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Histoires de Bretagne

Un blog d'Erwan Chartier-Le Floch

XIXe siècle. La conserve dope l’économie bretonne

Publié le 17 Avril 2016 par ECLF in Histoire de Bretagne

XIXe siècle. La conserve dope l’économie bretonne

Si le XIXe siècle en Bretagne correspond à une période de repli économique, la pêche et certains secteurs agricoles vont bénéficier de l’invention de la conserve métallique, un nouveau moyen pour conserver les aliments et exporter loin poissons, viandes et légumes.

La Bretagne pourrait ériger une statue à Nicolas Appert, tant il a contribué à son développement. Ce natif de Châlons-sur-Marne peut être en effet considéré comme le père de la conserve moderne. La boîte de conserve naît en fait au cours du XVIIIe siècle, au Pays-Bas. La marine néerlandaise utilise des boites de fer blanc pour conserver de nombreuses denrées dans la graisse. A l’aube du XIXe siècle, elle se développe pour transporter du poisson fumé ou des tablettes de bouillon. Le gouvernement français s’intéresse également au procédé. Un confiseur, Nicolas Appert se voit octroyer 12000 francs pour des recherches sur le sujet. L’amirauté britannique dispose également d’un programme de recherches. Nicolas Appert va travailler sur de nouvelles méthodes de stérilisation d’aliments au bain-marie. S’il utilise des récipients en verre ou en grès, il comprend vite les avantages du fer-blanc, qui résiste mieux à la chaleur et au transport.

Dès 1806, Nicolas Appert s’est lié avec Joseph Colin, un autre confiseur à Nantes. Il l’initie à sa méthode. Colin se lance notamment dans la conserve de poissons. En 1810, L’Almanach des gourmands note que « les conserves de sardines confites se confectionnent à Nantes ». Il semble qu’on y utilise déjà le fer-blanc. Jusqu’à présent, les sardines étaient salées et conservées dans des tonneaux de bois. En 1814, Appert se rend en Angleterre, où la conserve de fer-blanc se développe également pour les besoins de la royal Navy. Mais à son retour, il retrouve son atelier de Massy pillé par les Prussiens qui occupent alors Paris. Appert fait faillite et mourra dans le besoin, en 1841.

Production de masse

Entre temps, la conserve va connaître un spectaculaire développement en Bretagne sud. En 1824, Pierre-Joseph Colin, le fils de Joseph, ouvre une première manufacture à Nantes. Il se lance dans la production en masse de conserves et passe pour le véritable inventeur de la sardine à l’huile. Il s’approvisionne par voitures rapides au port de la Turballe.

Dans les années 1820, les usines se créent également dans le Morbihan, au plus près de la ressource. Des industriels nantais ouvrent des établissements à Port-Louis, Groix, Lorient ou au Palais. Colin se diversifie et se lance dans la conserve de légumes, de viande ou de saumon. En 1842, on recense 5 manufactures de conserves à Nantes, 24 en 1883. En 1880, près de 150 usines emploient plus de quinze mille personnes, en majorité des femmes, de la Loire-Atlantique au Finistère sud.

Un produit de masse et exportable

La plupart de ces entreprises sont contrôlées par des capitaux nantais. Le grand port possède les infrastructures et une bourgeoisie industrieuse qui va favoriser le développement international de la conserve bretonne. Cette dernière profite ainsi de l’ouverture du marché américain dans les années 1850. Les besoins en nourriture de ce pays sont alors énormes, particulièrement avec la ruée vers l’or de Californie qui débute en 1849.

D’abord destinée aux marines qui ont besoin d’embarquer des vivres pour de longues périodes, la conserve est aussi appréciée dans les mines, en pleine expansion tant en Europe qu’en Amérique du nord. Elle va mettre plus de temps à pénétrer les ménages. Dans la première moitié du XIXe siècle, la conserve reste encore un produit cher et peu connu. Mais avec l’invention de la publicité et la massification de la production, elle va connaître un essor considérable. Cette massification de la production entraîne une baisse des coûts et la met à la portée du plus grand nombre.

L’or bleu de la Bretagne

Tout au long du XIXe siècle, le produit phare, dans la région, demeure la conserve à l’huile, un poisson alors abondant et considéré comme « l’or bleu de la Bretagne ». Les conserveries contribuent à une nouvelle prospérité des ports bretons. Elle assure de nouveaux débouchés aux pêcheurs. A quai, les femmes trouvent de l’embauche dans les usines, dont plusieurs dirigeants font montre d’une certaines conscience sociale en développant les structures d’aide aux familles. Mais d’une manière générale, les conditions de travail restent très dures.

La conserve participe également au développement de l’industrie du fer blanc dans la région. Jusque là importé, il est désormais fabriqué dans les forges d’Hennebont ou de Basse-Indre. Plusieurs industriels se lancent dans la fabrication de boites, notamment à Chantenay. La conserve procure également de nouveaux débouchés à l’agriculture bretonne, particulièrement pour les légumes, puis pour les pâtés.

La conserve bretonne est à l’origine de plusieurs grandes sagas industrielles, avec la création de marques aujourd’hui centenaires comme Cassegrain, Hénaff ou Saupiquet. Installé à Nantes, Arsène Saupiquet est l’inventeur de la boite de sardine à ouverture facile et sans l’aide d’instruments. Son groupe se développe ensuite, au point de racheter de nombreuses usines dans toute la Bretagne dans les années 1950 et 1960. Il est notable de souligner que la plupart de ces industriels étaient d’origine modeste. Leur grand talent est d’avoir tiré profit des ressources – jusque-là sous-exploitées – de l’agriculture et de la pêche bretonnes, puis d’avoir su les conditionner pour pouvoir les exporter dans le monde entier.

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