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Histoires de Bretagne

Un blog d'Erwan Chartier-Le Floch

Fureur viking en Bretagne

Publié le 5 Mars 2009 par Erwan Chartier-Le Floch in Histoire de Bretagne

Au milieu du IXe siècle, le royaume de Bretagne est déstabilisé par une série d’attaques très violentes des Vikings. Ces derniers vont s’installer dans la péninsule, notamment dans l’estuaire de la Loire avant d’être chassés, en 937, par Alain Barbe-Torte, le premier duc de Bretagne.



En ce 24 juin 843, la population nantaise s’apprête à célébrer la Saint-Jean. De nombreux habitants des campagnes environnantes se sont rendus dans la cité pour participer aux marchés et aux cérémonies religieuses. Ils ont été rejoints par des réfugiés de villages de l’estuaire de la Loire où a été signalée une importante flotte de drakkars scandinaves. Mais les Nantais sont confiants dans leurs murailles, qui ceinturent la ville depuis l’époque romaine. De plus, si les Scandinaves ont déjà accosté sur les rivages armoricains, ils se sont contentés de piller des villages de pêcheurs, jamais d’attaquer une ville importante. Or, lorsque les vikings remontent la Loire dans la matinée, ils trouvent certes les portes closes, mais non gardées. Les Nantais sont si préoccupés par les cérémonies religieuses que personne n’a été désigné pour monter la garde !

 

Massacre en règle

Les guerriers scandinaves en profitent et rentrent en force dans la cité. Il s’ensuit une fuite éperdue vers la cathédrale où l’évêque célèbre la messe. Les Nantais tentent de barricader l’édifice religieux, mais c’est peine perdue. Il s’ensuit un terrible massacre, l’évêque Gunhard est égorgé sur l’autel après avoir lancé « Sursum corda ! haut les cœurs ! ». Son martyr frappera les imaginations, les protections divines ne semblant guère efficace contre la fureur de ces marins scandinaves que l’Occident va avoir à affronter pendant plus d’un siècle. Nantes est pillée pendant plusieurs jours, les habitants rescapés sont emmenés en esclavage lorsque les Vikings se replient sur Noirmoutier après avoir également ravagé le pays de Retz.

Le sac de Nantes frappe donc de stupeur l’occident et les chroniqueurs s’en font les rapporteurs. Jusque là, les « Normands » s’étaient surtout attaqué aux îles britanniques. Désormais, ils vont régulièrement ravager l’Europe, poussant parfois jusqu’en Méditerranée. Les Nantais n’en ont pas fini : dix ans plus tard, une nouvelle flotte viking s’empare de la ville et les habitants sont à nouveau emmenés en esclavage. En 857, la ville est d’ailleurs décrite comme un « désert humain ».

 

Abbayes dévastées, nobles en exil

Le reste de la Bretagne doit également faire face à la menace scandinave. Après avoir perdu trois batailles, en 847, Nominoë préfère leur verser un tribut. Ce qui ne fait pas cesser les attaques. En 850, le comte et l’évêque de Vannes sont fait prisonniers et doivent payer une rançon. En 854, selon les chroniques, seul un miracle (une violente tempête) sauve le monastère de Redon.

Après la mort de son dernier souverain Alain Le Grand, qui avait combattu énergiquement les hommes du Nord, le royaume breton se délite dans les premières années du Xe siècle. Comme autour de Rouen, et de la future Normandie, les Scandinaves s’établissent près de Nantes. Ils fortifient l’île de Brièce sur la Loire. En 927, Hugues, roi des Francs, leur concède d’ailleurs le pays de Nantes. D’autres colonies sont établies sur le littoral nord et sud de la Bretagne. En 913, la grande abbaye de Landévennec, défendue par une muraille, est attaquée par deux flottes et plusieurs centaines de Viking. Le sanctuaire est pris et ravagé par un violent incendie.

Les élites bretonnes fuient alors le pays. Les moines de Landévenec s’installent ainsi à Montreuil-sur-Mer, en Picardie, avant de se réfugier en Angleterre où séjournent déjà plusieurs nobles bretons. Parmi eux se trouve Alain Barbe Torte, un jeune chef, petit-fils du roi Alain le Grand, qui organise la réaction bretonne.

 

La réaction bretonne

En 931, une première révolte éclate en Cornouaille, où les scandinaves sont massacrés. Mais, les Normands de la Seine et de Nantes s’allient pour écraser les Bretons. Alain Barbe-Torte débarque à nouveau en Bretagne en 836. Il vainc un parti de scandinaves dans la région de Dol, puis se rend dans les environs de Saint-Brieuc où il assiège victorieusement une forteresse qui pourrait être le camp de Péran. Après avoir chassé les Normands du Trégor, il marche sur Nantes, dont il chasse les Vikings. Il sera proclamé duc de Bretagne dans une ville alors en ruine qu’il se charge de relever. Après sa victoire, quelques attaques seront encore à signaler, le dernier raid de scandinaves ayant lieu à Dol en 996, mais rien de comparable à la période précédente, durant ce « siècle viking », entre la moitié du IXe siècle et celle du Xe siècle, lorsque la Bretagne avait failli disparaître.

 

Le camp de Péran

Difficile de retrouver les traces des Vikings en Bretagne. Leur camp retranché aux abords de la ville de Nantes a disparu depuis longtemps, mais le musée Dobrée, dans cette ville, présente des armes scandinaves retrouvées dans la Loire. Dans l’estuaire de la Rance, à Saint-Suliac, on peut voir la forme rectangulaire d’un retranchement de terre et de pierre dans l’anse de Vigneux. Il est immergé à marée haute et serait un ancien camp viking, même si aucune fouille archéologique n’est venue conforter cette hypothèse.

La présence scandinave est plus probante au camp de Péran, situé à une dizaine de kilomètres au sud de Saint Brieuc dans la commune de Plédran. On peut visiter ce site d’un hectare, de forme ovale et fouillé dans les années 1980. Plusieurs objets mis au jour se rattachent à la culture nordique. Les archéologues ont également trouvé une pièce de monnaie du xe siècle, frappée à York, en Angleterre, qui était alors sous domination scandinave. Mais il peut s’agir du fruit d’un échange commercial. Occupé au Xe siècle, le camp de Péran était défendu par un rempart maçonné, dont les pierres ont été vitrifiées suite à un violent incendie, sans doute un siège au cours de laquelle la forteresse a été détruite et abandonnée. Enfin, seule une tombe scandinave a été formellement identifiée, et fouillée, sur l’île de Groix.

 

Pour en savoir plus :

Jean-Christophe Cassard, Le siècle des Vikings en Bretagne, Editions Gisserot, Paris, 1996. Jean-Christophe Cassard, « première incursions vikings en Bretagne », ArMen n°128, mai 2002.

Jean Renaud, Les Vikings et les Celtes, Ouest-France université, Rennes 1992

 

Commenter cet article

prout 06/03/2015 10:29

pipipipi

prout 06/03/2015 10:29

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nic

prout 06/03/2015 10:26

pipipipipipipipipipipipipipipipipipipipipipi


















caca man a la rescouse

Annak 06/03/2009 18:43

Bonjour de Lorraine et bienvenue dans la communauté des blogs régionalistes :)