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Histoires de Bretagne

Un blog d'Erwan Chartier-Le Floch

Cornic, corsaire breton

Publié le 17 Août 2017 par ECLF in Histoire de Bretagne

Cornic, corsaire breton

 

 

Marin avisé, corsaire audacieux, Charles Cornic (1731-1809) s’est illustré durant la guerre la guerre de Sept Ans, les opérations lors de la guerre d’indépendance américaine avant de finir amiral pendant la Révolution. Son opposition aux officiers de la haute noblesse en a fait un symbole des blocages de la marine d’Ancien régime.

Charles Cornic naît dans une famille d’armateurs morlaisiens en 1731. Une partie de ses ancêtres vient de l’île de Bréhat, patrie d’audacieux marins. A l’âge de 8 ans, il embarque pour la première fois sur l’un des navires de son père. Pendant plusieurs années, il poursuit son apprentissage. Il navigue ainsi avec le corsaire morlaisien Nicolas Anthon et participe à des campagnes de pêche à Terre-Neuve. En 1751, à 20 ans, il est déjà un marin expérimenté qui a voyagé de l’Irlande aux Antilles, de l’Espagne à l’Amérique du Nord. En 1747, il a été fait prisonnier plus d’un an lors de la guerre de Succession d’Autriche. Il a alors le grade de pilotin surnuméraire, mais sa condition de roturier lui barre la route au corps des officiers de la Marine royale, alors réservé aux nobles.

Un système très bloqué qui va montrer toutes ses limites durant la guerre de Sept Ans (1756-1763), durant laquelle la flotte française va être humiliée à la bataille des Cardinaux (1759) et la Royal Navy s’imposer comme la première marine mondiale. Mobilisé en 1756, Cornic se voit confié un vieux rafiot, l’Agathe, qu’il transforme habilement en voilier corsaire. Avec elle, il parvient à déjouer le blocus anglais sur Brest et à faire passer une vingtaine de navires. L’année suivante, il commande une corvette de 12 canons, la Cigogne avec laquelle il harcelle les Britanniques.

 

L’exploit de la Félicité

C’est en juin 1758 que Cornic, devenu capitaine de frégate, s’illustre particulièrement au large du Léon. Il commande la Félicité, un navire de 30 canons, qui part de Brest patrouiller le 21 juin. Deux jours plus tard surgissent trois navires anglais. La nuit va tomber, mais le combat s’engage. La Félicité encaisse une première bordée de la Tamise, une autre frégate. Elle riposte, mais elle est victime de l’Alcide, un vaisseau de 64 canons. Un troisième, le Rumbler, approche alors, mais Cornic a anticipé et le foudroie.

L’Alcide se porte alors au secours du Rumbler qui coule et la Félicité s’engage dans un furieux combat contre la Tamise qui est sur le point de succomber lorsque l’Alcide revient. Cornic parvient alors à fuir vers une zone de récifs où les Anglais renoncent à s’engager. Leur flotte revient en triste état à Plymouth, tandis que Cornic est accueilli en héros à Brest.

 

Jalousies aristocratiques

Suite à cet exploit, Cornic jouit d’une belle popularité, ce qui ne plait guère chez les officiers nobles du « grand corps ». Les jalousies l’empêchent de progresser suivant son mérite. C’est alors que sept aristocrates viennent le défier dans ce qui ressemble à une embuscade, mais il les blesse tous. Désormais, la tension est telle qu’il obtient une garde personnelle. Il devient un symbole pour tous les marins de talent que leur origine sociale empêche d’obtenir grades et honneurs. Malgré toutes les oppositions, il obtient le grade de lieutenant de vaisseau en 1764. Il s’établit alors du côté de Bordeaux, tombe amoureux, se marie, mais perd sa femme dix jours après les noces…

Il séjourne en Gironde pendant quelques années et, lorsqu’il démissionne de la Marine en 1778, il a grade de capitaine de vaisseau et un bilan conséquent puisqu’il a escorté plus de 50 convois et prit une vingtaine de vaisseaux ennemis. Il va reprendre très vite du service comme corsaire lors de la guerre d’indépendance américaine. Après la victoire des Insurgents, il revient en Bretagne pour des travaux de cartographie, particulièrement entre Roscoff et Bréhat.

 

L’officier bleu

Avec son passé, Charles Cornic ne peut qu’accueillir avec bienveillance les idées de 1789. Mais, rapidement, certains excès de la Révolution entraîne une émigration des nobles, ce qui a pour conséquence de désorganiser la Marine. On recherche alors des marins expérimentés et Cornic, malgré son âge avancé, est nommé capitaine de vaisseau en 1793. Il a vendu ses propriétés en Aquitaine pour acquérir le domaine de Suscinio à Ploujean. Il revient donc en Bretagne et va devenir l’un de ses officiers « bleus » qui tente de réorganiser la marine française face aux Britanniques.

En octobre 1793, la République lui confie le commandement d’une escadre à Saint-Malo avec grade de contre-amiral. Il doit participer à une attaque de Jersey, mais préfère rester au port en raison du blocus de la Royal navy. Deux ans plus tard, il est nommé vice-amiral, mais le Directoire doute de sa loyauté et il quitte la Marine en 1798. Après bien des aventures, Cornic qui fut corsaire du roi et amiral de la République, finit ses jours dans son domaine de Suscinio en 1809. Un siècle plus tard, une statue est érigée à Morlaix en son honneur, l’occasion pour les dirigeants de la troisième République de tenter d’en faire un symbole des talents des hommes du peuples face aux blocages aristocratiques. 

Erwan Chartier-Le Floch

 

Les dates de l’Histoire

1715. Mort de Louis XIV, régence.

1763. Fin de la guerre de Sept Ans, la France perd ses colonies américaines et indiennes.

1783. Indépendance des Etats-Unis d’Amérique.

1789. Révolution française.

1815. Chute de Napoléon Ier, fin de la guerre avec la Grande-Bretagne.

 

Pour en savoir plus :

Armel de Wismes, Corsaires et aventuriers bretons, Yoran Embanner, Fouesnant, 2007.

Olivier Levasseur, Charles Cornic (1731-1809) - Un mythe corsaire, éditions Apogée, Rennes, 2003.

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