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Histoires de Bretagne

Un blog d'Erwan Chartier-Le Floch

1776. Benjamin Franklin débarque à Auray

Publié le 4 Avril 2009 par Erwan Chartier-Le Floch in Histoire de Bretagne




Nombreux furent les Bretons qui s’illustrèrent lors de la guerre d’Indépendance des Etats-Unis, à la fin du XVIIIe siècle. C’est aussi chez eux, à Auray, que débarqua un des plus célèbres « insurgents » américain : Benjamin Franklin. Homme de lettres, scientifique et fin politique, il reçut aussi un chaleureux hommage dans la ville de Nantes avant d’aller représenter son pays à la Cour de Versailles.

 

1763 : La France de Louis XV sort humiliée de la Guerre de sept ans. Sur le Continent, elle a été tenue en échec par le roi de Prusse. Sur les mers, elle a été bousculée par la Grande-Bretagne et a perdu ses colonies du Canada, des Indes et du Sénégal. Triomphante, la Royal Navy assure sa suprématie sur tous les océans du globe. Mais, déjà, à Versailles, on travaille à la revanche. L’occasion va en être fournie par l’agitation qui se développe dans les treize colonies anglaises d’Amérique du Nord.

Ces dernières ont acquis un poids considérable, elles comptent près de deux millions et demi d’habitants, soit le tiers de la métropole et leur activité économique est florissante. Elles se répartissent en trois ensembles : au nord, des territoires occupés par des protestants radicaux, puritains notamment, qui ont traversé la mer pour fuir les persécutions religieuses. Au sud, des grandes plantations, tenues par des aristocrates, font appel à une main d’œuvre d’esclaves noirs déplacés d’Afrique. Au centre, un groupe intermédiaires, plus ouvert aux influences étrangères, regroupe les futurs Etats de New York, du Delaware ou de Pennsylvanie. En 1775, des affrontements ont lieu entre Anglais et Américains qui lancent la guerre. L’année suivante, le 4 juillet, le Congrès américain proclame l’indépendance.

 

Ecrivain, savant, homme politique

Parmi les rédacteurs de cette déclaration figure une des personnalités les plus importantes du XVIIIe siècle : Benjamin Franklin. Né en 1716, à Boston, dans une famille de commerçants, il fait fortune à Philadelphie dans l’imprimerie et le journalisme. Esprit curieux, c’est aussi un brillant savant qui s’intéresse à l’hydrodynamisme et invente le paratonnerre. Riche, il décide de s’investir dans la vie publique. A 51 ans, il est ainsi le représentant de la Pennsylvanie à Londres. Revenu en Amérique, il se persuade de la légitimité des Américains à décider leur propre sort et il s’engage en faveur de l’indépendance.

En 1775, Georges Washington a été nommé à la tête de la nouvelle armée américaine qui reste à structurer. Les Insurgents ont besoin d’armes, d’uniformes, de vivres. Ils vont en trouver chez les Français qui voient, d’abord, dans cette cause une manière de se venger de la perte des colonies voisines du Canada. Le trafic d’armes est parfaitement toléré dans les ports atlantiques du royaume et, parmi ceux-ci, le port de Nantes se montre particulièrement actif. Les corsaires américains, qui tentent de couper les lignes de ravitaillement anglais savent qu’ils peuvent faire relâche dans les ports bretons.

 



Franklin arrive à Auray

Pour plaider sa cause auprès du roi Louis XVI, le congrès américain va envoyer en ambassadeur un de ses membres les plus éminents : Benjamin Franklin. Après une traversée prudente de l’Atlantique, et ayant pu éviter les vaisseaux anglais, son navire arrive en vue des côtes bretonnes au début de décembre 1776. Le 3, il accoste à Saint-Goustan, le pittoresque port d’Auray, une arrivée que Philippe Carrer décrit ainsi : « Franklin aperçoit un groupe de paysans et s’approche d’eux. Ils ont de longs cheveux, des chapeaux noirs à larges bordes, des vestes courtes, des culottes bouffantes, des guêtres serrées. Il leur adresse la parole. Ils ne comprennent ni son anglais, ni son français qui est à l’époque, très sommaire. Plus tard, Franklin dit qu’il avait reconnu en eux des Bretons, plus anciens que les Anglais. » L’Américain se rend ensuite à Vannes. Il atteint Nantes le 7 décembre. S’il avait souhaité se reposer, c’est manqué : il est accueilli par une foule enthousiaste. On se presse devant le symbole vivant de la Révolution américaine et banquets, discours et réceptions se succèdent dans la capitale des ducs.

 

Des Bretons aux Amériques

Le 21 décembre, lorsqu’il arrive à Paris, le peuple lui fait, à nouveau, un accueil triomphal. Franklin s’installe. Il parvient à obtenir des prêts importants pour les insurgés, aidé par la famille de Chaumont, originaire de Nantes. Franklin travaille à convaincre Louis XVI d’une intervention française. Après la brillante victoire américaine de Sarragota, le 17 octobre 1777, elle semble d’autant plus acquise que nombre de sujets français sont déjà partis Outre-Atlantique pour combattre les Anglais, dont le célèbre La Fayette. Le 20 mars 1778, Franklin est reçu à Versailles : on lui annonce l’entrée en guerre de la France aux côtés des Américains. Dans cette guerre, nombre de Bretons s’illustreront, comme La Rouèrie ou l’amiral Emeriau, sans oublier les milliers d’anonymes tombés pour l’indépendance d’un pays appelé à l’avenir que l’on sait. Ainsi, rien qu’à Ouessant, près de cent cinquante insulaires trouveront la mort dans cette guerre qui prend fin en 1783.

Nombre de combattants reviendront en Europe, influencés par les idées de liberté et démocratie des leurs compagnons américains, des idées contagieuses qui ne tarderont pas à se répandre sur le Vieux continent.

 

Pour en savoir plus :

Philippe Carrer, La Bretagne et la guerre d’indépendance américaine, Les portes du Large, Rennes, 2005

Marcel Fournier, Cinq siècles de présence bretonne dans l’Amérique française, Les Portes du Large, Rennes, 2005.

Toute l’Histoire de Bretagne, Skol Vreizh, Morlaix.

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waner 05/04/2009 10:29

En plus Saint-Goustan est un superbe endroit à visiter... Ne pas manquer le bistrot Le Frnklin, vous saurez pourquoi il s'appelle comme çà