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Histoires de Bretagne

Un blog d'Erwan Chartier-Le Floch

Une ferme gauloise à Vitré

Publié le 13 Février 2009 par Erwan Chartier-Le Floch in Archéologie

Une vaste exploitation de l’âge du Fer a été mise au jour en périphérie de Vitré en 2008. Sa fouille nous éclaire sur le développement des campagnes à l’époque gauloise et sur les effets de la conquête romaine.

La future zone d’activité de la Grande Haie, à l’est de Vitré, a été viabilisée en 2008, ce qui a permis aux archéologues de fouiller une exploitation agricole de la fin de l’âge du fer cet hiver. L’importante surface décapée a également permis d’étudier les abords de cette ferme et son environnement immédiat : parcellaire, chemins d’accès, présence ou non de zones boisées…Les Gaulois qui se sont installés là ont d’abord édifié un vaste enclos au IIIe siècle avant J.C. Un petit bâtiment rectangulaire, d’une dizaine de mètres de long, a été mis au jour. « Il était palissadé, explique Anne-Louise Hamon, la responsable de l’opération. Sans doute pour avoir des murs plus solides, ce qui indiquerait qu’il s’agit d’un abri pour le bétail, une écurie ou une étable. La charpente était soutenue par trois poteaux importants. » Plus tardivement, un nouvel enclos est creusé. « À la fin de l’âge du fer, poursuit-elle, l’espace s’organise sur 1,8 hectares, entre un grand enclos où on accède par un cheminement à couloir, ce qui implique la présence de bétail, et un deuxième enclos, à l’intérieur, qui correspond aux zones résidentielles. On trouve également dans ce dernier des petits bâtiments agricoles, dont des greniers sur pilotis. »

Les formes de l’enclos et des bâtiments se distinguent peu par leur forme des habitats similaires fouillés ces dernières années. Surtout, l’importance du site tend à indiquer qu’il s’agit de propriétaires disposant d’un statut important et confirme qu’il existait une hiérarchie entre les fermes gauloises. Certaines ne sont que de modestes exploitations agricoles, d’autres comme celle de Vitré, se rapprochent, en terme de statut, des manoirs médiévaux.

 

Une histoire qui surgit de terre

« Il y a trente ans, nous ne connaissions que très peu l’habitât gaulois, souligne Yves Menez de l’Inrap, car il était édifié en terre et en bois, des matériaux qui disparaissent rapidement. C’était un peuple sans Histoire écrite. Or, l’archéologie permet littéralement de faire surgir cette histoire de terre. À travers des fouilles comme celle-ci, nous voyons qu’il s’agissait d’une société très évoluée, d’un territoire très peuplé, dense. Un semis de fermes d’importance diverse structurait des campagnes, où commençaient à apparaître des agglomérations. C’est ce territoire, rural et riche, qui a attiré la convoitise des Romains. »

Une opération comme celle de Vitré permet également de comprendre ce qui a changé avec l’arrivée des Celtes. À l’âge du Bronze, les terres sont peut-être exploitées collectivement. Des groupes humains défrichent une zone, la cultivent, puis changent de lieu. Avec les Celtes, la propriété est plus marquée. Des familles s’installent sur le même lieu et l’exploitent pendant plusieurs générations. « Nous avons remarqué que l’ouest de la Gaule évolue en même temps que le reste de l’Europe, indique Yves Menez. Elle n’était pas marginalisée. Au VIe siècle avant J.C., on observe les mêmes phénomènes en Bavière ou en Armorique. »

Par contre les effets de la Conquête romaine sont sensibles et le site est abandonné. « Il y a une redistribution des terres. De plus, les Romains créent des villes qui attirent une partie de la population rurale. » Un autre monde débute.

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