient sans doute au protestantisme rigoureux qui a longtemps imprégné ce pays. Elle s’explique également par le fait que la culture galloise est principalement irriguée par la langue, un élément peu accessible pour un observateur extérieur.

Pour les Gallois, la langue demeure l’essentiel. Y cymraeg – le gallois – est   ainsi surnommée Iaith y nefoedd (la langue des cieux). Elle est la langue celtique la plus dynamique. Un cinquième de la population la parle, beaucoup en ont des notions. Elle a ses bastions, dans les montagnes du nord ouest du pays, où elle est omniprésente. Elle possède sa chaîne de télévision, des stations de radio, une littérature dynamique, un emploi dans la vie publique et dans nombre d’entreprises… Elle est aussi fêtée lors d’une manifestation assez unique en Europe, l’Eisteddfod, un rassemblement qui change d’emplacement tous les ans et qui, sur une dizaine de jours, rassemble plus de cent cinquante mille personnes, l’équivalent d’un grand festival de musique chez nous. Sauf que là, ces cent cinquante mille personnes viennent pour une langue !





J’ai eu la chance d’assister à quelques eisteddfodau. Je ne parle pas gallois, tout juste puis-je comprendre quelques mots grâce au breton. Car, ce sont tout de même des langues sœurs, qui ont évolué différemment pendant plusieurs siècles, mais conservent un vocabulaire commun. Par exemple, pour une souris, le Gallois dira Llugoden, et le Breton Logodenn. C’est presque pareil. Il faut juste parvenir à prononcer ce maudit « Ll » gallois, ce qui n’a rien d'une sinécure. Autre exemple : pour le vin, les deux diront gwin. Mais attention aux faux amis car rouge se dit ruz en breton, tandis qu’en gallois, c’est koch qui se prononce comme kaoc’h en breton, mot désignant, comme chacun sait, une matière fécale. Donc, quand un Gallois demande du gwin koch, il ne faut pas s’offusquer. Par contre, s’il vous propose du gwin gwynn il convient de se méfier : depuis quelques années, des vignes ont été plantées dans les environs de Cardiff et produisent quelques hectolitres de « vin » blanc. Les Gallois en sont très fiers et en proposent souvent au visiteur... On peut s’en tirer en prétextant qu’on préfère les excellentes bières produites localement.

En breton comme en gallois, les nombres sont aussi très similaires. Sauf un : le 18. Je me souviens d’une partie de fléchettes épique où je faisais mon malin en comptant en breton. Ils comprenaient tout, jusqu’à ce qu’on arrive au 18. « Tri wec’h », dis-je, ce qui les fit beaucoup rire. Ils se demandaient ce qui avait bien pu piquer les Bretons à dire « trois fois six », ce qui est la traduction littérale du chiffre 18. Ils m’ont fait répéter, dans l’hilarité générale, et c’est à peine s’ils ne sont pas allés chercher les enfants pour leur faire entendre çà ! Je leur ai alors demandé qu’est-ce qu’ils disaient pour ce satané 18. « Dau naw », m’a-t-on répondu. Deux fois neuf ! Evidemment c’était beaucoup plus logique… Un bel exemple de cartésianisme celtique !

Une des grandes différences avec la Bretagne réside sans doute dans le fait qu’ici, l’establishment soutient cette langue et que, même si elle reste liée à la civilisation rurale, elle n’a jamais cessé d’être une langue de lettrés. Robin Llewellyn en est un bon exemple. Il est actuellement un des auteurs en gallois les plus reconnu et a gagné plusieurs récompenses à l’eisteddfod national, dont la médaille de  littérature. Il parle d’ailleurs d’autres langues celtiques, dont le breton qu’il a appris dans le Trégor « e 1973, o tastum patatez, kostez Plouaret ». Surtout, il gère un des principaux équipements culturels du pays de Galles, le village de Portmeirion, rendu célèbre par la série Le prisonnier et construit par son grand-père, un architecte assez excentrique. « 90 % de mes employés parle gallois, m’explique-t-il avec fierté. Il est important de montrer que le tourisme peut à la fois respecter les gens qui vivent ici et contribuer à enrichir culturellement les visiteurs. Nous avons donc comme règle que tout ce qui est écrit, exposé ou proposé dans le village le soit de façon bilingue. D’ailleurs, les visiteurs étrangers apprécient beaucoup de voir du gallois, car ils viennent ici pour voir un pays différent, avec une forte identité, pas une simple région d’Angleterre. »

La sauvegarde du gallois a notamment été assurée par les différentes églises protestantes. La bible a été traduite au XVIe siècle, sur ordre d’Elisabeth I qui voyait bien que les Gallois rechignaient à aller dans les temples où les pasteurs prêchaient en anglais. Du coup, elle a involontairement permis l’émergence d’une langue galloise moderne, la traduction de la bible en langue vernaculaire étant à l’origine de bien des littératures modernes d’Europe. Ce sont ensuite les pasteurs galloisants qui, lors des tentatives d’anglicisation du pays ont sauvegardé la langue dans le peuple, grâce notamment aux ysgol sul, les « écoles du dimanche », un enseignement du catéchisme parallèle qui se faisait en gallois. Des pasteurs qui, pour beaucoup, appartenaient au courant non-conformiste, une tendance plus rigoriste que l’église anglicane. D’un côté, si ces pasteurs ont permis la survie de la langue, en bons puritains austères, ils se sont attaqués à d’autres richesses de la culture populaire. Ils ont ainsi éradiqué la musique et les danses traditionnelles du pays, considérées comme pratiques de mécréants[1]. Du coup, la chanson galloise contemporaine se résume à de l’opéra, de la variété pop un tantinet kitch qu’on entend à longueur de temps sur les ondes et, enfin, aux cantiques religieux.

Les chorales sont ici une véritable institution et rassemblent des milliers de membres. C’est lors d’un eisteddfod que j’ai eu l’occasion de vérifier la permanence de cette culture religieuse. Imaginez n’importe où, vers 2 h du matin, des centaines de personnes parfois bien éméchées comme dans tout rassemblement. Lorsque chants il y a, c’est rarement raffiné. Je dois avouer que, ce soir là, à Bala, ce ne fut guère le cas. Parmi les braillards présents, un type commença à entonner un air de cantique. En quelques instants, il était rejoint par des dizaines d’autres et – stupéfaction – ils chantaient juste et en canon. Bon, cela dura pas mal de temps et je plains quand même les riverains qui devaient essayer de dormir. Cela me prouvait que, même à une heure tardive, la langue galloise était vivante…

 

S’asseoir ensemble et parler gallois

Mais qu’est-ce que ce fameux eisteddfod ? A l’origine, c’est d’abord un verbe : eisteddfoda qui signifie s’asseoir ensemble. On peut le rapprocher du breton « azez » (assis) et bodañ (résider, se réunir). Il en est venu à définir toute une série de manifestations qui rythment l’année galloise. Au fil des mois, de multiples eisteddfodau sont organisés par les retraités, les jeunes, les musiciens, les mineurs… En général, il s’agit de compétitions sur des thèmes précis, accompagnés de rassemblements festifs. On compte aussi trois grands eisteddfod réunissant, à l’échelle du pays de Galles, des milliers de personnes. L’eisteddfod international se tient tous les ans à Llangollen. Essentiellement musical, il a été fondé après la Seconde Guerre mondiale, pour développer les liens entre les peuples qui s’étaient affrontés durant le conflit. L’eisteddfod de l’Urdd (mouvement de la jeunesse) voit s’affronter près de dix milles jeunes dans diverses disciplines diverses : poésie, musique, arts, sports, mathématiques, etc. Les gagnants remportent une coupe, un diplôme et le droit de passer à la télévision. Mais le plus important des eisteddfodau, le national, se tient la première semaine d’août dans une ville différente du Pays de Galles et reste la grande vitrine du dynamisme culturel gallois.

Au premier abord, l’eisteddfod a un air de grande foire. Dans un vaste champ, une forêt de tentes et de chapiteaux s’élève, surplombée par le grand pavillon des cérémonies druidiques. Toutes les organismes travaillant pour le gallois, mais aussi les médias, les entreprises, les galeries d’art y ont leur stand. On y trouve ainsi une structure d’aide à l’édition – Cyngor Llyfrau Cymbraeg, l’office du livre gallois – qui ferait pâlir bien leurs homologues bretons en mal d’interlocuteur depuis quelques années et qui illustre la vitalité de la littérature galloise. « L’Eisteddfod nous permet d’exposer les nouveautés de l’année en gallois, m’explique un des responsables, Dewi Morris Jones. Près d’un millier de titres nouveaux sont édités annuellement, essentiellement des livres pour la jeunesse et des romans. Nous ne sommes pas là que pour donner des subventions, outre des aides financières, nous apportons aussi des analyses techniques aux éditeurs. »

Il est vrai que près d’un tiers des galloiphones que compte le pays s’y rendent chaque année. « Nous sommes très fermes sur l’emploi du gallois à l’intérieur de l’Eisteddfod, m’explique Dai, un journaliste. Nous voulons ménager des espaces exclusifs pour notre langue. C’est un des moyens de lutter afin de pouvoir résister au rouleau compresseur de l’anglais, qui est devenu la langue mondiale. » Sans oublier quelques argentins de passage, il subsiste en effet une communauté de quelques milliers de galloiphones arrivés en Patagonie au XIXe siècle et qui continuent d’entretenir des rapports avec la terre de leurs ancêtres.

A l’Eisteddfod, on trouve, par exemple, les représentations des principaux partis politiques du pays de Galles : travaillistes, nationalistes du Plaid Cymru, libéraux démocrates et conservateurs. On a quelques difficultés à imaginer, en Bretagne, des stands du PS et de l’UMP, avec des militants parlant breton dans une fête de la langue. Pourquoi pas des chevènementistes ou des villieristes tant qu’on y est ! Aucun parti politique n’oserait faire de déclaration contre la langue galloise, au risque de se fâcher avec 20 % de l’électorat. Ce qui n’empêche pas l’eisteddfod de servir de caisse de résonance aux revendications politiques et linguistiques, notamment de la très active Cymdeithas yr Iaith, la société de la langue galloise. Jusqu’à la fin des années 1990, il était ainsi de tradition de ravager le stand du welsh office, émanation administrative de Londres et qui gérait les affaires galloises. Une sorte de préfecture régionale, en quelque sorte… Depuis l’obtention d’une assemblée autonome en 1999 et la disparition du Welsh office, les militants gallois n’ont cependant pas désarmé, interpellant -mais de manière plus calme – les membres de l’Assemblée qui installe un vaste stand à l’eisteddfod.

 

Une création des romantiques

Officiellement, la première mention d’une compétition de poésie qualifiée d’eisteddfod, remonte à 1176. D’autres concours bardiques se tinrent au Moyen Age et à l’époque moderne, mais ce genre de manifestation a décliné à la fin du XVIIe. A noter que le gagnant de ces banquets se voyait offrir une chaise à la table du seigneur qui parrainait le concours. Un privilège et surtout l’assurance de pouvoir manger toute l’année qui s’écoulait… Il n’a jamais été facile d’être poète de profession ! Le principe de l’eisteddfod va être remis au goût du jour, dans les années 1790, à… Londres. Des Gallois, sans doute en mal du pays, réactualisent la récompense de la chaise qui sera désormais le prix offert aux vainqueurs des grands concours de poésie galloise. La chose aurait pu rester confidentielle si n’était entré en action un sacré personnage, quelque peu excentrique et illuminé : Iolo Morganwg. De son vrai nom Edouard Williams, ce tailleur de pierre originaire du Glamorgan fonde, en 1792, le Gorsedd (assemblée) des druides de Bretagne, toujours à Londres. On est alors en pleine expansion de la franc maçonnerie et la mode est aux sociétés plus ou moins secrètes qui se cherchent des rituels les plus antiques possibles. On est aussi au début de la celtomanie et du romantisme.





Et quoi de plus romantique que ces Celtes antiques et du haut Moyen Age ? De magnifiques perdants de l’histoire, aux récits étonnants et à la religion druidique vraiment mystérieuse puisque ses prêtres refusaient d’écrire et furent massacrés par les Romains ou convertis par l’Eglise ? Les druides n’ont donc pas laissé grand chose, c’est à dire beaucoup de place à l’imagination, une qualité dont Iolo Morganwg n’était pas dépourvu. D’autant qu’il était un solide fumeur d’opium ce qui, visiblement, n’a pas été de trop pour recréer le druidisme… Iolo avait ainsi proclamé qu’il avait retrouvé des antiques rituels retranscrits dans des vieux grimoires. En fait, il les avait inventés de toute pièce ! Puis, Morganwg eu la riche idée de les mélanger avec les cérémonies de l’eisteddfod, ce qui eu pour effet de donner un certain apparat à ce rassemblement.

Plus tard, à la fin du XIXe siècle, l’ordonnancement des cérémonies furent codifiées sous la forme qu’elles ont actuellement. Ce qui n’excluent absolument pas le recours aux techniques modernes : jeux de lumière, écrans géants, retransmissions vidéos…

Autant l’avouer, ces cérémonies druidiques sont quelque chose d’assez étonnant. Au pays de Galles, le druidisme n’est pas vraiment une affaire religieuse – on compte d’ailleurs de nombreux pasteurs, et même la reine d’Angleterre dans le gorsedd -, mais plus une affirmation culturelle et identitaire. Le tout revêt un côté ostentatoire important : jeune fille avec des couronnes de fleurs portant une trompe d’abondance –le hirlas -, druides transportant une immense épée, ovates verts et bardes bleus se réunissant dans un cercle de pierre (à chaque eisteddfod, un nouveau cromlech est érigé dans la ville choisie)… Le tout avec une profusion de pectoraux dorés, de serre-têtes et de torques assez déroutante dans une société qui a, longtemps, baigné dans un protestantisme austère. Peut-être y-a-t-il d’ailleurs un lien de cause à effet ? Le gorsedd des druides de Bretagne tient en tout cas plus de l’académie culturelle que d’une spiritualité new-age. On n’y entre pas après une illumination mystique : on peut théoriquement devenir barde avec une licence universitaire de gallois. En revanche, c’est par cooptation qu’on devient druide.

Durant l’eisteddfod, à chaque début de soirée, d’autres cérémonies se tiennent dans un immense chapiteau pouvant accueillir cinq mille personnes. Quoiqu’un peu désuet, cela ne manque pas de pompe. Le cortège des druides traverse la foule, devancé par l’archidruide portant une couronne tressée de feuilles de chêne et un imposant  plastron doré aux motifs celtiques. Arrivé sur l’estrade, il appelle le jury chargé de remettre le prix du jour. Il y a trois principales récompenses remises à l’eisteddfod. La première est la couronne du meilleur barde. Elle récompense une poésie libre. La seconde est la médaille de la littérature qui sanctionne une œuvre en prose. Enfin, la troisième, et la plus prestigieuse, est la fameuse chaise – y gadair. Pour la gagner, il faut rédiger une ode – l’awell, dans un style imposé, régi par un ensemble de vingt-quatre règles le cynghanedd. Il s’agit d’une forme de poésie archaïque, remontant au Moyen Age, avec des rimes internes particulièrement complexes. On en retrouve d’ailleurs des formes voisines en breton ancien.

Le gagnant peut donc revenir avec un beau siège pour son salon… je me moque un peu, mais c’est une immense source de fierté pour un gallois que de remporter la Chaise. Comme me l’expliquait Geraint, un ami : « La poésie est quelque chose de très important chez nous. L’essence de la langue galloise favorise certaines forme de poésie et de chant, car le fait qu’elle possède sept voyelles différentes oblige le locuteur à allonger les sons, à parler et à prononcer les mots clairement. Ce qui favorise peut-être un côté déclamatoire propre à notre langue. »

Heureux peuple qui met en avant ses poètes. C’est plus sympathique que des généraux…

En dehors des cérémonies officielles parfois un peu trop formelles, l’eisteddfod est aussi un événement festif qui attire la jeunesse. Mais un peu à l’écart du site officiel, où la consommation d’alcool est prohibée et où le rock fut longtemps banni. En 1979, les organisateurs allèrent jusqu’à couper le courant pour interrompre un concert improvisé ! En fait, passé 18 h, le plus intéressant se passe dans les pubs, bondés, de la ville qui accueille l’eisteddfod. On sait aussi y pratiquer l’autodérision. J’ai le souvenir d’une parodie de cérémonie druidique. Dans une salle des fêtes enfumée, seize jeunes poètes se livraient à une satire sur leur establishment littéraire et à diverses joutes oratoires. Les spectateurs étaient hilares et – après un pastiche de la cérémonie de la chaise - le gagnant repartit avec… un tabouret. Quand une langue sert à faire de l’humour et à entretenir la convivialité, c’est qu’elle est toujours vivante.

 



[1] A l’exception de quelques villages du Glamorgan, connus sous le nom de Wales Black spot (le trou noir du pays de Galles…), et qui ont tout conservé : jeux de soule, musique, danses, vocabulaire argotique archaïque… On y célèbre d’ailleurs le jour de l’an, Hen Kalanna, une semaine après tout le monde, comme si le calendrier grégorien n’avait pas été introduit.

Par Erwan Chartier-Le Floch - Publié dans : Histoire des pays celtiques
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Mardi 10 février 2009 2 10 /02 /Fév /2009 06:47

Au début du XIX e siècle, un pharmacien costarmoricain, Efflam Le Maout, met au point une « moutarde celtique » produit à la fois médical et gastronomique qui connu un vif succès, jusqu’à l’étranger. Il est aussi le père de deux scientifiques, Emmanuel et Charles, aux théories parfois originales.

Né en 1764, Efflam Le Maout devient apothicaire et ouvrira, successivement, une officine à Guingamp puis à Saint-Brieuc. L’homme a de la ressource et va lancer un produit voué à un vif succès : la moutarde celtique. Utilisée depuis trois mille ans, cette plante aurait d’ailleurs une étymologie celtique : « mwstarrd » se rapportant à quelque chose dégageant une forte odeur. Elle a donné mustard en anglais ou moutarde dans notre langue, tandis qu’elle est nommée sinapis en italien, d’après une autre étymologie gréco-latine.

Utilisée toujours de nos jours pour rehausser les plats (pendant longtemps, la plupart des viandes étaient bouillies pour éviter tout danger bactériel, ce qui les affadissait au goût), la moutarde est censée avoir également des vertus thérapeutiques, notamment pour ce qui touche les sens… « Une femme froide et paresseuse peut devenir, avec quelques cuillerées de moutarde, une épouse idéale », écrivit Pline l'Ancien. Les philosophes de l’Antiquité vantaient donc la moutarde comme remède aphrodisiaque, de quoi la rendre fort populaire ! La croyance s’est maintenue et, jusqu’au XIXe siècle, elle était vendue par les apothicaires qui, souvent, la préparaient mélangée à du gingembre, autre épice censée réveiller les ardeurs amoureuses. Ajoutons que la moutarde est aussi réputée pour ses propriétés antiscorbutiques.

S’il en gardait la recette plus ou moins secrète, Efflam le Maout faisait cultiver sa moutarde à Cesson et sur quelques paroisses du littoral de la baie de Saint-Brieuc, avant de la préparer dans son officine.

 

Tout feu, Efflam

Pour faire la publicité de son produit, Efflam Le Maout ne fit pas appel aux grands anciens de l’Antiquité, mais à quelques philosophes locaux de ses amis. Ainsi, parmi ses relations, on compte un joyeux farfelu, Théophile Laënnec (le père du célèbre médecin), établi à Saint-Brieuc après qu’il eut quitté sa famille à Quimper. C’est ce dernier qui se chargea de rédiger un livret de poésies, glorifiant le produit. En voici un extrait :

Dans les dîners appétissants

Comme elle nous fit boire !

Nos estomacs reconnaissants

En gardent la mémoire

Illustre Le Maout

Ton humeur égrillarde

Pour aiguiser nos appétits

Vaut presque ta moutarde

Il est vrai qu’Efflam Le Maout ne semblait pas non plus un personnage triste : à sa mort, en 1852, il fit graver sur sa tombe la formule «ci-gît feu Efflam »… Parallèlement au succès de la moutarde, la plaquette de Laënnec a été rééditée sept fois, indiquant aussi « Maille est le Corneille de la moutarde, Bordin le Racine, Le Maout le Crébillon ». Le produit ne devait pas être mauvais puisqu’il fut exporté jusqu’en Russie, ce qui permet aux Le Maout d’arborer l’aigle tsariste sur leurs officines et sur leurs pots de moutarde.

 

Des fils passionnés d’histoire naturelle

Elevés dans les officines paternelles, au milieu des plantes et des remèdes divers, les deux fils d’Efflam Le Maout, François et Charles, nés respectivement à Guingamp en 1800 et 1805, en développèrent un goût pour les sciences naturelles. Le premier devait devenir un botaniste reconnu, auteur d’un Traité de Botanique et d’une Flore élémentaire des jardins et des champs.

Le second, Charles, se distingua aussi par ses travaux scientifiques. Il effectua des études de pharmacie, en Bretagne et à Paris, avant de reprendre l’officine paternelle en 1829 et la lucrative affaire de la moutarde celtique. En 1832, une terrible épidémie de choléra frappe la Bretagne. Au mépris du danger, Charles Le Maout effectue des expériences auprès des malades pendant une dizaine de mois. Armé d’un seul microscope, il détermine que l’air rejeté par les patients est porteur d’éléments infectieux. Ses travaux sont présentés, dans l’hilarité générale, à l’Académie des sciences de Paris. On le moque et il faudra encore plusieurs décennies pour que l’existence des microbes soit mise en lumière. Le jeune pharmacien costamoricain avait pourtant eu là une belle intuition.

Auteur de plusieurs ouvrages de pharmacie et de médecine, Charles le Maout se passionna également pour d’autres disciplines. Féru d’histoire naturelle, il était un correspondant du muséum d’histoire naturelle auquel il envoyait des spécimens de poissons rares pêchés dans les baies de Saint-Brieuc et d’Erquy.

 

Curieuses théories de météorologie

Charles Le Maout a aussi été un des pionniers de l’utilisation du baromètre enregistreur, avec lequel il effectuait de nombreux relevés. Une discipline qui l’amena à développer de curieuses théories. Ainsi, durant la guerre de Crimée, en 1854, il prétendait pouvoir donner des nouvelles du front grâce à son baromètre à Saint-Brieuc !

Selon lui, en effet, les tirs de canons et l’utilisation de poudre avaient une influence sur l’atmosphère et provoquaient des phénomènes météorologiques à plusieurs milliers de kilomètres de distance… Il en imagina des « canons à pluie » pour lutter contre la sécheresse et une théorie de la pluie artificielle, obtenue à force de tirs d’armes à feu. Mais elle ne rencontra guère d’échos.

 Charles Le Maout fut également un passionné d’histoire de son pays. Le 25 juin 1836, il lançait le Publicateur des Côtes-du-Nord qui fut le premier périodique édité dans le département. La ligne, très mesurée politiquement, était plutôt de tendance libérale. Pendant cinquante ans, il y rédigea des articles d’actualités ou à connotation scientifique et historique. En 1846, Charles Le Maout publia les Annales armoricaines, des recueils de chroniques sur l’histoire de Bretagne.

Charles le Maout se piqua également de géologie. Il effectua des recherches sur les gisements de minerais du département, notamment les anciennes mines de plomb, de zinc et d’argent dont il estimait que les filons étaient toujours productifs. Il tenta ainsi de faire revivre la mine argentifère de Trémuson, abandonné à la Révolution, mais, faute de capital, du renoncer au bout de cinq ans.

Décédé à Saint-Brieuc le 27 octobre 1887 à l’âge vénérable de 83 ans, Charles Le Maout, touche-à-tout fort éclectique, est demeuré une des figures intellectuelles de son département au XIXe siècle.
 

Pour en savoir plus :

Les œuvres de Charles Le Maout, Eugène Hoffmann, Imprimerie François Le Roy, Le havre, 1896.

Itinéraire littéraire en Côtes-d’Armor, Edmond Rébillé, Coop Breizh, Spézet, 1998.

Mille bretons, dictionnaire biographique, Jean-Loup Avril, Editions Les Portes du large, Saint-Jacques-de-la-Lande, 2003.

Par Erwan Chartier-Le Floch - Publié dans : Histoire de Bretagne
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Lundi 9 février 2009 1 09 /02 /Fév /2009 19:34

Du Moyen Âge à la révolution industrielle, la fabrication des toiles de lin et de chanvre a assuré la prospérité de nombreuses régions bretonnes, dont la Bretagne centrale, entre Quintin, Loudéac et Pontivy, où étaient conçues les fameuses toiles « bretagnes » exportées en grande partie vers Cadix puis vers le nouveau monde.

La mondialisation n’est pas forcément une chose nouvelle et le riche patrimoine breton, les églises et les calvaires notamment, témoigne aujourd’hui de la prospérité de la péninsule aux XVIIe et XVIIIe siècle, lorsque ses marchands exportaient des toiles dans le monde entier. Ces toiles étaient conçues avec du chanvre, du lin ou un assemblage de ces deux plantes connues depuis la Préhistoire, mais dont la culture et l’utilisation des fibres textile a explosé à partir de la fin du Moyen Âge. En effet, au XIVe siècle, l’incroyable essor du commerce et de la population européen, puis les Grandes découvertes et le développement des échanges transocéaniques nécessitent des surfaces de toiles énormes, pour les vêtements et les draps bien sûr, mais également pour confectionner des sacs destinés à emballer les marchandises et, surtout, pour les voiles des navires.

En quelques décennies, la Bretagne devient l’un des principaux fournisseurs européens de toiles de chanvre et de lin. « Aux Xve et XVIe siècles, la Bretagne est assez densément peuplée, explique l’historien Jean Tanguy. On y trouve une main d’oeuvre abondante pour la culture du lin et du chanvre, ainsi que pour le tissage et le filage. Le climat humide est particulièrement favorable à la culture de ces plantes, ainsi qu’au traitement de leurs fibres. » Par ailleurs, à l’époque, les Bretons sont véritablement les rois des mers. Leurs navires sillonnent tous les ports européens où ils proposent leurs toiles – noyales, crées, olonnes et autres bretagnes - qui sont reconnues et appréciées.

Le développement de l’industrie toilière va de nouveau connaître un nouveau développement aux XVIIe et XVIIIe siècle, avec une explosion de la demande dans les colonies espagnoles d’Amérique du sud. Le Trégor et le centre Bretagne vont singulièrement tirer profit de ce commerce.

 

Une plante exigeante

Le Trégor devient ainsi une importante zone de production de lin. La culture de cette plante est assez délicate car tributaire des aléas climatiques et de la qualité des sols. Planté au printemps, le lin pousse en « cent jours », durant lesquels il doit croître suffisamment, mais pas trop sinon les fils sont trop fins. La floraison a lieu aux alentours du 15 juin et les champs de lin prennent alors une couleur bleue qui leur donne un aspect de petite mer. Après la récolte en juillet, il faut procéder au rouissage du lin, entre quinze jours et deux mois. La plante est alors exposée au soleil et à la pluie, pour dégrader la pectine qui sert de lien entre les fibres de la paille. Le lin peut aussi être régulièrement trempé dans des bassins ou des cours d’eau pour accélérer ce procédé. Intervient ensuite le teillage qui consiste à séparer la paille des fibres. Le lin teillé était ensuite peigné puis filé.

Depuis la fin du XVIe siècle, le lin cultivé dans le Trégor et le Goélo n’était pas issu d’une souche indigène, mais de graines achetées en Europe du Nord, en Zélande ou dans les pays baltes. Ces graines étrangères fournissaient en effet une tige plus longue et donc plus de filasse. Mais, au bout de trois années, ces souches dégénéraient sur le sol breton et il fallait importer de nouvelles graines. Cette culture générait un commerce international important. Ainsi, en 1750, 7000 barils de graines étaient destinés au Trégor, 3000 au Léon et 2000 au Goélo. Après le rouissage, les paysans de la côte nord recevaient la visite des « linotiers », des petits commerçants qui leur achetaient de la filasse, revendue ensuite aux ateliers du centre Bretagne situés dans un vaste triangle entre Quintin, Loudéac et Pontivy. Ces ateliers indépendants composaient un ensemble économique, la « manufacture des toiles bretagnes », pour laquelle, au maximum de l’activité, près de quarante mille fileuses et cinq mille tisserand travaillaient à la transformation du lin, générant d’importants revenus dans toute la région.

 

Des toiles bretagnes aux Amériques

De nombreux paysans de la zone s’étaient également spécialisés dans le blanchiment des toiles, au Quillio notamment. Cette opération durait plusieurs mois et faisait beaucoup dans la qualité des toiles qui étaient ensuite conditionnées en balles, des paquets pouvant atteindre jusqu’à cent kilos. Ces marchandises étaient ensuite acheminées vers Saint-Malo qui, au milieu du XVIe siècle, devient le grand port d’embarquement des toiles bretagnes au détriment de Nantes.

Au milieu du XVIIe siècle, les textiles bretons déjà réputés pour leur emploi dans la marine, connaissent en effet un fort engouement dans la péninsule ibérique et, surtout, dans les riches colonies espagnoles d’Amérique. On s’y arrache les bretanas, quintines et autres ponidivi pour confectionner d’agréables vêtements de lin. Des milliers de balles sont exportées chaque année. La plupart des exportations se font depuis Cadix, où les Bretons disposent de réseaux déjà anciens. Il existait une colonie bretonne dans le port de San Lucar de Barraméda depuis le XIVe siècle. A Cadix même, sur la centaine de maisons de commerce françaises recensées vers 1770, les Bretons étaient très bien représentés, notamment les audacieux armateurs malouins qui commercialisent les toiles bretagnes. En retour, ils assurent d’importantes rentrées d’argent dans la cité malouine ainsi qu’en Bretagne centrale, où les commerçants investissent dans la pierre en se faisant construire des maisons de maître et des manoirs.

 

Un long déclin

Aussi lucratif qu’il soit, ce commerce des toiles centre bretonnes était fragile. Après 1770, l’Espagne relève ses tarifs douaniers, ce qui pénalise les toiles bretonnes soumises désormais à la concurrence de toiles irlandaises et silésiennes. La période d’instabilité ouverte par la Révolution française se révèle fort néfaste pour la manufacture des toiles. Une partie des élites commerçantes disparaît. Par ailleurs, les incessantes guerres déstabilisent le commerce européen.

Surtout, les négociants de toile centre bretons ont préféré placer leur fortune dans la pierre ou dans l’achat de terre. Aucune bourgeoisie industrielle ne s’est vraiment développée dans la péninsule, où il n’existe alors aucune banque régionale a même de fournir des capitaux suffisant à la relance de l’industrie toilière au début du XIXe siècle. La Bretagne, et particulièrement le centre de la péninsule, passe donc à côté de la révolution industrielle et de la mécanisation des industries de textile. La production s’effondre et la manufacture des bretagnes disparaît vers 1840.

Le choc social et économique est énorme. La région s’enfonce dans un marasme qui durera presque un siècle, avant que l’agriculture intensive des années 1950 ne génère à nouveau du développement. Pour l’historien Jean Martin, cet échec a suscité « une véritable dépression collective », qui va se traduire notamment par une grave crise démographique. La région entre Loudéac et Quintin se vide de nombreux habitants. Certaines communes de la zone possédaient ainsi plus d’habitants au début du XIXe siècle qu’aujourd’hui.

Tombée longtemps dans l’oubli, la formidable saga du lin en centre Bretagne laisse cependant un patrimoine civil et religieux important qui est désormais remis en valeur. D’autant plus que, depuis quelques années, on assiste également à une redécouverte de cette plante – bien moins polluante que le coton – pour la qualité de ses textiles ou ses vertus alimentaires.

 

La maison des toiles à Saint-Thélo

Le petit village centre breton de Saint-Thélo a fait l’objet d’une opération originale de mise en valeur de son passé toilier dans le cadre de l’année du lin en Côtes-d’Armor, en 2006. La maison d’un riche marchand de toiles du XVIIIe siècle a ainsi été transformée en musée. On peut y découvrir les différentes opérations de fabrication de toiles de lin, les principaux débouchés de ces marchandises ainsi que l’itinéraire de grandes familles de la région qui se sont alors enrichies grâce à ce commerce. On y trouve aussi une boutique proposant différents produits issus du lin, dont des vêtements, des cosmétiques et des aliments. Riche en oméga 3, le lin possède en effet bien des vertus méconnues. La maison des toiles propose également des expositions temporaires autours des toiles et accueille régulièrement des artisans ou des artistes travaillant sur les textiles. Très original également, l’artiste japonais Tadashi Kawamata, épaulé par plusieurs étudiants en art, a aménagé un ensemble de maisons de tisserand en œuvre d’art contemporain. Cette « mémoire en demeure » étonnera à coup sur bien des visiteurs.

Renseignements : la Maison des toiles, le bourg, 22460 Saint-Thélo ; Tél. 02 96 56 38 26.

Par Erwan Chartier-Le Floch - Publié dans : Histoire de Bretagne
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Lundi 9 février 2009 1 09 /02 /Fév /2009 17:48

En juin 1944, à Saint-Marcel dans le Morbihan, des milliers de maquisards encadrés par des parachutistes SAS, ont tenu tête à la Wehrmacht. Un musée en perpétue le souvenir, tout en proposant une lecture complète de la vie des Bretons sous l’occupation allemande. Ce texte est tiré d'un article paru dans ArMen n°165 de juillet 2008.

Aujourd’hui encore, malgré leur quiétude apparente, les bois et les collines de Saint-Marcel, en lisière des landes de Lanvaux, conservent le souvenir des durs combats qui éclatèrent ici en juin 1944. “On l’oublie souvent, mais c’est ici qu’est tombé le premier mort du Débarquement, explique Sylvie Rolland, gestionnaire du musée de la Résistance bretonne. Il s’agissait d’un jeune parachutiste SAS tombé lors d’un échange avec les troupes allemandes, le 5 juin 1944.”

En prévision de l’opération Overlord, plusieurs dizaines de parachutistes SAS avaient en effet été envoyées en Bretagne, afin d’organiser les maquis et de fixer les troupes allemandes pour qu’elles ne puissent renforcer le front de Normandie. Le plus important de ces maquis va se constituer à Saint-Marcel, dans le Morbihan. Des milliers de résistants vont s’y rendre et s’y armer. Un véritable pont aérien est mis en place : jusqu’à sept mille containers seront ainsi parachutés en une seule nuit ! Les Allemands réagissent et attaquent le 18 juin au matin, mais ne parviennent pas à enlever le camp. Les maquisards préfèrent cependant évacuer les lieux dans la nuit, avant d’être encerclés. Leur combat et leur résistance face à l’Occupant auront un énorme retentissement en Bretagne et galvaniseront les autres maquis.

Après la guerre, un monument sera élevé puis, en 1979, un premier musée est installé dans la mairie. Mais, face à l’afflux des visiteurs, il se révèle trop petit et la décision est prise d’en construire un nouveau sur le lieu des combats. Il est inauguré en 1984. Une collection privée d’objets de la Seconde Guerre mondiale a permis de constituer le noyau d’un fonds muséographique qui continue toujours de s’enrichir. “Nous recevons de nombreux dons, indique le conservateur Jean-Marc Michaud. Des armes notamment, que des particuliers avaient conservées depuis la guerre. C’est d’ailleurs plus prudent de les confier à des structures comme la nôtre !”

 

Une plongée dans les années 1940

Le scénario actuel du musée a été écrit par Jacqueline Sainclivier et Christian Bougeard, deux universitaires spécialistes de la période. La visite qu’ils ont imaginée est très pédagogique et didactique. Elle ne se cantonne pas à l’évocation des combats de Saint-Marcel, mais permet d’évoquer la vie quotidienne sous l’Occupation en Bretagne. On peut, par exemple, s’asseoir dans la tourelle d’un bombardier pour assister au bombardement de Lorient ou déambuler dans une rue avec ses magasins rationnés et des affiches d’époque. D’autres espaces présentent la presse de l’époque, des uniformes et des armes des différentes armées ou les activités de la Résistance. La Collaboration et la Déportation sont également évoquées. Deux salles sont enfin consacrées aux parachutistes français des SAS qui, avant la Bretagne, s’étaient illustrés en Afrique du nord.

À l’extérieur, les visiteurs peuvent découvrir des reconstitutions des fortifications du mur de l’Atlantique et des véhicules d’époque. “Nous proposons une visite commentée dans un half-track américain, explique Christophe Thibaut, le responsable des collections. Cette animation, d’une trentaine de minutes, plaît beaucoup. C’est une expérience que de rouler dans ce type de véhicule blindé, qui pèse tout de même neuf tonnes !” Le musée comporte également un fonds documentaire accessible sur rendez-vous et une salle d’exposition temporaire. Celle de cet été concerne l’histoire de deux avions alliés abattus dans la région, dont les historiens sont parvenus à reconstituer l’histoire des équipages et le déroulement de la mission.

Renseignements : musée de la Résistance bretonne, 56140 Saint-Marcel. 02 97 75 16 90.

Par Erwan Chartier-Le Floch - Publié dans : Patrimoine
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