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Histoires de Bretagne

Un blog d'Erwan Chartier-Le Floch

1942-1994. la Bretagne dans le mur de l’Atlantique

Publié le 28 Février 2011 par ECLF in Histoire de Bretagne

 

atlantikwaal

 

 

 

Pendant la Seconde Guerre mondial, la Bretagne s’est retrouvée enserrée dans le mur de l’Atlantique, un système de fortification destiné à empêcher un débarquement allié. Les nombreux ouvrages de béton et autres blockhaus qui parsèment son littoral rappellent les heures sombres de l’occupation.

Après la débâcle de l’armée française, les Allemands pénètrent en Bretagne le 17 juin. Le 19, ils s’emparent de Brest. La péninsule devient alors une région stratégique pour le Troisième Reich qui continue de combattre la Grande-Bretagne. Elle possède en effet deux ports militaires (Brest et Lorient), des chantiers navals importants à Saint-Nazaire. Le port de Saint-Malo peut également accueillir des bâtiments militaires.

 

Des ports forteresses

En août 1940, le premier U-Boot arrive dans la capitale du Ponant, les sous-marins vont en effet jouer un rôle prédominant dans la guerre pour le contrôle de l’Atlantique. Ils cherchent à couper les liaisons maritimes entre les îles Britanniques et l’Amérique. Pour se protéger des bombardements britanniques puis américains, les Allemands vont construire d’impressionnantes bases sous-marines à Brest, Lorient et Saint-Nazaire. Commencée en 1941, celle de Brest est achevée en cinq cents jours. Elle comporte une quinzaine de bassins. Son toit fait plusieurs mètres d’épaisseur. Il sera néanmoins percé par une bombe américaine.

Le 13 avril 1942, des commandos britanniques attaquent le port de Saint-Nazaire. Hitler ordonne alors que les bases navales et sous-marines soient lourdement défendues. Brest, Lorient et Saint-Nazaire vont être entourés d’une vaste ceinture de fortifications. À Saint-Malo, les Allemands réutilisent les forts de Vauban et transforment la cité d’Alet en une solide place forte.

 

Un mur de défense littorale

Fin 1942 et début 1943, les Allemands commencent à reculer en Russie et en Afrique. Les généraux du Troisième Reich pensent qu’un débarquement allié est désormais possible sur le littoral atlantique qu’ils vont s’évertuer à fortifier, du nord de la Norvège jusqu’à la frontière franco-espagnole. Le 23 mars 1943, Hitler ordonne officiellement la construction du mur de l’Atlantique. L’Allemagne peut compter sur la très efficace organisation Todt. Cette dernière utilise des dizaines de milliers de travailleurs forcés pour édifier des fortifications de béton. Des entreprises françaises, comme la société Sainrapt et Brice ou la Société des grands travaux participent aussi à la construction de ces fortifications.

Désormais, ce ne sont plus seulement les ports qui sont défendus, mais les plages et les hanses naturelles où sont édifiés de nombreux ouvrages : des postes d’observation, des abris individuels, baptisés « Tobrouk », des murs antichars sur les plages ou de vastes casemates abritant des batteries de canons. Le mur de l’Atlantique en Bretagne est constitué d’ouvrages très divers. Les Allemands ont ainsi récupéré des tourelles de chars français et les ont réinstallés sur des ouvrages en béton. On trouve aussi d’importantes batteries d’artillerie, abritant des canons de marine qui peuvent avoir une portée de tir de plusieurs dizaines de kilomètres. Dans le pays bigouden, à Treguennec, les Allemands ont construit une importante usine fortifiée, destinée à concasser des galets pour fabriquer du béton.

 

Les asperges de Rommel

En janvier 1944, le maréchal Rommel se voit confier la défense du nord-ouest de l’Europe, entre les Pays-Bas et la Loire, une zone où les Allemands pensent avec raison que les Alliés vont débarquer. Ces derniers se sont d’ailleurs lancés dans l’opération Fortitude, visant à faire croire aux Allemands que le débarquement aurait lieu en Norvège et dans le Pas-de-Calais. Rommel va accélérer la construction de défenses. Il estime en effet qu’il faut repousser les Alliés sur les plages, dès les premières heures du débarquement, alors que le maréchal Von Rundstedt penche pour une défense plus mobile, avec des troupes en retrait du littoral, chargées de contre attaquer ensuite.

Rommel fait poser des millions de mines sur les plages. Il fait également ériger des obstacles sous-marins, jusqu’en limite d’étiage. Il s’agissait de poteaux pointus, baptisés Rommelspargel, les « asperges de Rommel ». Rommel envisage également de construire une seconde ligne, plus en retrait. Mais celle-ci est encore très incomplète, lorsque les Alliés débarquent, en juin 1944.

 

La bataille de Brest

En juin 1944, les Alliés décident de ne pas débarquer à proximité des ports, trop bien défendus. Ils choisissent les pages du Cotentin, sur lesquelles le mur de l’atlantique ne résiste que quelques heures. Les fortifications de l’ « Atlantikwall » vont autrement résister à Cherbourg et dans les ports de Bretagne, où l’armée américaine du général Patton pénètre à la fin juillet 1944. La bataille est rude à Saint-Malo, où les Allemands endommagent les principaux ouvrages portuaires. Il faut plusieurs jours de bombardements intenses pour que la petite garnison de l’île de Cézembre finisse par se rendre.

Près de quarante mille Allemands se sont alors retranchés dans Brest, dont des troupes d’élite et des parachutistes. Les Alliés décident de prendre la ville en août 1944. Pendant plusieurs semaines, Brest est soumis à d’intenses bombardements. On se bat rue par rue, maison par maison. Finalement, les Allemands ne déposent les armes que le 19 septembre. La ville est totalement rasée et le port inutilisable.

 

Les poches allemandes

La prise de Brest est longue et coûteuse. Le commandement allié décide de changer de stratégie concernant les autres forteresses allemandes. À Lorient et Saint-Nazaire, les Alliés se contentent d’isoler la ville et ses bases militaires, tout en harcelant les Allemands. Des troupes issues de la Résistance sont utilisées contre ces « poches » qui vont tenir jusqu’à la capitulation de l’Allemagne, début mai 1945. Abandonnées depuis, les fortifications du mur de l’Atlantique ne résistent désormais plus qu’aux assauts de l’océan. Elles continueront de témoigner des sombres années de l’occupation pendant de longues décennies encore.

 

Pour en savoir plus :

Patrick Andersen Bö, le Mur de l’Atlantique en Bretagne, Éditions Ouest-France, Rennes, 2002.

Roger Uguen, la Bretagne dans la bataille de l’Atlantique, Éditions Coop Breizh, Spézet, 2002.

Collectif, Toute l’histoire de Bretagne, Éditions Skol Vreizh, Morlaix, 2004.

 

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