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Histoires de Bretagne

Un blog d'Erwan Chartier-Le Floch

La guerre de Succession de Bretagne

Publié le 2 Mars 2009 par Erwan Chartier-Le Floch in Histoire de Bretagne

Entre 1341 et 1364, la Bretagne se déchire lors une terrible guerre civile opposant les partisans de Jean de Montfort à ceux de Charles de Blois pour obtenir la couronne ducale. Fait de batailles chevaleresques comme de massacres cruels, ce conflit s’inscrit aussi dans le contexte européen de la guerre de Cent ans.

Le 30 avril 1341, à Caen, le duc de Bretagne, Jean III meurt après un long règne durant lequel le souverain breton a mené une sage politique de neutralité envers les deux grandes puissances européennes de l’époque, la France et l’Angleterre, ce qui a assuré stabilité et prospérité à son pays. Mais, à la fin de sa vie, Jean III s’est refusé à désigner son successeur, ce qui va plonger le duché dans les affres d’un long conflit.

 

Une succession difficile

En trois mariages, Jean III n’a en effet eu aucun fils légitime et, à sa mort, deux prétendants réclament la couronne ducale. Il s’agit de Jean de Montfort, demi-frère de Jean III et de Charles de Blois, un neveu du roi de France marié à Jeanne de Penthièvre, fille de Guy, un autre frère de Jean III mort en 1331. Les juristes des deux camps avancent leurs arguments alors que Philippe VI de France prend parti pour Charles de Blois et Edouard III d’Angleterre pour Jean de Montfort. Or, les deux rois se combattent depuis 1337, l’année qui marque le début de la guerre de Cent ans.

En mai 1341, Jean de Montfort tente un coup de force en se faisant reconnaître comme duc à Nantes et, au terme d’un audacieux raid, s’empare du trésor de Jean III entreposé à Limoges. Mais, en septembre, Philippe VI reconnaît Charles de Blois comme duc. La guerre est désormais certaine entre les deux partis. Jean de Montfort est fait prisonnier à Nantes le 21 novembre et ses partisans perdent la plus grande partie de leurs places fortes. Mais sa femme, Jeanne de Flandre reprend le flambeau, galvanise les troupes et défend Hennebont jusqu’à l’arrivée de renforts anglais en juin 1342. En octobre de la même année, Edouard III débarque en personne en Bretagne. Philippe VI pénètre également dans le duché, mais les deux rois ne s’affrontent pas et signent une trêve.

 

Une guerre de siège et d’escarmouche

Dès lors, la guerre va s’installer pendant de longues années. Aucun des deux camps n’a vraiment les moyens de vaincre l’autre. En 1345, Jean de Montfort meurt. Son fils, le second Jean de Montfort n’a que six ans, mais il a pour tuteur Edouard III qui envoie des troupes combattre pour lui. De son côté, Charles de Blois est sévèrement battu à la bataille de La Roche-Derrien le 20 juin 1347. Une bonne partie de ses partisans périt ce jour-là. Lui-même a reçu dix-sept blessures, mais il survit et il est fait prisonnier. Il doit alors payer une rançon considérable, qui va d’autant empiéter sur ses ressources militaires.

La guerre de Succession est aussi une guerre de sièges, plusieurs villes sont régulièrement prises et où se défendent victorieusement. C’est le cas lors du siège de Rennes par le duc de Lancastre, lorsqu’un jeune chevalier originaire de Broons se distingue : Bertrand Duguesclin. C’est également pendant la guerre de Succession qu’est utilisée pour la première fois en Bretagne une nouvelle arme, l’artillerie à poudre. Les canons sont alors sommaires et de faible portée. De plus, les boulets sont en pierre et n’ont pas la force de percussion de leurs successeurs en métal. Mais cette artillerie provoque bien des dégâts dans les murailles et l’architecture militaire va être obligée d’évoluer pour leur résister.


 

Le combat des Trente

La guerre de Succession a eu ses hauts faits d’armes, comme le combat des Trente qui s’est tenu le 26 mars 1351. Relaté par les grands chroniqueurs de l’époque, il a frappé les imaginations en Bretagne bien sûr, mais également dans toute l’Europe. Il a opposé trente chevaliers bretons et français du parti de Charles de Blois à trente chevaliers en majorité anglais – avec quelques Bretons et Allemands - du parti des Montfort. Les premiers venaient de Josselin, aux mains de Jean de Beaumanoir, un partisan de Charles de Blois ; les seconds de Ploërmel, une place tenue par le capitaine anglais Robert de Brandenburg.

Les deux chefs avaient convenu de se rencontrer en duel au chêne de la Mi-voie, situé entre les deux villes. Le combat est acharné, huit Anglais et six blésistes sont tués. À Beaumanoir, épuisé par la chaleur, qui réclame à boire, son compagnon Geoffroy du Bois a cette réplique célèbre : « Bois ton sang, Beaumanoir, ta soif te passera ! » Ce sont finalement les partisans de Beaumanoir qui remportent ce combat qui ne règle bien évidemment rien, les hostilités continuant encore pendant plusieurs années. Sous la Restauration, un obélisque sera élevé sur le site de la Mi-Voie – situé à proximité de l’actuelle route entre Rennes et Lorient. Il comporte les noms des soixante combattants.

La guerre de Succession est donc une guerre d’escarmouches, avec des guets-apens, des combats confus autour de quelques villages ou de manoirs pris et repris. Les combattants se payent souvent sur le pays et ce sont les plus humbles, paysans, habitants des petites villes, commerçants ruinés par les hostilités, qui en pâtissent.

La guerre de Succession de Bretagne est enfin une guerre de personnages hauts en couleur, comme les capitaines qui se battent dans chaque camp : Duguesclin ou Beaumanoir pour Charles de Blois ; l’anglais John Chandos ou le breton Tanguy du Châtel pour les Montfort. Les femmes tiennent également leur rôle : Jeanne de Flandre, surnommée « Jeanne la Flamme » et Jeanne de Penthièvre, les épouses des deux prétendants, mais aussi Margueritte de Clisson qui après l’exécution de son mari par le roi de France lève une flotte de corsaires et ravage les ports fidèles à Charles de Blois. Ou encore Tiphaine Raguenel, la douce et patiente épouse de Duguesclin dont on disait qu’elle était un peu magicienne.

 

La bataille d’Auray

En 1362, le jeune Jean de Montfort vient enfin faire valoir ses droits en Bretagne. Lassés par de longues années de guerre, les belligérants semblent pressés d’en finir. Ils vont se rencontrer à Auray, le 29 septembre et, selon le chroniqueur Froissart, il est convenu qu’il n’y aura pas de pitié pour le prétendant vaincu. C’est Charles de Blois qui commande son armée, dans laquelle on retrouve Bertrand Duguesclin. En face, le très expérimenté John Chandos commande l’armée des Montfort. Plusieurs milliers de combattants s’affrontent avec acharnement et ce sont les partisans des Montfort qui remportent la bataille : Charles de Blois est tué et Duguesclin fait prisonnier.

Dès lors, Jeanne de Penthièvre décide de mettre un terme à la lutte. En 1365, un traité de paix est signé à Guérande. Jean de Monfort devient le duc Jean IV et il va s’atteler à pacifier et à relever le pays. La dynastie qu’il fonde régnera pendant tout le XVe siècle et verra l’indépendance du duché se renforcer.

 

Pour en savoir plus :

Arthur de la Borderie, Histoire de Bretagne, réédition Coop Breizh, Spézet1998.

Collectif, Toute l’histoire de Bretagne, Skol Vreizh, Morlaix, 2007.

Jean-Christophe Cassard, La guerre de Succession de Bretagne, Coop Breizh, Spézet, 2007

Jacques Choffel, La guerre de Succession de Bretagne, Editions Lanore, Paris, 1975.

Gicquel Yvonnig, Le combat des Trente, Coop Breizh, Spézet, 2003.

 


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Waner 08/04/2009 14:27

Sanglant...