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Histoires de Bretagne

Un blog d'Erwan Chartier-Le Floch

François-René de Châteaubriand

Publié le 20 Février 2009 par Erwan Chartier-Le Floch in Ecrivains de Bretagne

Au cénacle des lettres bretonnes, Chateaubriand occupe d’évidence une place de choix. Son talent et, sans doute, son ego en firent un immense écrivain et un homme politique trop exigeant pour être opportuniste. Ce malouin d’origine laisse aussi de belles descriptions de la Bretagne qui a habité sa vie et son œuvre, et où il a choisit de se faire enterrer, sur le grand Bé de Saint-Malo, face à un Océan accoucheur de tempêtes romantiques comme de promesse de voyages lointains.



Qu’est-ce que le romantisme sinon l’exaltation des sentiments, une certaine attitude face à l’immensité du temps ou la grandeur de la nature et la force de ses éléments, ajouté à une mélancolie vécue comme une force. Quelque chose, somme toute, de très breton, au point que Xavier Grall voyait d’ailleurs un pléonasme dans le terme de « romantisme breton ». Alors que le romantisme ne fut qu’une posture pour beaucoup, il fut une façon de vivre et d’écrire chez Chateaubriand qui en vint à incarner ce courant dans la littérature française. Les premiers instants de sa vie, tels qu’il les décrira plus tard dans ses fameuses Mémoires d’Outre-tombe, semblaient déjà présager de la suite : « J’étais presque mort lorsque je vins au monde. Le mugissement des vagues, soulevés par une bourrasque annonçant l’équinoxe d’automne, empêchait d’entendre mes cris : on m’a souvent conté ces détails ; leur tristesse ne s’est jamais effacé de ma mémoire. Il n’y a pas de jour où, rêvant à ce que j’ai été, je ne revoie en pensée le rocher sur lequel je suis né, la chambre où ma mère m’infligea la vie, la tempête dont le bruit berça mon premier sommeil. »

 

Une vieille famille

Chateaubriand est issu d’une de ces vieilles familles bretonnes dont le rappel de la généalogie est une obsession. Les Chateaubriand remonteraient au XIe siècle et ils auraient été remarqués durant les croisades. Mais, comme beaucoup de familles aristocratiques, d’héritage en héritage, la fortune des aïeux du futur écrivain avait périclité. Son grand-père, quoique toujours considéré comme appartenant à la noblesse, ne possédait plus que quelques terres dans le pays de Dinan. Son père, en devenant marin, négociant puis armateur à Saint-Malo, s’enrichit et redresse la situation. Alors que tant d’autres se construisent de modernes et somptueuses malouinières, lui achète la vieille citadelle féodale de Combourg, où le jeune Chateaubriand et sa famille s’installent.

Le château de Combourg, les paysans gallos des alentours et les campagnes et bois environnants marqueront profondément le jeune Chateaubriand. Sans doute autant que les humanités qu’il fera ensuite aux collèges de Dol, Dinan et Rennes et où il dévorera les grands classiques grecs et latins. Le jeune Chateaubriand se promène, s’imprègne des légendes du pays et rêve à la Velléda, une antique déesse gauloise. Ce vieux fond celtique influera profondément son œuvre. « Nous autres Bretons attendons le retour [du roi Arthur] comme les Juifs attendent le Messie », écrit-il dans l’Essai sur la littérature anglaise. Cette enfance relativement morose, reste marquée par la figure imposante du père et l’amitié qui le lie à sa sœur Lucile.

 

L’appel du large

Dans ce pays de marins et de paysans, il prend goût à l’évasion. « Chaque paysan, matelot et laboureur, est propriétaire d’une petite bastide blanche avec jardin : parmi les herbes potagères, les groseilliers, les rosiers, les iris, les soucis de ce jardin, on trouve un plant de thé de Cayenne, un pied de tabac de Virginie, une fleur de Chine, enfin quelque souvenir d’une autre rive et d’un autre soleil : c’est l’itinéraire et la carte du maître du lieu. »

Adolescent, il est envoyé à Brest pour s’engager dans la Marine, mais renonce rapidement à cette carrière, la Royale recrutant peu après la guerre d’Indépendance américaine. Il en garde cependant une certaine fascination pour l’océan et les voyages. « Cette mer que je devais rencontrer sur tant de rivages, baignait à Brest l’extrémité de la péninsule armoricaine : après ce cap avancé, il n’y avait plus rien qu’un océan sans bornes et des mondes inconnus ; mon imagination se jouait dans ces espaces. Souvent, assis sur quelque mât qui gisait le long du quai de Recouvrance, je regardais les mouvements de la foule : constructeurs, matelots, militaires, douaniers, forçats passaient et repassaient devant moi. »

 

La révolution et l’exil

Engagé au régiment de Navarre, il arrive à Paris en 1788 où il publie ses premiers vers dans l’Almanach des muses. Il choisit de quitter la France après les débuts de la Révolution française et passe un an en Amérique, dont il ramènera des descriptions grandioses des chutes du Niagara et l’inspiration pour plusieurs ouvrages, dont son poème Les Natchez et son roman Atala, qui le révèle en 1801 et fait de lui le père du romantisme français. En 1792, il est de retour en Europe pour s’engager dans l’armée des Princes qui lutte contre la France révolutionnaire. Chateaubriand est blessé à Thionville. Il s’installe ensuite à Londres.

Il revient en France en 1800 et fait paraître un autre texte romantique, René, qui évoque ses relations avec sa sœur Lucile. En 1802, il exprime ses convictions catholiques dans le Génie du christianisme, qui marque un certain retour du religieux en France. Remarqué par Bonaparte en 1803, il devient diplomate avant de rompre avec l’empereur suite à l’exécution du duc d’Enghien.

Il se rend ensuite en Terre sainte, périple qui lui inspirera L’itinéraire de Paris à Jérusalem. Interdit de résidence à Paris, il acquiert le domaine de la Vallée-aux-loups, près de Seaux. En 1811, il est élu à l’Académie française, où il ne pourra siéger qu’après la chute de l’Empire. En 1814, il publie d’ailleurs une violente charge contre Napoléon Ier, De Buenaparte et des Bourbons, et accueille très favorablement la Restauration.

 

Le diplomate

Nommé pair de France et ministre d’Etat en 1815, il tombe en disgrâce l’année suivante. Il s’engage alors dans le parti ultraroyaliste et dirige le Conservateur, le journal représentant cette tendance. Revenu en grâce après 1820, il entame une carrière de diplomate à Berlin, puis à Londres (où son cuisinier invente pour lui le châteaubriant, une pièce de bœuf grillée avec de la béarnaise). De 1823 à 1824, il est ministre des Affaires étrangères, avant de rejoindre l’opposition, dans le camp libéral cette fois. Il sera cependant nommé ambassadeur à Rome en 1828.

Il ne jouera guère de rôle politique après la révolution de 1830 et se consacre à l’écriture jusqu’à sa mort en 1848. C’est l’époque où il fréquente le salon de son amie madame de Récamier et où il achève ses Mémoires d’Outre-tombe, véritable monument littéraire où s’exprime son style flamboyant. Chateaubriand choisira d’être enterré sur le grand Bé, à Saint-Malo dont il demeure un des grands hommes. En Bretagne, donc, un pays qui ne l’avait jamais quitté et dont il laisse de forts plaisantes descriptions, à l’instar de celle-ci, glanée dans ses Mémoires. « Le printemps, en Bretagne, est plus doux qu’à Paris et fleurit trois semaines plus tôt. Les cinq oiseaux qui l’annoncent, l’hirondelle, le loriot, le coucou, la caille et le rossignol arrivent avec les brises qui hébergent dans les golfes des la péninsule armoricaine. La terre se couvre de marguerites, de pensées, de jonquilles, de narcisses, d’hyacinthes, de renoncules, d’anémones, comme les espaces abandonnés qui entourent Saint-Jean-de-Latran et Sainte-Croix de Jérusalem à Rome. Des clairières se panachent d’élégantes et hautes fougères ; des champs de genêts et d’ajoncs resplendissent de leurs fleurs qu’on prendrait pour des papillons d’or. »

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