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Histoires de Bretagne

Un blog d'Erwan Chartier-Le Floch

1917/1918. Brest à l’heure américaine

Publié le 13 Décembre 2013 par ECLF in Histoire de Bretagne

 

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C’est aujourd’hui un épisode un peu oublié de la Première Guerre mondiale, mais, à partir de 1917, les Américains débarquent en force à Brest, leur port principal pour le débarquement de troupes et de matériel. Dans une effervescence extraordinaire, la cité du Ponant va vivre de longs mois à l’heure Yankee et verra même passer un président américain.

Au début de l’année 1917, la situation devient difficile pour la France et la Grande-Bretagne. Depuis deux ans, la guerre s’est embourbée dans les tranchées. Certes, en 1916, les Allemands ont été repoussés à Verdun, mais l’offensive alliée de la Somme a été un échec, très coûteux en hommes. L’armée française commence à avoir des difficultés à remplacer ses effectifs, tandis que le moral n’est guère au plus haut. Les mutineries se multiplient. Dans le courant de 1917, deux évènements – la situation en Russie et l’implication des USA - vont fortement influer sur le conflit. La révolution Russe va déboucher sur la victoire des Bolcheviques qui font la paix avec le deuxième Reich. Les Allemands vont, dès lors, pouvoir rapatrier plusieurs divisions et des centaines de milliers d’hommes sur le front de l’ouest.

L’Amérique dans la guerre

Mais Français et Britanniques vont pouvoir compter sur un nouvel acteur, les puissants Etats-Unis d’Amérique. Depuis quelques années, l’opinion publique américaine se préparait à une intervention, notamment après le torpillage par un sous-marin allemand du Lusitania, un paquebot avec lequel périssent 124 Américains. Mais c’est surtout l’interception d’une dépêche allemande, en février 1917, poussant les Mexicains à attaquer les USA qui vont les précipiter dans le conflit. Le président Wilson signe l’entrée en guerre le 6 avril.

Dès le mois de juillet, un premier contingent de Marines arrive à Saint-Nazaire. Ils sont les éclaireurs d’une armée de 80 divisions que les USA sont en train de mettre en place, soutenus par leur extraordinaire machine industrielle. Rapidement, c’est cependant Brest qui va être choisie comme port principal de débarquement. Sa position géographique permet de réduire le temps de traversée et sa rade profonde est appropriée au passage des grands navires.

Jazz à l’ouest

Le 27 décembre 1917, le lieutenant  noir James Reese Europe, débarque du Pocahontas sur les quais de Brest. Il dirige un ensemble musical, un brassband, une sorte de fanfare qui, aussitôt à terre, commence à jouer une musique étonnante, extraordinaire qui résonne dans toute la ville et stupéfait les Brestois. Ils sont parmi les premiers Européens continentaux à découvrir le jazz ! Le brassband américain se lance même dans une « Marseillaise » pleine de swing qui laisse pantois les passants. James Reese Europe n’était pas n’importe qui, mais l’un des meilleurs chefs d’orchestre de New York et on lui doit, en partie, l’invention du fox-trot. Il avait été l’un des premiers noirs à enregistrer en studio, en 1913. Engagé en 1915 dans l’armée, il va constituer un ensemble incomparable d’une soixantaine de musiciens, les plus talentueux de Harlem et de Porto Rico. C’est cette formation qui arrive à Brest pour remonter le moral des troupes et qui va introduire le jazz dans toute l’Europe. La discrimination étant en vigueur dans l’armée américaine, ces Noirs vont en effet être intégrés à l’armée française où l’on surnomme l’orchestre le « Hell fighter band ». Ils rembarquent en janvier 1919, toujours à Brest, et sont accueillis triomphalement à New York.

 

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Un port stratégique

L’un des enjeux pour les Américains est aussi de neutraliser les sous-marins allemands, basés dans les ports belges et qui infestent la Manche. Avec la Marine française, d’importants moyens sont mis en œuvre pour contrer les U-Boots, notamment le déploiement d’hydravions chasseurs de submersibles. Une base américaine d’hydravions est ainsi construite sur l’île d’Erc’h, à Plouguerneau. Treize avions y étaient stationnés avec un demi-millier d’Américains.

L’entrée en jeu des troupes américaines va accélérer l’issue de la guerre. Épuisée, l’Allemagne demande la paix. L’armistice est signé le 11 novembre 1918. L’aventure américaine de Brest n’est pas terminée, car c’est par ce port que les troupes rembarquent. Les derniers navires quittent la Bretagne en août 1919. C’est aussi à Brest que débarque, triomphalement, le président Wilson, le 13 décembre 1918, sur le chemin de la conférence de la paix. Il y repasse le Fin juin, après la signature du traité de Versailles.

 

Le monument américain

À la suite du conflit, les autorités américaines souhaitent élever un certain nombre de monuments en hommage à leurs troupes engagées pendant la Première Guerre mondiale. Rapidement, le choix de Brest pour célébrer les faits d’armes des forces navales s’impose. Il est donc décidé de construire une immense tour de cinquante mètres de hauteur, accrochée aux fortifications de Vauban et surplombant ce port de commerce que les derniers navires américains ont quitté en août 1919. Le monument est construit en granit rose de Ploumanac’h et sa forme rappelle celle des phares. Il est édifié près d’une autre stèle, commémorant le départ de Rochambeau et De Grasse pour participer à la guerre d’indépendance américaine. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Allemands le dynamitent le 4 juillet 1941, le jour de la fête nationale américaine. Il est reconstruit à l’identique en 1958 et symbolise désormais la participation déterminante des Américains aux deux conflits mondiaux. Il offre toujours de nos jours, un point de vue unique sur le port de Brest et sa rade.

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