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Histoires de Bretagne

Un blog d'Erwan Chartier-Le Floch

1361. Tiphaine Raguenel épouse Du Guesclin

Publié le 7 Avril 2009 par Erwan Chartier-Le Floch in Histoire de Bretagne

On dit qu’elle était aussi belle et gracieuse qu’il était laid et rustaud, mais c’était vraisemblablement deux être d’exception. En 1361, la belle Tiphaine Raguenel épouse Bertrand Du Guesclin. Elle est une femme savante, lui un combattant hors pair. Le couple sera toujours très lié, même si Tiphaine ne verra guère son mari, trop occupé à faire la guerre en Bretagne, en France ou en Espagne.

 

Comme son futur époux, le si célèbre Bertrand Du Guesclin, Tiphaine Raguenel est née dans la région de Dinan, probablement vers 1333. D’une vive intelligence, cultivée, cette belle jeune fille s’adonne à l’astrologie et aux arts divinatoires ce qui faisait que les paysans des environs la considéraient un peu comme une fée. C’est par cet art qu’elle entre en contact avec Bertrand Du Guesclin, alors que celui-ci va livrer un combat singulier contre Cantorbéry, un chevalier anglais qui avait enlevé son frère Olivier du Guesclin lors d’une trêve. Le duel a lieu dans Dinan, en présence du Duc de Lancastre qui, bien qu’ennemi, estimait beaucoup Du Guesclin.

 

(Crédits : Denis and Aimée Jonez)


Alors qu’il finit de s’équiper, un écuyer vient annoncer à Bertrand Du Guesclin qu’une jeune demoiselle, âgée de 24 ans, avait prédit qu’il serait vainqueur. « Vous le verrez s’en retourner sain et sauf du combat après avoir déconfit son ennemi en champ clos, et il couchera à son aise en cette ville. Si vous ne le croyez, je veux perdre tout ce que j’ai vaillant », aurait annoncé Tiphaine Raguenel de la Bellière. Des paroles qui n’ont guère d’écho chez le futur connétable. Au contraire, il s’en offusque : « En une femme, il n’y a pas plus de sens qu’en une brebis. Laisse faire et que Dieu y ait part ! ». Bertrand Du Guesclin remporte une victoire sans appel contre Cantorbéry. Le soir, lors du banquet donné en son honneur, on lui présente la jeune astrologue et Du Guesclin, admirant sa beauté, dut regretter quelque peu ses paroles.

 

Elle était belle et savante, il était laid et ignorant, cela fera un excellent mariage

La guerre de Succession de Bretagne continue. Bertrand a-t-il oublié Tiphaine ? Il semble que non, mais il hésite à la demander en mariage. Homme de guerre, Du Guesclin est plus à l’aise dans le siège de forteresse que dans les assauts amoureux. Heureusement, Charles de Blois, dont Du Guesclin est un des meilleurs lieutenants, intervient et négocie avec la famille de Tiphaine. Le père de celle-ci, Robin Raguenel est un fidèle du parti des Penthièvre. Et il est particulièrement flatté de voir sa progéniture épouser un guerrier si réputé.

 

(crédit : Flore Allemandou)

Bertrand se sait laid. Il s’interroge : la belle jeune femme acceptera-t-elle une union avec un être aussi disgracieux que lui ? Il semble que l’obstacle ne soit pas insurmontable, comme le résume l’écrivain dinanais Roger Vercel : « Mais la rêveuse Tiphaine possède […] le regard des mages, que n’arrêtent ni les profondeurs du temps, ni l’épaisseur des chairs, et qui traverse facilement la rude et vulgaire enveloppe d’un corps d’occasion pour admirer le grand cœur qu’on lui offre. […] Tiphaine était belle et savante. Bertrand laid et ignorant : cela fera un excellent mariage. »

 

Il s’évade pour son mariage

Le mariage se prépare, mais quelques semaines avant l’événement, Charles de Blois demande à Du Guesclin d’être otage quelque temps auprès des Anglais. Bertrand accepte à condition d’être libéré au bout d’un mois, pour se rendre à sa noce. L’échéance arrive, mais son geôlier, Guillaume Felton, refuse de le laisser partir. Alors, au cours d’une promenade à cheval, Bertrand s’échappe.

Felton, furieux, ira par la suite poursuivre celui qu’il considère comme un parjure. Mal lui en prend, il assiège vainement Pontorson où se trouvent Tiphaine et Bertrand. La femme du futur connétable déjoue même un assaut pendant une nuit : elle a un rêve prémonitoire durant lequel elle voit des Anglais escalader le rempart. Elle se lève et donne l’alarme. Effectivement, des soldats anglais sont en train de monter sur des échelles. Ils sont repoussés.

 

Une astrologue

Car Tiphaine Raguenel est astrologue et devineresse. Quelque temps après son mariage, qui est célébré en grande pompe à Dinan, elle se charge de rédiger son horoscope à Bertrand. Elle lui dresse une liste de jours infortunés où il doit se garder de combattre. Le rude soldat en rit d’abord, mais un soir, au terme d’un rude combat au cours duquel il a été défait, Bertrand s’apercevant qu’il s’agit d’un de ces fameux jours infortunés, s’écrie : « Elle me l’avait prédit ! ».

Peu après son mariage, Bertrand lui donne une maison au Mont-Saint-Michel. L’abbaye « au péril de la mer » est un refuge plus sûr que la ville de Pontorson dont le roi de France lui a donné la garde. Tiphaine aménage des pièces pour ses travaux d’astrologie. On dit que lorsque le roi de France demande son aide à Du Guesclin, sa femme le conforta pour rejoindre le souverain du royaume des Lys : « Sire, par vous ont été faits commencés, et par vous seulement, en nos jours, doit être la France recouvrée. »

 

(Crédit : Mondopiccolo)

 

Un mari absent

Il est vrai que la jeune épousée avait du temps libre. Durant sa vie, elle ne verra guère son époux. « En l’épousant, écrit Roger Vercel, elle se voue, elle le sait, à la vie solitaire qui fut celle de tant de dames du Moyen Âge. Son mari chevauchera ; elle administrera les domaines, gouvernera les biens armera des chevaliers, les enverra rejoindre Bertrand, réunira ses rançons. »

En 1364, Bertrand Du Guesclin est fait prisonnier lors de la guerre de Succession. Il faut payer une lourde rançon. Libéré, le roi de France lui confie la tache de réunir les grandes compagnies, des soldats sans solde qui se paient sur le pays, pour aller combattre en Espagne contre le roi de Castille Pierre Le Cruel. Pendant des années, il combat donc en Espagne. Il finit par être capturé par Le prince noir. Revenu en Bretagne, il n’y reste guère. Tiphaine le revoit quelques jours, à Caen, pour s’entendre demander de lui donner sa vaisselle et ses bagues : son mari a besoin de fonds pour aller combattre à nouveau l’Anglais…

Bertrand Du Guesclin est d’ailleurs en Poitou lorsque, en 1372, Tiphaine Raguenel décède. Deux ans plus tard, Du Guesclin épouse Jeanne de Laval-Tinténiac. Pas plus qu'avec sa première femme, il n'aura d’enfants. Le cœur de Tiphaine a été inhumé dans la chapelle des Jacobins, à Dinan. Huit ans plus tard, celui de son illustre mari le rejoignit.

 

Pour en savoir plus

Roger Vercel, Du Guesclin, Albin Michel, Paris, 1956

Arthur de la Borderie, Histoire de Bretagne, Coop Breizh, 1998

Commenter cet article

Vikiiing 30/09/2014 13:31

Il nous a trahi car il n'avait pas de réel attache à la Bretagne, il était d'origine maure et ses congeneres ne manquait pas de le lui rappeler notamment en lui rappelant sa couleur de peau... ses ambitions on fini par avoir une dimension ' national ' quitte à bafouer notre belle région...

Flore 11/05/2009 21:16

Bonjour, l'article est intéressant, mais il serait correct de respecter les licences d'utilisation des 3 photos qui l'illustrent et qui sont sous licence Creative Commons BY, c'est à dire que vous devez mentionner l'auteur de chacune de ces photographies.

Merci de faire le nécessaire.

Waner 07/04/2009 19:58

Pour Tiphaine, ca passe, mais son mari était un sale personnage, qui a trahi la Bretagne de surcroît...

Marie 07/04/2009 17:20

Bonjour,

Je reconnais ma Bretagne dans votre blog. Il est vrai que vous n'habitez pas loin de chez moi!
Je n'ai pas tout lu les écrits, je reviendrai dès que j'ai plus de temps. Je mets le lien, si vous le permettez, sur mon blog personnel.
Amitiés
Marie