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Histoires de Bretagne

Un blog d'Erwan Chartier-Le Floch

1602. La Fontenelle est roué en place de Grève

Publié le 21 Février 2009 par Erwan Chartier-Le Floch in Histoire de Bretagne

Le 27 septembre 1602, Guy-Eder de la Fontenelle est roué en place de Grève, à Paris. Cette exécution met fin à la longue carrière de rapines et de pillages de cet aventurier. Pendant une dizaine d’années, il avait profité des guerres de la Ligue, entre catholiques radicaux et partisans d’Henri IV, pour ravager la basse Bretagne à son profit. Dans la mémoire collective, La Fontenelle restera comme un personnage particulièrement cruel, dans une époque qui pourtant n’en manquait pas.

 


Guy-Eder de la Fontenelle naît vers 1572 dans une des propriétés de son père, René Eder, seigneur du château de Beaumanoir en Vieux-Bourg-Quintin, dans l’évêché de Saint-Brieuc. On le retrouve en 1587 au prestigieux collège Boncourt, à Paris. Les universités de la capitale du royaume de France sont alors en ébullition, les orateurs s’y succèdent pour prêcher contre le roi Henri III, coupable de trop de mansuétudes envers les protestants et particulièrement Henri de Navarre, le futur Henri IV. La Fontenelle prit-il part aux émeutes du 12 mai 1588, connues sous le nom de journées des barricades ? Selon le chanoine breton, Moreau, « En 1589, il vendit ses livres et sa robe de chambre, et du provenu de l’argent acheta une épée et un poignard. » Le jeune La Fontenelle quitte alors Paris pour rejoindre l’armée catholique à Orléans. Mais en chemin, il est dépouillé. Suite à cet échec, il décide de rentrer en Bretagne.

 

La guerre de la ligue commence en Bretagne

Jusque-là épargnée par les troubles entre catholiques et protestants qui ravagent la France et une bonne partie de l’Europe, la Bretagne commence aussi à s’agiter en cette année 1589. Le Gouverneur, Philippe Emmanuel de Mercoeur, ambitionne d’en faire une principauté indépendante. Comme le clergé breton, il prend parti pour la ligue de la sainte Union, parti de catholique radical. L’assassinat d’Henri III, le 10 août 1589, va faire basculer la Bretagne dans la guerre civile. Deux parlements s'affrontent, celui de Nantes est ligueur, celui de Rennes royaliste. Mercoeur, le ligueur refuse de soumettre, tandis qu’un autre gouverneur de Bretagne, le prince de Dombes, est nommé par le Roi. La situation est aussi compliquée par l’arrivée de troupes étrangères, venant soutenir tel ou tel parti, mais vivant surtout « sur le pays ». Des Espagnols s’installent à Hennebont, que leur confie Mercoeur. L’Angleterre protestante envoie des troupes à Paimpol.

 

Au château de Coatfrec

Le jeune La Fontenelle prend le parti des ligueurs et regroupe autour de lui quelques compagnons. Sa troupe va peu à peu grossir. En 1590, il réside au château de Kersaliou, en Pomerit-Jaudy, d’où il se lance plusieurs expéditions dans le Trégor. Deux ans plus tard, il parvient à prendre le puissant château de Coatfrec, en Ploubezre. Mais La Fontenelle commence à faire peur. Une troupe royaliste vient l’y assiéger vers Pâques 1593. Le jeune chef ligueur quitte la place en promettant de ne plus y revenir.

 

La Fontenelle ravage le Poher

En juin 1593, La Fontenelle est à Carhaix. Il s’empare du Granec à Collorec, une maison forte « dotée de cinq à six canons de fonte verte », en endormant la méfiance du propriétaire Vincent de Coatnezre. Mobilisés par leur seigneur, les paysans des alentours en font le siège en juillet, mais lors d’une sortie avec une cinquantaine de cavaliers, La Fontenelle les massacre. Selon le chanoine Moreau, il en tua « sept cents à huit cents ». Pire, empêchant les familles de venir prendre leurs morts, il laissa les corps se décomposer dans les champs.

Fortifiant cette place, il va ravager la haute Cornouaille. D’autant qu’il contrôle le château, en ruines de Callac et celui de Corlay. Dans cette place, Il se blesse gravement, en juin 1594, après l’effondrement d’un plancher, lors d’une fête où le poids des danseurs aurait provoqué l’accident. La Fontenelle se casse une jambe et en restera claudiquant le reste de sa vie.

 

L’île Tristan devient son repaire

En mai 1595, l’île Tristan, à Douarnenez, est tenue pour le parti royaliste, par Jacques de Guengat, un protestant. Le 15 mai, La Fontenelle attaque l’île, sans passer par la ville pour ne pas donner l’alerte. Il pille le tout. On le croit parti, mais le chef de guerre a compris tout le parti qu’il pourrait tirer de ce lieu, séparé de la terre par une distance de quatre cents mètres. Quelques jours plus tard, il revient donc et s’y fortifie. Il y restera plus de cinq ans.

En 1595, la légende assure qu’il enleva sa future femme, alors âgée d’une dizaine d’années, Marie Le Chevoir, une riche héritière. Une gwerz trégorroise ajoute que la fillette fut en fait séduite par ce jeune condottiere, alors âgé de 23 ans. La lune de miel ne dura pas longtemps. Quelques mois après son mariage, il tombe dans un guet-apens et est envoyé en prison à Rennes. Les royalistes en profitent pour assiéger l’île Tristan, mais renoncent au bout de six semaines.

 

Le massacre de Penmarc’h

Moyennant une rançon de 18 000 écus, la Fontenelle est relâché le 24 avril 1596. Il regagne Douarnenez où il reprend ses activités de pillage et de rapine. Il se fait aussi pirate et constitue aussi une flotte de « huit à neuf bons vaisseaux », aux dires du gouverneur royaliste de Brest René de Rieux-Surdeac. Fin mai, il se rend en Pays Bigouden et s’empare de l’important port de Penmarc’h. Surdeac rapporte qu’il y fit un véritable massacre : « Toutes les femmes et filles depuis l’âge de 17 ans furent violées, plus de 5 000 pauvres paysans périrent de coups de cordes, de feu et d’eau. Plus de 2 000 maisons furent brûlées. »

L’année 1597, La Fontenelle a l’audace de mettre deux fois le siège à la ville de Quimper. Mais il échoue à chaque tentative. Il se contente d’expéditions terrestres en Cornouaille, ou maritime sur les côtes sud et nord de la Bretagne. Pourtant la donne change et la position de la Ligue faiblit en Bretagne. Le 20 mars 1598, la paix est signée entre le duc de Mercoeur et le roi de France Henri IV. Ce dernier pénètre triomphalement à Nantes en avril. Il signera le célèbre décret instaurant la liberté de culte pour les protestants.

 

La fin de la Fontenelle

Malgré les pressions des ennemis de La Fontenelle, le souverain fait preuve de clémence envers lui. Henri IV le confirme même dans son rôle de gouverneur de l’île Tristan, avec cependant la défense expresse de fortifier davantage le lieu. Pendant deux ans, La Fontenelle semble se calmer et même mener une vie tranquille de hobereau avec sa femme. Pourtant plusieurs de ses hommes se livrent à nouveau à des actes de piraterie. On le soupçonne aussi de vouloir livrer l’île Tristan aux Espagnols. Arrêté une première fois en 1600, il est relâché l’année suivante puis à nouveau incarcéré à Paris.

Sully, le célèbre ministre d’Henri IV, a rapporté dans ses mémoires que le roi avait décidé de condamner La Fontenelle pour faire un exemple et pour mieux pardonner aux autres chefs bretons.

Le 27 septembre 1602, après avoir été torturé, Guy-Eder de La Fontenelle est conduit en place de Grève, où il est roué de coups jusqu’à la mort. Le bourreau lui coupe ensuite la tête qui est ramenée en Bretagne où elle sera exposée quelque temps sur la porte Toussaint à Rennes. Le « folâtre Guyon », ainsi qu’il était surnommé, avait terminé sa vie terrestre. Son souvenir, alimenté par ses terribles exploits, allait longtemps survivre dans les légendes et les chants de basse Bretagne.

 

Pour en savoir plus

La Fontenelle, brigand d’autrefois, Jean Lorédan, La Découvrance, 1998

La Ligue en basse Bretagne (1588-1598), Hervé Le Goff, 1994

Par un contemporain de La Fontenelle :

Histoire de ce qui s’est passé en Bretagne durant les guerres de la Ligue, Chanoine Moreau, La Découvrance, 1997

 

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