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Histoires de Bretagne

Un blog d'Erwan Chartier-Le Floch

Duquesne et Concarneau

Publié le 12 Juillet 2017 par ECLF in Histoire de Bretagne

Duquesne et Concarneau

 

 

 

 

 

 

 

Marin audacieux et hommes d’affaires parfois trouble, Abraham Duquesne s’est illustré sous le règne de Louis XIV en remportant plusieurs victoires navales retentissantes. Ce Normand d’origine, de religion protestante, avait des attaches bretonnes, particulièrement du côté de Concarneau, dont il avait fait l’un de ses bases et où il avait acquis le manoir du Moros.

Abraham Duquesne (devenu Du Quesne après son anoblissement) reste comme l’un des marins les plus fameux du règne de Louis XIV, malgré des périodes de disgrâce, une réputation sulfureuse et un attachement viscéral à la religion protestante. Il est vrai que sa légende dorée a été entretenue par le roi Soleil, dont la suprématie navale était loin d’être acquise, face notamment aux Hollandais et son ennemi principal, Guillaume d’Orange.

Abraham Duquesne nait, en 1610, dans une famille de marins et armateur, volontiers corsaires, établie à Dieppe. La cité normande abrite alors la meilleure école d’hydrographie du royaume. Le jeune Abraham a le goût de l’aventure et des horizons lointains. A 17 ans, il embarque sur le Petit Saint-André avec son père. Ce dernier étant tombé malade, le fils prend le commandement et capture un navire hollandais. En 1636, fidèle au roi, il commande un navire chargé du blocus de la Rochelle et combat les troupes protestantes, malgré ses propres convictions religieuses, puis se distingue en Méditerranée contre les Espagnols.

 

Amiral en Suède

Remarqué par Richelieu, celui-ci le charge d’inspecter et de renforcer les défenses de Brest dont le cardinal veut faire l’un des grands ports de la marine royale. Il voyage beaucoup en Bretagne et c’est sans doute à cette période qu’il découvre le manoir du Moros, propriété d’Augustin de Beaulieu, un ami de son père. En 1638, Duquesne prend du galon et combat les Espagnols. Il est grièvement blessé à la mâchoire lors d’un combat au pays Basque.

Après la mort de son protecteur Richelieu et la perte d’un navire, Abraham Duquesne quitte la Royale et la France. En 1644, il se met au service de la reine Christine de Suède, dont on murmure qu’il devient très proche. Il est fait amiral-major et remporte plusieurs succès contre les Danois.

 

L’affaire Fouquet

En 1650, Duquesne affrète des navires à ses frais pour aider le jeune Louis XIV contre les frondeurs. Il empêche ainsi les secours anglais et espagnols de parvenir jusqu’à Bordeaux révoltée. Il est fait chef d’escadre, mais quitte la marine pour une dizaine d’années. Il devient alors un proche du surintendant Nicolas Fouquet qui possède de nombreux intérêts en Bretagne. Avec ses frères, Duquesne s’enrichit alors considérablement grâce au commerce maritime et à la course, voire, disent les mauvaises langues, avec des actes de piraterie.

En 1661, Nicola Fouquet est arrêté et jeté en prison. Malgré leur proximité, le ministre Colbert conserve sa confiance à Duquesne qui est même chargé de dresser un état et d’intercepter les navires de son ancien ami… Il réintègre également la marine royale, part guerroyer contre les Barbaresques et convoie la duchesse de Nemours jusque Lisbonne pour son mariage avec le roi du Portugal.

 

Jamais amiral de France

Duquesne est anobli par le roi et devient baron d’Indret, dans le pays de Nantes, tout en se prévalant du titre de seigneur du Moros. Mais sa renommée comme son caractère difficile suscitent bien des oppositions à la cour. Le roi et Colbert lui maintiennent leur estime, mais ils ont des doutes sur ses capacités lors de grandes batailles navales en ligne. Le 7 juin 1672, Duquesne commande ainsi le Terrible, fort de 70 canons, lorsque les Hollandais fondent sur la flotte franco-britannique à Solebay. Duquesne reste en retrait et manœuvre même pour laisser échapper les navires du célèbres amiral néerlandais, De Ruyter. Il obéit en fait à des ordres secrets de Louis XIV qui espère voire la flotte anglaise affaiblie par les Hollandais. Mais la conduite de Duquesne est jugée honteuse par de nombreux officiers de marine.

Quatre ans plus tard, en Méditerranée, il parvient cependant à mettre en déroute une flotte hollando-espagnole commandée par De Ruyter, ce qui lui vaut les félicitations du roi et de Colbert. Il rentre en héros à Messine, puis prend sa part dans les batailles d’Agosta et de Palerme. A Versailles, ses succès en Méditerranée sont mis en avant par la propagande royale, alors que les forces navales françaises sont en difficulté dans la Manche et l’Atlantique.

 

« Turenne des mers »

Duquesne devient une légende d’autant qu’à 70 ans, il reprend la mer pour aller bombarder Alger, puis, en 1684, le port de Gênes. On le surnomme le « Turenne des mers », réputation sans doute exagérée. Le roi le sollicite pour être amiral de France, à condition qu’il se convertisse au catholicisme. Mais Duquesne refuse, malgré les supplications de Colbert et Bossuet. Après la révocation de l’édit de Nantes, en 1685, il est l’un des rares protestants autorisés à rester en France, jusqu’à sa mort en 1688. Sa veuve sera en revanche contrainte à abjurer pour conserver son héritage, notamment ses terres bretonnes, considérablement étendues au fil des années autour de Concarneau.

 

 

Le « seigneur du Moros » à Concarneau

Situé sur la commune de Lanriec, le manoir du Moros conserve particulièrement le souvenir des Duquesne, famille à laquelle il a appartenu pendant près de 90 ans. Cette belle bâtisse, avec une large cour d’honneur et un imposant pigeonnier, date du XVe siècle. En 1477, un certain Yvon de Tréanna, y réside. Le manoir est situé sur une hauteur qui domine la rivière du Moros, non loin de la ville-close de Concarneau. Ses vasières peuvent permettre à de nombreux vaisseaux de s’échouer. En 1651, son propriétaire, David de Beaulieu, le vend pour 16 000 livres à Abraham Duquesne. Ce dernier vient de quitter la marine royale. Avec ses frères, il se livre à des affaires parfois louches. Ils pratiquent ainsi la course, mais des rumeurs affirment qu’ils n’hésitent pas non plus à piller des navires amis. Concarneau et le Moros vont leur servir de base navale, d’autant que l’un des amis et protecteur de Duquesne, le surintendant des finances, Nicolas Fouquet, possède une importante seigneurie à proximité : Coat-Canton à Rosporden. Fouquet développe aussi ses affaires maritimes à Concarneau. Lorsqu’il fortifie la citadelle de Belle-Isle, Duquesne et ses vaisseaux lui apportent une aide logistique précieuse.

Ce n’est donc pas par hasard si Duquesne s’est installé à Concarneau, même si cet achat procède également d’une volonté ostentatoire. Il obtient en 1682 le titre de châtellenie pour le Moros, où il séjourne volontiers avec sa femme, Gabrielle de Bernières, de 24 ans sa cadette, épousé en 1661.

 

 

A Lire :

José Le Goff, Duquesne et Concarneau, à paraître.

 

Duquesne et Concarneau
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