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Histoires de Bretagne

Un blog d'Erwan Chartier-Le Floch

Hallstatt, les princes du sel

Publié le 9 Avril 2017 par ECLF in Histoire des pays celtiques

Les mineurs de l'âge du Fer découpaient des blocs de sel en forme de coeur, plus faciles à transporter.

Les mineurs de l'âge du Fer découpaient des blocs de sel en forme de coeur, plus faciles à transporter.

 

 

 

 

Entre 800 et 500 avant notre ère se développe la première civilisation celtique, dite de Hallstatt, du nom d’un petit village de la haute Autriche. Depuis des décennies, les archéologues y ont mis au jour des vestiges exceptionnels, issus d’une immense nécropole et de mines de sel en altitude.

Situé à une soixantaine de kilomètres de Salzbourg, Hallstatt pourrait faire figure de stéréotype du village autrichien : dominées par les hautes montagnes du Salzkammergut, les maisons à colombage descendent doucement vers un lac d’un bleu immaculé. Mais si cette localité très touristique est aujourd’hui classée au patrimoine de l’Humanité, c’est avant grâce à ses sites archéologiques exceptionnels. À centaines de mètres d’altitude, on y trouve ainsi l’une des plus anciennes mines de sel d’Europe et l’un des plus grands cimetières de l’ère celtique.

 

Le sel des Celtes

Difficile d’imaginer qu’un océan s’étendait là il y a plusieurs dizaines de millions d’années et que le sel des eaux évaporées se retrouve désormais dans les couches géologiques de montagnes, dont les sommets taquinent les 2 500 mètres. La présence de ce sel était connue dès le Néolithique. Il est déjà un bien précieux, puisqu’un être humain en a besoin de trois grammes par jour. Il sert également pour la conservation des aliments et les besoins se sont accrus avec le développement de l’agriculture. Pour le plus grand bonheur des archéologues, le sel préserve également les matériaux organiques et les mines de Hallstatt ont livré des pièces uniques en bois, en cuir ou en tissu. Elles constituent une source de documentation extraordinaire sur la vie des hommes de l’âge du Bronze et du Fer.

Il y a quatre mille ans débute donc l’exploitation quasi industrielle du site. Des puits verticaux sont creusés qui s’ouvrent ensuite sur des galeries horizontales. Les archéologues ont mis au jour de nombreux vêtements et des outils de mineurs, dont des pics en bronze, des pelles en bois et surtout plusieurs sacs à dos qui permettaient de transporter jusqu’à 30 kg de cette précieuse marchandise, exportée ensuite dans toute la région. L’exploitation s’interrompt vers 1245 avant J-C., pendant quatre siècles, sans doute en raison de glissements de terrain.

 

 

 

 

 

L’âge d’or de Hallstatt

Au ixe siècle avant notre ère, l’exploitation reprend un peu plus haut, avec de nouvelles méthodes minières, puisque les galeries s’enfoncent désormais jusqu’à 200 mètres sous terre. Une nouvelle organisation sociale, culturelle et politique émerge et dans l’espace nord alpin se développe la première civilisation dite celtique, avec des princes régnant sur de petites principautés de la Bohême à la Bourgogne. Le fer leur procure un avantage militaire et économique, avec une amélioration de l’armement et de l’outillage agricole.

Dans toute l’Europe centrale de l’époque, Hallstatt s’impose comme le principal site de production de sel. Le préfixe hall est d’ailleurs d’origine celtique et on le retrouve en breton dans hollen, le « sel ». L’exploitation se fait de manière plus intensive et rationnelle : les entrées de la mine sont creusées de manière oblique pour éviter les infiltrations et les blocs sont débités en forme de cœur, afin de faciliter leur transport grâce à des cordes. Ils pesaient entre 12 et 42 kg.

 

 

 

 

 

Une nécropole exceptionnelle

Le commerce du sel entraîne une prospérité extraordinaire dans la région, en témoigne l’immense nécropole, en contrebas de la mine, qui a pu accueillir entre cinq et six mille tombes au premier âge du Fer. Elle est fouillée depuis le début du xixe siècle et près de 1 500 sépultures ont pu être étudiées. Nombre d’entre elles contenaient un mobilier archéologique exceptionnel, dont on peut voir une partie des objets dans le musée municipal, récemment modernisé, mais également à Vienne ou Linz. La profusion d’objets mis au jour explique que, au congrès archéologique de Stockholm, en 1874, il a été décidé que Hallstatt servirait de référence au premier âge du Fer celtique, comme celui de la Tène en Suisse devait donner son nom à la période suivante.

Entre 800 et 400 avant notre ère, plusieurs milliers d’individus ont été inhumés à Hallstatt, très souvent avec leurs plus beaux objets, particulièrement les guerriers avec leurs armes et leurs cuirasses, les puissants et les femmes de l’aristocratie avec leurs bijoux ou de grands récipients en bronze. Les nombreux objets de prestige mis au jour témoignent de la vigueur des échanges commerciaux à l’époque : colliers en perles d’ambre de la Baltique, verreries de l’Adriatique, etc.

Les fouilles ont également démontré la diversité des pratiques funéraires, allant de la crémation à l’inhumation simple. Grâce aux squelettes, les archéologues ont logiquement déterminé que les habitants de Hallstatt étaient « robustes » avec des déformations osseuses témoignant de la pénibilité du travail à la mine. La taille moyenne était de 160 cm chez les femmes et 170 cm chez les hommes. Environ 15 % des hommes et des femmes enterrés là avaient dépassé l’âge, conséquent pour l’époque, de 60 ans.

Au Ve siècle, Hallstatt, comme l’ensemble du monde celtique, entre en crise. Il est désormais fortement concurrencé par le site d’Hallein, à une quarantaine de kilomètres, pour la production de sel. Mais il semble que, dans une bonne partie de l’Europe, le pouvoir des princes « hallstattiens » soit remis en question. De ces bouleversements va naître une nouvelle aristocratie guerrière qui va partir à la conquête du continent pendant les siècles suivants.

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