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Histoires de Bretagne

Un blog d'Erwan Chartier-Le Floch

Fréhel, sexe, drogue et Java bleue

Publié le 20 Mai 2018 par ECLF in Histoire de Bretagne

Fréhel, sexe, drogue et Java bleue

 

 

Margueritte Le Boulc’h, alias « Fréhel » a été une énorme star de la chanson française du début du XXe siècle. L’interprète de la Java Bleu, actrice inoubliable dans « Pépé le Moko » reste aussi célèbre pour ses excès.

« Joey Starr, l’épouvantail des bonnes gens ? Et bien, à côté de Fréhel, c’est une sorte de Jacques Chazot poudré, un minet du XVIe arrondissement ! », estime Bertrand Dicale dans son ouvrage « La Chanson française pour les nuls ». Comparaison n’est pas raison, mais force est de constater que la vie de Margueritte Le Boulc’h, devenue Fréhel sur scène, fut très rock ‘n roll, et ce bien avant l’invention du genre.

 

Origines à Primel

C’est dans ce Paris populaire, qu’elle n’a cessé de chanter, qu’elle voit le jour, le 13 juillet 1891. Ses parents ont profité d’une permission du père, marin de la Royale, pour séjourner dans la capitale française. Ils ont 18 ans et n’ont pas désiré cet enfant arrivé trop tôt. Ils retournent rapidement dans leur Bretagne natale, à Primel-Trégastel, où le bébé est confié à la grand-mère. La mère repart pour Paris, le père sur ses bateaux.

Cinq ans plus tard, il met définitivement pied à terre et vient chercher sa fille. Il a trouvé un emploi d’aiguilleur des chemins de fer et emmène l’enfant à « Paname ». Mais Margueritte conservera toujours un bon souvenir de son enfance trégorroise. Elle expliquait ainsi : « Mon pays, c’est Primel-Trégastel, un petit port de pêche du Finistère, aux hivers doux et tristes, quand la tempête ne fait pas gémir et tirer sur leurs amarres les vieux langoustiers noirs. »

 

Artiste précoce

Dès ses cinq ans, la fillette montre qu’elle a du caractère et monte volontiers sur les tables pour chanter. A 14 ans, elle décroche un premier contrat de chanteuse, dans une brasserie de la rue de Wagram. Elle se fait alors appeler la « môme pervenche ».

La jeune Margueritte a aussi du chien. Et une voix puissante, envoutante... Elle attire le regard des hommes, dont un certain Robert Hollard. Il l’épouse à 17 ans, alors qu’elle vient de tomber enceinte. Le bébé meurt prématurément. Le couple ne dure pas, mais c’est Robert qui lui aurait conseillé de prendre un nom de scène breton. Elle choisit « Fréhel », ce cap de la côte nord de la Bretagne, constamment battu par les embruns et les tempêtes. Comme une allégorie de sa vie.

 

Coco et java

En attendant, elle rencontre le succès et se construit un répertoire plutôt dramatique. Réaliste. Sombre, parfois, mais avec « une voix chaude et brisée » comme l’a décrite le jeune Maurice Chevalier. Il devient son amant. Leur liaison est passionnée, mais brève, car Fréhel est plutôt du genre volage et elle aime brûler la chandelle par les deux bouts, multipliant les amours comme les ivresses, nourries à l’alcool, à l’absinthe et, déjà, à la cocaïne. Elle a même chanté cette dernière « Donnez-moi de la coco/pour troubler mon cerveau » dans une chanson intitulée « La Coco », un tube des années folles.

Fréhel est la star française de la fin de la Belle Epoque, lorsque l’Europe jusque-là insouciante, se fracasse dans la Première Guerre mondiale. Fréhel n’est pas vraiment du genre à soutenir l’effort de guerre. En 1913, elle est partie en Russie, à l’invitation de la grande duchesse Anastasia, une « groupie ». Elle passe aussi plusieurs mois en Roumanie, auprès d’un jeune officier dont elle est tombée follement amoureuse. Mais il meurt à la guerre.

Il aura été l’un de ses grands amours et elle ne s’en remet pas. On la retrouve à Istanbul. Elle sombre. Sa consommation de drogue devient effrénée. Des amis parviennent à la persuader de rentrer, en 1923. Elle n’a que 32 ans, mais elle a complètement changé physiquement.  « où sont mes amants/ Tous ceux qui m’aimaient tant / Jadis quand j’étais belle / Adieu les infidèles »… chante-t-elle. Elle incarne aussi la « Java bleu », autre énorme succès qui a énormément contribué à la légende de celle qui a interprété plus de trois cent titres.

 

Pépé le Moko

Bouffie, empâtée, la Fréhel de l’entre-deux-guerres devient pourtant une vedette de cinéma. Elle tourne dans une vingtaine de films, dont l’inoubliable « Pépé Le Moko ». Elle y donne la réplique à un Gabin visiblement ému. « Quand j’ai trop le cafard, je change d’époque ! », proclame-t-elle. Elle apparaît également dans La Maison du Maltais, un autre succès.

Les rôles comme les dates se font ensuite de plus en plus rares. Passée la guerre, Fréhel tombe dans la misère. Elle décède en 1951, dans une chambre d’hôtel, à Pigalle. L’histoire veut qu’on l’a habillée en costume breton, avant de la conduire au cimetière de Pantin. Il n’y a pas foule. Deux guerres sont passées et elle est déjà un peu oubliée. Pourtant, Fréhel est toujours considérée comme l’une des grandes chanteuses réalistes du XXe siècle et demeure l’une des artistes bretonnes les plus connues de son époque en témoigne sa riche discographie et filmographie. Et sans doute toujours, la plus « ROK » !

Erwan Chartier-le Floch

 

Commenter cet article

Marta Bitner 05/08/2020 14:52

Bonjour
La Maison de la Bretagne est une organisation non-gouvernementale située à Poznań en Pologne. Afin de promouvoir la culture française, bretonne et francophone nous organisons, entre autres, des conférences, des expositions, des projections de films et des concerts. Nous faisons de notre mieux pour faire découvrir la culture française à toutes les personnes intéressées. Nous avons choisi comme fil conducteur pour l’année culturelle 2020 le sujet des femmes.
Actuellement, nous sommes en train de préparer une exposition pédagogique sur les Bretonnes qui ont marqué l’histoire. Nous y présentons les figures féminines les plus intéressantes liées à la Bretagne. L'exposition aura lieu dans notre centre culturel à Poznan dès le 15 septembre. Elle sera ensuite présentée dans deux autres communes de notre région Wielkopolska. Elle sera gratuite et accessible au grand public, y compris aux groupes scolaires. Nous ne disposons malheureusement pas de budget pour payer des droits d’auteur, c'est pourquoi nous souhaiterions vous demander gentiment s'il serait possible d'utiliser gratuitement la photo de Margueritte Le Boulc’h qui se trouve sur ce site?
Nous vous serions reconnaissants de nous répondre le plus rapidement possible car nous sommes en train de terminer tous les textes descriptifs présentant les femmes que nous avons choisies et l’étape d’après, qui aura lieu dans le courant du mois d’août, ce sera l’élaboration du projet graphique avec les illustrations correspondantes. Nous tenons à utiliser votre photo/image pour enrichir cette exposition et la rendre plus attrayante visuellement. Nous vous serions très reconnaissants de votre aide.
Dans l’attente de votre réponse,
Marta Bitner
La Maison de la Bretagne

Marta Bitner 05/08/2020 16:28

Merci beaucoup!

chartier Erwan 05/08/2020 16:14

Pas de soucis !