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Histoires de Bretagne

Un blog d'Erwan Chartier-Le Floch

1893. Création de la Ligue gaélique

Publié le 27 Décembre 2016 par ECLF in Interceltisme

1893. Création de la Ligue gaélique

Avant la parution des Celtes en 100 dates en 2017, quelques articles stimulants... N'hésitez pas à réagir sur le blog pour alimenter le débat...

Pour enrayer le déclin de la langue gaélique, plusieurs intellectuels créent une ligue qui va connaître un développement impressionnant au début du xxe siècle. Parfois taxée de passéisme, la Ligue gaélique va avoir une profonde influence dans l’île verte.

Quand le culturel précède le politique : alors que les mouvements politiques sont en pleine confusion à la fin du xixe siècle, les initiatives culturelles et sportives vont redonner un nouvel élan aux revendications irlandaises grâce particulièrement à la Ligue gaélique. Depuis une cinquantaine d’années, la langue irlandaise connaissait un déclin accéléré par les effets de la grande famine et de l’émigration massive des Irlandais de l’ouest. Entre 1845 et 1860, le nombre de locuteurs s’effondre de 3 millions à 800 000. Méprisé par les autorités britanniques comme par l’establishment protestant, l’irlandais souffre d’une image dégradée.

 

Une ligue révolutionnaire

Plusieurs personnalités avaient lancé des initiatives pour le sauver dans la moitié du xixe siècle avec Thomas Davis, Smith, O’Neill ou Mac Hale, évêque de Thuam. En 1876, le père Nolan fonde une société pour la préservation de la langue irlandaise. Quelques années plus tard, le père O’Grownay publie une importante grammaire irlandaise. On le retrouve, parmi les sept fondateurs, le 31 juillet, de la Ligue gaélique, Conradh na Gaeilge, à Dublin. Rétrospectivement, en 1914, Patrick Pearse, lui rend ainsi hommage : « La Ligue sera considérée dans l’histoire comme la force la plus révolutionnaire à avoir vu le jour en Irlande. La révolution a réellement commencé lorsque ses sept fondateurs se sont réunis dans O’Connell street. Toute l’histoire de l’Irlande était en germe dans cette arrière-salle. »

La Ligue gaélique se donne pour but « la préservation de l’irlandais en tant que langue nationale, l’extension de son usage en tant que langue parlée, l’étude de la vieille littérature irlandais et la culture des lettres irlandaises modernes. » Pour ses créateurs, il s’agit de donner un nouveau dynamisme à l’antique culture gaélique et de s’opposer aux modes de pensées britanniques, jugés trop matérialistes. Son slogan Sinn féin, sinn féin amháin, « Nous mêmes, nous mêmes seulement, résume sa philosophie.

 

Succès populaire

Dès ses débuts, elle ouvre ses portes aux femmes. Au contraire du mouvement littéraire irlandais, très élitiste, elle entend s’adresser au peuple irlandais dans son ensemble. Même si les nationalistes y sont nombreux, la Ligue se tient éloignée des débats confessionnels et politiques. Son président, le folkloriste Douglas Hyde, est protestant. Quelques orangistes la rejoignent.

Le succès est fulgurant. Des dizaines de branches locales se forment. La Ligue ouvre des classes d’irlandais. Grâce à elle, en 1909, 3000 écoles sur 9000 enseignent l’irlandais dans l’île, alors qu’on en comptait qu’une centaine une décennie plus tôt. Elle publie des journaux et des livres, vendus à bas prix. Elle organise des stages dans l’ouest, l’été, ce qui permet aux étudiants d’apprendre la langue auprès de ses locuteurs traditionnels, pêcheurs ou paysans. Des concours et des festivals entraînent une véritable émulation autour du gaélique. En quelques années, il revient à la mode passe du statut de patois méprisé à une forme de distinction.

 

Réaction britannique

Les défenseurs du système colonial britannique ne s’y trompent pas et combattent l’organisation. Le plus illustre de ses détracteurs n’est autre que John Pentland Mahaffy, universitaire au Trinity college de Dublin. Il se moque de la Ligue, défend l’hégémonisme culturel anglais, mais constate lucidement, dans les années 1900 : « les nationaliste irlandais savent bien que le Home Rule n’est qu’une affaire de temps, pourvu qu’on sache entretenir les différences de race et de sentiment entre les deux peuples en y ajoutant une différence de langage ».

Dans les théâtres londoniens et les cercles protestants ont continu à se moquer de la Ligue gaélique qui rassemble des milliers de membres, de la GAA, ou des Irlandais en général. Il est vrai que le mouvement prête parfois à la moquerie, comme la campagne visant à promouvoir la culotte irlandaise face au « pantalon anglais ». D’une certaine manière, la Ligue gaélique contribue a promouvoir l’image d’une Irlande figée dans ses traditions et sa ruralité, opposée au progrès, privilégiant les solidarités locales contre un capitalisme de plus en plus agressif et mondialisé.

Au final, la ligue gaélique qui rassemblait des dizaines de milliers de membres va péricliter après la création de l’Etat libre en 1921. Certes, Douglas Hyde en devient le premier président. Le gaélique est alors instauré comme matière obligatoire dans les écoles publiques, ce qui ne freinera guère son déclin. Comme si l’indépendance était une malchance… La Ligue gaélique perd rapidement de son influence, même si celle-ci n’est pas négligeable. En 2005, grâce à l’une de ses pétitions, l’irlandais devient enfin l’une des langues officielles de l’Union européenne.

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