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Histoires de Bretagne

Un blog d'Erwan Chartier-Le Floch

818. La révolte de Morvan Lez Breizh

Publié le 16 Février 2009 par Erwan Chartier-Le Floch in Histoire de Bretagne

Avant l’an mille, durant le haut Moyen Âge, les rapports entre les Francs et les Bretons furent tumultueux, les rois mérovingiens puis les empereurs carolingiens échouant régulièrement à conquérir la péninsule armoricaine. La révolte du roi breton Morvan, surnommé par la suite Lez Breizh (soutien de la Bretagne), en 818, illustre cette histoire tendue. Elle nous est bien connue grâce à un long texte du chroniqueur carolingien Ernold le noir qui nous révèle quelques détails curieux sur les mœurs et usages des anciens Bretons.

Après plusieurs expéditions et l’instauration d’une puissante marche (frontière militaire), l’empereur Charlemagne avait réussi à contrôler en partie les Bretons ou, du moins, à leur faire payer un tribut. Dès la mort de Charlemagne, en 814, les Bretons semblent avoir rejeté l’autorité franque que, quelques années plus tard, le nouvel empereur Louis Le Débonnaire tente de restaurer. Il envoie donc une ambassade dans la péninsule armoricaine. Par chance, on en connaît bien les détails grâce à un long poème d’Ernold le noir. Composé en l’honneur de l’empereur, l’auteur de ce texte ne cache pas son antipathie pour les Bretons mais se révèle riche en détail sur leur société fort originale au IX ème siècle.

 

Une image peu flatteuse des Bretons

Songeant à intervenir, l’empereur aurait, selon Ernold, demandé au comte Lambert, préfet des marches de Bretagne, des renseignements sur les habitants de la péninsule. La description qu’en aurait faite le chef franc est peu flatteuse… Pour lui, les Bretons sont « une race menteuse, arrogante, rebelle, perfide, chrétienne de nom seulement, sans rien de chrétien dans ses mœurs, sans culte et sans églises. Chez eux, le frère se marie avec la sœur, le frère enlève la femme de son frère, tous vivent dans l’inceste et le crime. Ils subsistent de rapines comme les bêtes féroces ; chez eux toute justice est inconnue, il n’existe pas de tribunaux. »

Hésitant à intervenir militairement, l’empereur décide d’envoyer d’abord une ambassade qu’il confie à un abbé franc, nommé Witcar. Ce dernier rejoint un des principaux chefs bretons, Morvan. Ernold nous a laissé une intéressante description de la demeure de Morvan : « Il est un lieu, bordé d’un côté par les forêts, de l’autre par un fleuve agréable ; un lieu défendu par des retranchements, des fossés, des marécages, souvent empli de guerriers de toute sorte. Au-dedans de cette enceinte s’élève une belle demeure enveloppée dans les replis du fleuve. » Depuis le XIX ème siècle, les historiens se sont affrontés sur la localisation de cette forteresse. Arthur de la Borderie la situait en centre Bretagne, au lieu-dit Minez-Morvan, près de l’Ellé, entre Langonnet et Plouray.

 

Cherchez la femme…

Arrivé auprès de Morvan, Witcar entreprend un long sermon pour le convaincre de faire soumission à l’empereur et de payer le tribut. Mais, le pieux ecclésiastique n’était pas au bout de ses peines. Il était en train de parler qu’entre dans la salle, la jeune et belle épouse du roi breton. Elle lui baise le genou, le cou, la barbe, le visage et les mains. Se blottissant contre son époux, elle lui glisse quelques mots à l’oreille, tout en ne cachant pas son hostilité à l’égard de l’ecclésiastique Franc. Inquiète de cette influence féminine, l’abbé demanda une réponse immédiate du chef breton sur la question du tribut. Mais Morvan le prie d’attendre le lendemain. Witcar attribuera une bonne avait part de l’échec de sa mission au rôle de la femme de Morvan. Même déformé, cet épisode laisse à penser que les femmes avaient une place importante dans la société bretonne du haut Moyen Âge.

Selon Ernold le noir, le chef breton passa la nuit en libations puis avec sa femme. Et lorsque l’ambassadeur franc se présenta de bonne heure, il fit cette fière réponse : « Va promptement trouver ton maître, et répète-lui ses paroles. Je n’habite point sa terre, je ne veux point subir sa loi. Qu’il règne sur les Francs, soit. Mais Morvan a le droit de régner sur les Bretons sans payer de tribut. Si les Francs nous font la guerre, la guerre nous leur rendrons ; nous avons des bras, nous saurons nous en servir. » À Witcar qui le menaçait, Morvan ajouta : « J’ai mille chars remplis de javelots pour recevoir les Francs ; s’ils ont des boucliers blancs, nous en avons des noirs. Vienne la guerre, je ne la crains pas. »

 

Deux expéditions

En réaction, Louis Le Débonnaire lance une première expédition en Bretagne. Ernold le noir se garde d’en parler mais le chroniqueur du XI ème siècle, Reginon de Prum indique : « En cette année 818, les Bretons violent les traités et commencent à se rebeller sous leur duc Morvan. L’empereur conduit contre eux son armée, mais il a le dessous. » Morvan avait semble-t-il réunit les principaux chefs bretons sous son autorité pour une année. Mais après leur victoire, ces derniers auraient décidé de s’en retourner chez eux.

Suite à cet échec, l’empereur des Francs engage une nouvelle campagne avec des troupes considérables et recrutées, selon Ernold, essentiellement en Allemagne. L’armée se dirige vers la péninsule, faisant halte à Paris, Orléans, Tours, Angers, Nantes puis Vannes. A chaque étape, Louis le Débonnaire visite les principaux sanctuaires et prie les saints de lui donner la victoire.

L’armée s’engage en basse Bretagne et se sert sur le pays. « On se livre à la recherche des vivres cachés par les Bretons dans les bois, dans les marais, dans des fosses creusées sous terre. On enlève les hommes que l’on rencontre, on enlève les troupeaux et les bœufs », écrit Ernold. Les Bretons ne ripostent pas frontalement, mais semblent développer une guerre de guérilla. « Embusqués dans les sentiers étroits, ils poursuivent contre les nôtres une guerre déloyale, ou, s’enfermant dans leurs demeures fortifiées ils ne rendent aucun combat », ajoute Ernold. Harcelée, l’armée franque parvient cependant jusqu’à la forteresse de Morvan.

Celui-ci se garde d’abord de sortir, puis se décide à faire une reconnaissance. Apercevant ses ennemis pillant et brûlant les campagnes environnantes, Morvan décide d’attaquer un convoi isolé, commandé par un chef franc nommé Cosel. Morvan suit la tactique bretonne de l’époque : une attaque frontale, puis une fuite simulée débouchant sur un retour soudain visant à écraser les ennemis désorganisés. Dans un premier temps, les Bretons infligent des pertes importantes aux Francs.

C’est alors que Cosel s’avance en première ligne. Morvan lui lance un javelot, mais Cosel l’évite et fonce sur Morvan qu’il blesse mortellement. Cosel l’achève en lui tranchant la tête. Mais, se faisant, il se découvre et un des fidèles de Morvan en profite pour le tuer. Voyant cela, l’écuyer de Cosel fonce sur le Breton et tous deux s’entretuent.

Les Francs ramènent la tête dans leur camp et l’exhibent. C’est Witcar, l’ancien ambassadeur qui reconnaît alors Morvan, provoquant la liesse dans l’armée impériale. Louis Le Débonnaire profita de son séjour en Bretagne pour y réformer les institutions monastiques qui observaient la règle celtique. La défaite de Morvan ne découragea pas les Bretons. Quatre ans plus tard, un chef du nord de la péninsule, Wyomarc’h, se soulevait contre les Francs.

 

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