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Histoires de Bretagne

Un blog d'Erwan Chartier-Le Floch

Huelgoat, la première ville finistérienne

Publié le 27 Mars 2009 par Erwan Chartier-Le Floch in Archéologie

 

Il se dégage une atmosphère étrange et mélancolique du Camp d’Artus, vaste plateau surplombant Huelgoat. Plus que la légende qui attribue au roi Arthur la construction des énormes murailles le ceinturant, ce site se distingue par le fait qu’il est le seul oppidum connu de la cité des Osismes. C’est en quelque sorte, la première « ville » construite dans le Finistère. Important centre politique et économique, il fut abandonné après la conquête romaine, le pouvoir se déplaçant à Carhaix, non loin de là.


Le chaos granitique en dessous du camp d'Artus

Alors qu’aujourd’hui le camp d’Artus ne présente plus que le charme désolé d’un vaste plateau désert et planté d’énormes blocs de granit, il devait présenter un aspect autrement plus imposant au voyageur de l’époque gauloise. Celui-ci trouvait d’abord une immense muraille, avec un parement de pierre, longue de 2,6 km et entourant ce site de 35 hectares, avec des habitations et des ateliers artisanaux. S’il est un des plus importants oppidums d’Armorique, le camp d’Artus est cependant modeste en comparaison d’autres sites de plusieurs centaines d’hectares comme le mont Beuvray en Bourgogne ou Avaricum (Bourges).

 

 

Une porte monumentale

Le camp d’Artus se divise en deux parties. La première, la plus étendue couvre une centaine d’hectares. La seconde, de quatre hectares, est le cœur du site et a été fouillée par un archéologue anglais, Wheeler, en 1938. Il a découvert qu’une muraille séparait les deux parties du site et qu’on accédait au centre du site par une porte monumentale de bois, comportant deux tours mitoyennes et surplombée par une galerie de bois.

Les fouilles de Wheeler ont aussi permis de mettre en évidence un important bâtiment circulaire à l’intérieur de cette partie de l’oppidum. Elles n’ont cependant pas permis de dire si l’éminence circulaire, à l’extrémité du site, était une motte castrale du Moyen Âge ou la base d’une tour gauloise.


La montée vers le camp d'Artus
 

Des tonnes de bois et de fer

Huelgoat est un des rares sites en Bretagne présentant un « murus gallicus », ce mur gaulois dont parle César dans la Guerre des Gaules. Patrick Maguer, archéologue, a recensé les fortifications gauloises du Finistère. Il explique : « Ils ont construit la muraille du Camp d’Artus avec des remblais de terre calés par des poutres de bois, croisées entre elles et fixées par des fiches de fer ». Au final, ce rempart atteignait jusqu’à 3,5 m de haut pour une épaisseur maximale de 12 m.

Ces fortifications ont d’ailleurs posé un problème aux Romains. La terre amortissant les chocs, elles résistaient bien aux béliers et aux catapultes. Les archéologues s’interrogent plus sur l’utilité des poutres de bois. « La construction d’un tel rempart à Huelgoat a nécessité des tonnes de fer pour les fiches et une masse considérable de bois, quasiment une forêt », estime Patrick Maguer.


 

L'entrée du camp d'Artus

Des moyens humains considérables

La construction de l’oppidum a dû entraîner une mobilisation générale des Osismes. « Le site a dû être construit l’hiver, lorsque les paysans étaient plus disponibles. Pour bâtir ce site, il a en effet fallut un maître d’œuvre, des chefs d’équipes, des bûcherons, des forgerons et beaucoup de terroyeurs », indique l’archéologue.

Pour lui, le Camp d’Artus est la « capitale » des Osismes. « Vu les moyens déployés, ce site était bien plus qu’un refuge temporaire. Il s’agit d’une « proto-ville », un centre urbain où vivaient un ou plusieurs milliers de personnes. Faute de fouilles, il est difficile d’estimer le nombre d’habitants. »

Contrairement à de nombreuses tribus gauloises, les Osismes n’étaient pas dirigés par un roi mais par sénat, une assemblée composée de puissants aristocrates. Il n’est pas interdit de penser que Huelgoat ait été le ou un des lieux de rassemblement de cette assemblée. « Il est difficile de déterminer où se trouvait le pouvoir politique chez les Osismes, dans l’oppidum, au Camp d’Artus, ou dans les grandes forteresses aristocratiques du type de celle fouillée à Paule ? », s’interroge Patrick Maguer.

 

Une société guerrière

À la veille de la conquête romaine, la société gauloise est en effet dominée par une puissante aristocratie guerrière. Celle-ci a un poids économique considérable, possède de vastes résidences fortifiées. La possession de troupeaux de bovins semble constituer un des signes essentiels de richesse.





« Leurs vaches étaient beaucoup plus petites qu’aujourd’hui, précise l’archéologue. Elles devaient ressembler aux pies noires ». Elles étaient un enjeu très important. « Les guerriers gaulois pratiquaient plus le vol et les razzias que la guerre organisée. Au cours d’expéditions, ils devaient se voler les troupeaux les uns aux autres. »

On peut aussi tordre le coup à certains clichés montrant de fiers gaulois chevauchant de magnifiques étalons. « On a retrouvé récemment le squelette d’un cheval gaulois dans la Sarthe. En fait leurs chevaux étaient très petits et les pieds du cavalier devaient toucher le sol. Cela ne devait pas être très confortable lorsqu’il était au galop ! ».

Il est possible que Huelgoat est été un lieu de fabrication de monnaies osismes. On connaît mal le rôle de ces pièces aux motifs très stylisés, représentatifs de l’art celte. « Il y avait une faible masse monétaire, explique Patrick Maguer. Pas assez pour vraiment faire fonctionner les échanges économiques, encore basés sur le troc. Elles devaient avoir un rôle de prestige. Il a pu y avoir des rites de distribution par les chefs les plus puissants qui montraient ainsi leur richesse. »

 

Un centre artisanal et économique

Si l’aristocratie guerrière domine chez les Osismes à la veille de la conquête romaine, une sorte de « bourgeoisie », composée d’artisans, était peut-être en train d’émerger comme dans d’autres cités gauloises. Des artisans qui vont constituer ensuite un des fondements de la société gallo-romaine et qui devaient être très présents à Huelgoat.






Même si cela reste une hypothèse, en absence de fouilles, on peut imaginer qu’il y avait de nombreux ateliers et habitations au centre du Camp d’Artus. Une sorte de petite ville comme on en a retrouvé dans d’autres oppidums, en France et en Belgique. On y trouvait les ateliers des professions indispensables, comme les forgerons et les charpentiers ou les potiers. La production de ces derniers avait d’ailleurs ces particularités. « Les céramiques armoricaines sont parmi les plus belles de Gaule. Elles ont des motifs très soignés et parfois des décors graphités. »

De toute cette activité politique et économique, seules des fouilles à grande échelle pourraient rendre compte. « Elles permettraient de mieux connaître l’organisation du site et la vie quotidienne de ses habitants », note Patrick Maguer. Elles nous renseigneraient aussi sur l’histoire du site dont on ne sait pas quand il fut construit. Les archéologues estiment, sans en être certains, sa fondation au début du deuxième siècle avant J-C. Ce dont ils sont sûrs, en revanche, c’est que le Camp d’Artus fut abandonné très peu de temps après la conquête romaine. Le centre politique et économique des Osismes se déplace en effet de quelques kilomètres de là, dans une nouvelle ville en construction : Vorgium devenue aujourd’hui Carhaix. 

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