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Histoires de Bretagne

Un blog d'Erwan Chartier-Le Floch

-320. Le Grec Pythéas aborde en Bretagne

Publié le 12 Février 2009 par Erwan Chartier-Le Floch in Archéologie

C’est une des premières grandes aventures maritimes de l’histoire de l’humanité, celle du grec marseillais Pythéas qui partit entre 330 et 320 avant Jésus Christ, pour l’Europe du Nord, sur les routes de l’étain et de l’ambre. Au passage, il reconnut la pointe de Penmarc’h et l’île d’Ouessant. Il est aussi un des premiers, avec le carthaginois Himilcon, a nous parler des Ostimioi, la tribu celte qui occupait l’Ouest de l’Armorique.

Du grec Pythéas, il ne reste qu’une quarantaine de témoignages s’étalant entre le IV ème siècle avant J.C au VI ème siècle après J.C. On a perdu le texte original de ses deux ouvrages De l’Océan et Le voyage autour de la Terre. Il est avant tout connu par ses contradicteurs, notamment Strabon, qui ne voulurent pas croire ses récits sur l’Atlantique et la Baltique.

Pythéas est un marin, vivant dans la dernière moitié du IV ème siècle avant J.C. à Massalia (Marseille), ville fondée par les Phocéens, des grecs d’Asie mineure. Massalia connaît alors son apogée et ne connaît qu’une seule rivale en Méditerranée occidentale : Carthage. Vers – 500, les Carthaginois ont franchi le détroit de Gibraltar avec deux expéditions. Hamon, au sud, est allé jusqu’au Golfe de Guinée. Himilcon au Nord, semble avoir atteint l’Armorique. Les Carthaginois qui ont des colonies en Andalousie, connaissent déjà les routes de l’étain qui mène jusqu’aux îles britanniques, riches de ce minerai.

 

La route de l’étain armoricain et britannique

C’est sûrement pour découvrir ces fameuses routes de l’étain que Pythéas embarque. Une route terrestre existe déjà, mais les Grecs peuvent légitimement penser que les mines sont plus faciles à atteindre par la mer. Pythéas est aussi animé d’une curiosité scientifique. Le monde grec dans son ensemble organise de grandes expéditions et Alexandre le Grand vient d’atteindre l’Inde. Dès le IV ème siècle, les Grecs ont découvert que la terre est ronde. S’approcher du pôle Nord peut permettre de calculer la circonférence de la planète, estimée à 400 000 stades, par le philosophe Aristote. Massalia est alors un centre intellectuel renommé. « Marseille était alors le siège des sciences et la régulatrice des bonnes études », écrit Tacite.

Pour autant, Pythéas sait ce qu’il fait. Il a du apprendre des rudiments de langue celtique grâce aux tribus gauloises bordant le territoire massaliote. De plus, on voyage beaucoup dans le monde celte. Il a donc pu se renseigner sur le littoral où il était susceptible de débarquer. L’expédition de Pythéas a du compter un ou deux navires d’une vingtaine de mètres. Ces navires légers et stables étaient  à-même d’affronter les dangers de l’Océan.

 

Des colonnes d’Hercule jusque chez les Ostimioi

Pythéas vogue vers les colonnes d’Hercule, le détroit de Gibraltar, qu’il met un certain temps à traverser, en raison du blocus qu’imposent les Carthaginois. Ceux-ci veillent farouchement sur l’accès à l’Atlantique. Pour eux, la route maritime de l’étain était un secret militaire. Mais il est possible que leur surveillance ait alors été assez lâche, les deux cités étant alors en paix. Pythéas met ensuite cap au Nord. Quelle surprise a du être pour ces Méditerranéens de découvrir le phénomène des marées ! Pythéas semble en tout cas un des premiers a y voir l’influence de la lune.

Après avoir franchit le golfe de Gascogne en trois jours, Pythéas arrive devant la péninsule armoricaine, qu’il estime à 3000 stades de long. Il accoste au cap Kabaïon, sans doute vers Penmarc’h, dans le cap Caval. Il est un des premiers à nommer les habitants de ce pays : les Ostimioi. On y retrouve le nom latin des Osismes, qualifiant la tribu celte occupant un territoire équivalent au Finistère et à l’Ouest des Côtes-d’Armor. Pour Léon Fleuriot, ce nom signifiait « Les plus éloignés », les hommes de l’extrême Ouest en quelque sorte.

 

Ouessant et les îles du Ponant

Pythéas remonte alors au Nord. Il a sûrement du prendre un pilote local pour le guider dans ces parages dangereux. S’arrêta-t-il à Sein ? Un autre géographe antique Pomponius Mela nous informe, au Ier siècle, qu’elle était « renommée pour ses prêtresses, au nombre de neuf. On les croit douées de l’extraordinaire pouvoir de déchaîner par leurs chants, les flots de la mer. » Pythéas a en tout cas nommé l’île d’Ouessant. Parlant des caps découverts par Pythéas, Strabon évoque « celui de Kabaion, et des îles qui sont près de lui dont la dernière est Uxisama. » Uxisama correspond à Ouessant, l’île haute, Enez Euza en breton. Elle est loin d’être dépeuplée à l’époque, comme l’ont montré les fouilles effectuées par Jean-Paul Le Bihan sur le site de Mez Notariou. Des indices d’un passage de grecs dans l’Antiquité y auraient été détectés.

 

Une pièce d’or à Lampaul-Ploudalmezau

Une découverte assez extraordinaire eu lieu, en 1959, sur la plage de Porz-Gwenn, en Lampaul-Ploudalmezau, dans le pays Pagan. Un retraité de la marine, venu là ramasser du goémon, découvrit dans les algues une pièce d’or. Au lieu de la garder, il la porte à la connaissance de l’archéologue Pierre-Roland Giot. Il la confie à Jean Bousquet. Cet helléniste l’a fait expertiser. Il s’agit d’une pièce de 24 carats, pratiquement en or pur. Elle pèse 8,59 g pour un diamètre de 19 mn. Sur une face, on voit un quadrige, un char de course avec quatre chevaux de front, conduits par une victoire, figure féminine ailée. Au revers, on trouve Zeus / Amon, debout de 3 / 4, vêtu de l’himation, le manteau grec. Il porte à la main une coupe sacrée. On distingue aussi l’inscription « Poliantheus ».

Ce dernier nom permet de dater et localiser la monnaie. Il s’agit d’une pièce de Cyrène, ville grecque de Libye, frappée entre 322 et 313 avant J.C. Soit juste au moment du voyage de Pythéas. Lorsqu’on sait que les Massaliotes ne frappaient pas de monnaies d’or, seulement des drachmes d’argent, et que Pythéas dut sûrement prendre des monnaies d’or pour impressionner les peuples qu’il rencontrait, il est possible d’envisager que la pièce de Porz-Gwenn soit un témoignage direct du passage du navigateur grec.

 

En Islande et dans la Baltique

Après l’Armorique, Pythéas vogue vers les îles Cassitérides, la grande Bretagne. Il accoste en Cornouaille, région riche en étain et en cuivre. Ensuite, il semble être allé jusqu’en Islande où il observe une aurore boréale et la banquise. Il redescend ensuite vers la Norvège et pénètre dans la mer baltique, région riche en ambre. Sur le chemin du retour, il fait halte dans l’île de Corbilo, située probablement dans l’embouchure de la Vilaine ou de la Loire. Avant de rejoindre Marseille. Son voyage semble avoir ouvert la voie à d’autres expéditions, en témoigne les découvertes archéologiques prouvant l’existence de liens commerciaux entre le monde méditerranéen et l’Armorique avant la conquête romaine.

 

A Lire :

Pythéas, Hugues Journès, Yvon Georgelin, Jean-Marie Gassend (aquarelles), éditions de la Nerthe.

« L’Odyssée de Pythéas : un Massaliote dans les mers nordiques », Le Chasse-Marée n°148, janvier 2002.

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