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Histoires de Bretagne

Un blog d'Erwan Chartier-Le Floch

Anne de Dieuleveult, la flibustière de Gourin

Publié le 16 Octobre 2019 par ECLF in Histoire de Bretagne

Anne de Dieuleveult, la flibustière de Gourin

 

 

 

 

 

 

 

Au XVIIe siècle, une jeune femme de Gourin, Marie Anne de Dieuleveult épouse plusieurs flibustiers, des marins aventuriers établis en Haïti. Elle épouse même l’un des plus célèbres d’entre eux, Laurent de Graaf, dont elle aura une fille. Portrait d’une femme de caractère, originaire des Montagnes Noires, qui inspira même Hollywood plusieurs siècles plus tard.

Dans les films en noir et blanc du siècle dernier, Marianne des Caraïbes a les traits de Jean Peters, brune flamboyante des grandes années d’Hollywood. Elle manie le sabre et le pistolet comme le plus cruel des forbans, commande un équipage de pirates, après avoir pris la place de son époux de capitaine, tué par des Espagnols dont elle décime allègrement le galion. Aussi romancée soit-elle, l’histoire se base sur un personnage bien réel, Anne Dieu-le-Veult, originaire des Montagnes Noires et de Gourin, aussi fameuse en son temps que Anne Bonny et Mary Read, les plus célèbres femmes pirates.

 

Une fille des Montagnes Noires

On sait que les femmes du centre Bretagne ont du caractère, l’existence et la personnalité d’Anne de Dieuleveult ne le contrediront pas. Elle naît donc à Gourin le 18 août 1661. Bien que certains généalogistes se demandent si elle n’est pas en fait Marie-Anne Dieuleveult, baptisée le 2 juillet 1654 à Carhaix, sa sœur aînée. Difficile de déméler les fils tenus des histoires familiales, en cette moitié du xviie siècle, surtout pour ces Européens partis à l’aventure de l’autre côté de l’Atlantique. Anne la Gourinoise est en tout cas la fille de Guillaume de Dieuleveult, écuyer, sieur de Beauvais, et de Renée de Bothon, petite fille d’une seigneur du Stangier.

La famille semble donc appartenir à la petite noblesse rurale centre bretonne. En 1684, Anne épouse en tout cas Pierre Le Long, peut-être au Cap-Français, dans l’actuelle Haïti, plus vraisemblablement dans la région Morlaix.

 

Flibustiers, boucaniers, corsaires, pirates…

Pierre Le Long, né en 1650 à Morlaix, est l’un des plus célèbres flibustiers de son temps. Il est surnommé « la Taille ». En 1670, avec une dizaine de flibustiers, il quitte l’île de la Tortue pour fonder le Cap-François. Il s’établit à la Petite-Anse, sur la rive droite de la rivière du Haut-du-Cap. Connaissant bien la culture du coton et du manioc, il développe rapidement une exploitation agricole. Il devient l’un des grands propriétaires de la région, tout en acquérant des biens en Bretagne. On le décrit comme « patient, tenace et énergique » et « généreux envers les humbles ».

Comment a-t-il fait la connaissance de sa femme ? Il semble revenir régulièrement en Bretagne. Cependant, Anne de Dieuleveult a également pu avoir été envoyée dans les Caraïbes. Louis XIV entend alors peupler et coloniser l’île d’Hispaniola (aujourd’hui séparée entre Haïti et la République dominicaine). Il y expédie des femmes de « petite vertu », mais également des « filles du Roy », des orphelines ou des cadettes de bonne familles. En février 1688, les Le Long ont une fille, Marie-Margueritte Lelong. Anne accouche à Morlaix, alors que son époux est « aux isles de la Mérique ». C’est d’ailleurs là que Pierre Le Long trouve la mort, le 15 juillet 1690, à. Saint-Domingue, après une rixe.

 

Trois mariages et un duel

Après quelques mois de veuvage, Anne se remarie avec Joseph Cherel, un autre boucanier. Elle semble désormais résider à Haïti. En 1692, elle en a un fils, François. Mais en juin 1693, Cherel décède… de nouveau lors d’une rixe. C’est alors qu’Anne de Dieuleveult entre dans la légende en provoquant l’un des plus grands flibustiers de l’époque, Laurent de Graaf.

Laurent de Graaf est un marin hollandais qui cumule les surnoms, comme « El Griffe », la « Griffe », chez les Espagnols qu’il a rejoint puis quitté quelques années plus tôt. Les Néerlandais l’appellent « Gesel van de West », littéralement le « fléau de l’ouest »… Pour les Français qui le naturalisent en 1686, il est plus humblement le sieur de Baldran. L’homme a déjà mené une opération contre les colonies de Veracruz et Campeche au Mexique avec l’aide de centaines de « frères de la côte ».

En 1693, il croise la route d’Anne de Dieuleveult. La légende veut que la centre Bretonne ayant entendu le Hollandais insulter son nom et celui de son ex-époux, ce soit présenter cher lui, pistolet à la main, pour le provoquer en duel. Laurent de Graaf, impressionné par une telle femme préféra… la demander en mariage. Ils auront une fille en 1694. Il est alors major de l’île de la Tortue et lieutenant du roi.

 

« Captive difficile »

En 1695, Laurent de Graaf participe à l’expédition de Ducasse contre la Jamaïque en janvier. Quelques temps plus tard, les Espagnols et les Anglais débarquent à Saint-Domingue et mettent à feu et à sang la colonie française. Anne de Dieuleveult et ses enfants sont capturés. De Graaf sera ensuite remplacé en raison de son attitude plutôt pleutre lors de l’attaque espagnole. Sa femme et sa famille restent prisonniers pendant trois ans. Anne est qualifiée de « captive difficile » d’après un texte de l’époque. Plusieurs officiels français interviennent pour obtenir sa libération.

En 1704, à la mort de Laurent de Graaf, on la retrouve au cœur d’une difficile querelle d’héritage. Quatre ans plus tard, elle défraye à nouveau la chronique pour une question d’argent. Elle attaque à coup de balai le chevalier de Gallifet en le traitant de « chien » et de « rouge » (d’Indien, suivant le langage de l’époque). Le noble réplique à coups de canne, mais la légende veut que l’issue du combat soit restée indécise,

 

 

 

A lire :

très bon article sur ce blog : https://www.silverenza.fr/blog/2018/03/28/anne-dieuleveult-une-flibustiere-bretonne

 

 

 

 

illustration assez pudique du fort caractère de la flibustière centre bretonne.

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Colin 16/10/2019 13:18

Très bon article. Très intéressant à lire. Merci