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Histoires de Bretagne

Un blog d'Erwan Chartier-Le Floch

Nicolas Ozanne, peintre de la marine à voile

Publié le 5 Mars 2016 par ECLF in Histoire de Bretagne

Nicolas Ozanne, peintre de la marine à voile

Surnommé le « Versailles de la mer » au XVIIIe siècle en raison des importants travaux qui ont transformé son arsenal et son port, Brest a connu une importante activité culturelle et intellectuelle liée à la mer avec la création d’une Académie de marine et les œuvres de nombreux artistes parmi lesquels les Ozanne dont les tableaux et les gravures constituent nous donnent un singulier témoignage sur les marines de l’époque.

Si aujourd’hui navires et paysages marins inspirent les artistes pour leur beauté ou leur poésie, leur représentation autrefois obéissaient à d’autres normes qu’esthétiques. Au XVIIIe siècle, il s’agissait avant tout de reproduire les navires avec le plus de précision possible, afin d’en restituer le maximum de détails techniques qui pouvaient ensuite être repris par les architectes navals. À l’époque, France et Angleterre sont en état de guerre quasi permanente, les historiens parlent d’ailleurs de « seconde guerre de Cent Ans » opposant les deux pays jusqu’à la chute de Napoléon en 1815. Et la mer a joué un rôle très important dans le conflit.

Développé par le pouvoir royal depuis 1631, Brest devient une importante base navale française et surtout un foyer intellectuel de premier plan pour tout ce qui touche aux sciences de la mer au XVIIIe siècle. C’est dans ce contexte que la fratrie des Ozanne va révéler toute l’étendue de son talent, en particulier l’aîné, Nicolas.

Nicolas Ozanne

Né en janvier 1728 à Brest, Nicolas Ozanne commence très jeune à dessiner et montre de telles dispositions qu’à 10 ans, il est placé chez maître Robelin, professeur de dessin pour la Marine. Il continue à se perfectionner et devient son adjoint à 14 ans. Il est alors repéré par l’intendant de la marine, Bigot de Morogues qui le charge de relevés sur les défenses côtières. À 16 ans, son père décède. Chargé de famille, Nicolas Ozanne engage alors plusieurs de ses frères et sœurs comme graveurs afin de leur procurer des ressources.

Il se lie d’amitié avec Duhamel du Monceau qui le recommande à Paris et Versailles. Il est notamment remarqué par le ministre de la Marine, Rouillé qui l’appelle pour dessiner les vaisseaux sur les vues du Havre visité par Louis XV en 1749. Nicolas Ozanne obtient quelques années plus tard, en 1754, la permission de revenir à Paris pour se perfectionner auprès des peintres François Boucher et Charles Natoire et du graveur Ingram. En 1755, il part à Toulon et il y côtoie le peintre Vernet auprès duquel il se perfectionne. Embarqué sur le Foudroyant en 1756, il représente la campagne d’une escadre partie de Toulon vers Minorque. Ses travaux sont récompensés par un brevet de dessinateur de la Marine. L’année suivante, il entre comme membre adjoint à la prestigieuse Académie de Marine.

L’éducation navale du dauphin.

En 1762, il est nommé au bureau des ingénieurs géographes de guerre, fonction qu’il occupe pendant six ans. Nicolas Ozanne n’était pas qu’un dessinateur mais également un architecte naval accompli, formé par des années d’observation des navires. En 1766, au Havre, pour monsieur de Courtanvaux, il construit ainsi une frégate au Havre. Lors d’une montre en mer du Nord, à Rotterdam et Amsterdam, les Néerlandais sont si impressionnés par les formes et les qualités du bateau qu’ils tentent de recruter Nicolas Ozanne.

Nicolas Ozanne fréquente régulièrement la cour à Versailles et on lui confie, en 1769, l’éducation frères aux choses de la mer du dauphin et de ses. Il fait notamment confectionner une flottille sur les étangs de Versailles pour les futurs Louis XVI, Louis XVIII et Charles X. avec quelques succès puisque Louis XVI fut sans doute l’un des souverains français les plus sensibles à l’importance de la marine.

Pour assurer cet enseignement, Nicolas Ozanne entreprend également des recherches historiques qui feront de lui l’un des spécialistes de la stratégie navale depuis Louis XIV jusqu’à la guerre d’indépendance américaine. Ses travaux l’amènent aussi à se pencher sur l’évolution des ports et des arsenaux français et étrangers qu’il continue à représenter. On lui doit avec son frère Pierre et les gravures de ses sœurs un ouvrage de référence pour l’époque : Nouvelles vues perspectives des ports de France.

En 1789, après plus de cinquante ans de service, Nicolas Ozanne se retire et est mis définitivement à la retraite en 1791. Il s’éteint en 1811 à Paris. Il laisse une œuvre abondante, avec plus de trois cents planches à l’eau-forte, réunies notamment dans un Traité de la marine militaire, dédié en 1762 au duc de Choiseul, ainsi qu’un recueil des combats de de Duguay-Trouin, gravé par sa sœur Jeanne-Françoise Ozanne et son mari Le Gouaz. En 1816, les annales maritimes et coloniales rendent ainsi hommage à son talent : « Les dessins de M. Ozanne offrent en général des productions exécutées avec facilité : son adresse à profiter des masses de fumée produites par l’artillerie dans les batailles navales, a souvent concouru à rendre très piquant l’effet les combats qu’il a représentés. On a toujours cité avec éloge ses vues de ports : la vérité et la scrupuleuse exactitude qui en font le principal mérite, y sont portées à un si haut degré, qu’il a acquis dans ce genre une réputation difficile à atteindre. »

Une famille d’artiste

Outre Nicolas, ses frères et sœurs ont également suivi de belles carrières maritimes ou artistiques. Né en 1737, son frère Pierre suit d’ailleurs son enseignement avant de devenir lui-même dessinateur de la marine. Il se fait une réputation en tant que ingénieur et constructeur naval. Il devient même capitaine de vaisseau. En tant que graveur, il a réalisé plusieurs dizaines de planches représentant des navires, des ports ou des paysages marins. Il a également rassemblé une collection d’ornements pour les proues et poupes de bateau. Il est mort à Brest en 1813.

Née en 1735, Jeanne-Françoise Ozanne est embauchée très jeune par son frère pour graver ses dessins. Elle a notamment gravé, des Vues du port de Dieppe, de Saint-Valéry ou de Livourne, ainsi que des paysages de colonies françaises. Leur autre sœur, épousa le graveur Le Gouaz qu’elle a secondé dans son métier. Elle laisse également des gravures de paysages maritimes ou des Flandres.

L’Académie de marine

L’Académie de marine se serait constituée, de manière informelle, à Brest à la fin des années 1740. Un capitaine de vaisseau, expert en balistique, Sébastien Bigot de Morogues réunit régulièrement chez lui des officiers, des ingénieurs et des architectes. Les travaux de cette assemblée rencontrent un écho dans les plus hautes sphères et le ministre Rouillé décide de l’institutionnaliser. En 1752, Louis XV, par lettres patentes, crée donc l’Académie de marine de Brest, composée de soixante-quinze membres, dont Nicolas Ozanne. Bigot de Morogues en est le premier directeur. Très rapidement, elle contribue à la modernisation de la marine française. Elle est mise en sommeil pendant la guerre Sept ans, entre 1765 et 1769, avant de renaître sous le nom d’Académie royale de marine et elle est désormais liée à l’Académie des sciences. Pendant une trentaine d’années, ses membres vont se révéler particulièrement actifs avec quatre cents mémoires. Les travaux portent sur l’astronomie, les mathématiques, l’hydrographie, la cartographie mais aussi sur l’hygiène et la santé des équipages. Une bibliothèque de près de quatre mille volumes est constituée. En 1776, elle obtient la direction de l’atelier des boussoles de Brest. Trois de ses membres Caret de Leurieu, Fleuriot de Langles et d’Escures participent à l’expédition de La Pérousse disparue dans les îles Salomon. L’Académie de Marine est supprimée en 1793 par la Convention. Une Académie de marine a été recréée en 1921. Elle siège à l’Ecole militaire de Paris.

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