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Histoires de Bretagne

Un blog d'Erwan Chartier-Le Floch

1451. Le duc giffle sa femme à Guingamp

Publié le 21 Avril 2016 par ECLF in Histoire de Bretagne

1451. Le duc giffle sa femme à Guingamp

La giffle de Pierre de Bretagne sur l'un des vitraux de la basilique de Guingamp.

Bien avant la chaîne D8 et Joey Starr, il y a eu des baffes célèbres ! Certaines ont marqué leur époque, comme ce "soufflet" que je relatais dans mon Histoire de Bretagne en 100 dates. La vie à la cour des ducs de Bretagne était parfois mouvementée ! Le cadet du duc Jean V, Pierre de Bretagne, fut ainsi accusé de battre sa femme Françoise d’Amboise. Légende ou réalité ?

Il est vrai que la vie de Françoise d’Amboise, future duchesse de Bre- tagne, débute de manière mouvementée. Née en 1427, fille et héritière du très riche Guy de Thouars, elle est fian- cée à 4 ans à Pierre, second fils du duc de Bretagne. Cet accord provoque la fureur de Guy de La Trémoille, grand chambellan et favori du roi de France Charles VII. La Trémoille voulait ma- rier Françoise à son fils pour capter sa fortune. Arthur de Richmont, frère de Jean V, parvient à récupérer la fillette et à éviter un rapt. Elle est placée en sûreté à Vannes. Furieux en apprenant la nouvelle, La Trémoille fait jeter le père de Françoise en prison. Il lui confisque également ses biens.

Quand la jalousie s’en mêle...

À la cour de Bretagne, la duchesse Jeanne de France prend la petite Fran- çoise en amitié. Elle lui lègue ainsi le quart de ses bijoux, son chapelet et son livre d’heures à sa mort en 1433. En 1442, le mariage de Pierre et Françoise est célébré. L’hagiographe Albert Le Grand affirme que, ce jour-là, Pierre fit porter à la mariée des habits de damas blanc, signe de continence absolue. En effet, les deux époux se seraient jurés, secrètement, de n’avoir d’autres rapports que platoniques. Cet épisode a pu être inventé par la suite pour renforcer la « sainteté » de Françoise d’Amboise. Mais il est exact que le couple n’a pas eu d’enfants.

En 1433, Pierre avait reçu le comté de Guingamp, confisqué aux Penthievre. Après la noce, le couple aurait choisi de s’installer dans la ville qui est alors un important carrefour commercial à l’entrée de la basse Bretagne.

À l’instar de bien des souverains, la vie des ducs de Bretagne et de leurs familles n’était pas toujours un long fleuve tranquille. Ce fut particulièrement le cas pour Jean V et ses enfants. Jean V a été kidnappé par les Penthièvre. Son fils aîné, François, est responsable de la mort de son frère benjamin, Gilles. Quant au cadet, Pierre, on l’a accusé d’avoir battu sa femme Françoise. Mais nombre d’histoires qui touchaient les princes d’autrefois tenaient le plus souvent de l’invention, de la rumeur, voire du simple ragot... Comme pour les puissants d’aujourd’hui ?

Une cour, composée essentiellement de nobles des environs, se serait constituée autour du couple princier. L’hagiographie présente Françoise comme un modèle d’épouse sortant accueillir son mari à la porte de Rennes lorsqu’il rentrait de la chasse ou passant le reste de son temps à accomplir des œuvres de charité. Cette belle harmonie est bouleversée par des courtisans mal intentionnés. Se répandant en remarques salaces et en sous-entendus, ils seraient parvenus à instiller le doute chez Pierre quant à la fidélité de sa femme. Le fils du duc multiplie dès lors les scènes de jalousie. Ses sautes d’humeur vis-à-vis de sa femme de- viennent de plus en plus fréquentes.

Scène de ménage princière

La situation dégénère et le couple en arrive au « clash » ! Selon Albert Le Grand, un jour qu’il était particulièrement excédé par les calomnies, Pierre injurie sa femme dans la grande salle du château. Puis, ne se maîtrisant plus, il ne peut s’empêcher de la souffleter devant tout le monde. Profondément choquée, humiliée, Françoise se retire et reste alitée au point de tomber gravement malade.

Pierre se rend compte de son erreur. Mortifié, il vient faire amende honorable auprès de son épouse. Touchée par la sincérité des remords, Françoise accorde son pardon et se remet rapidement. Désormais uni, le couple fait installer un tombeau commun en l’église Notre-Dame de Nantes en 1447 et promet que si l’un venait à mourir, le conjoint survivant renoncerait à se marier...

Les légendes ont leur charme, mais l’épisode du prince violent a toutes les chances d’avoir été inventé par les hagiographes peu soucieux de vérité historique. Rien n’indique en effet que Pierre de Bretagne et sa femme aient séjourné pendant une longue période à Guingamp. Ses actes sont localisés dans le sud de la Bretagne où le couple devait suivre la cour ducale dans ses fréquents déplacements.

Pierre II le simple

À la mort de son frère, François, Pierre devient duc en 1450. Timide, on le dit cependant coléreux, et on lui attribue le surnom de « Simple ». Il sait cependant se montrer efficace en réorganisant sa principauté en neuf baronnies et en instituant une forme d’assistance judiciaire pour les plus pauvres. Lorsqu’il meurt en 1457, à 39 ans, son épouse Françoise entre au couvent Sainte-Claire de Nantes. Le nouveau duc, Arthur III, fait pression pour qu’elle se remarie au duc de Sa- voie. Elle refuse. Elle se consacre ensuite à la fondation d’un couvent des carmes à Vannes. Il est possible que le roi de France Louis XI ait monté un projet d’enlèvement, déjoué à temps par Françoise qui se réfugie à Nantes. Elle prononce ses vœux définitifs en 1468 et décède en 1485. Elle a été béatifiée par l’Église en 1863.

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