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Histoires de Bretagne

Un blog d'Erwan Chartier-Le Floch

Les malheurs de Bréhat

Publié le 12 Avril 2009 in Histoire de Bretagne

 

 

Comme nombre d’îles bretonnes, situées sur un littoral qui a souvent été la proie d’attaques féroces, Bréhat connu son lot de malheurs entre le Moyen Age et l’époque moderne. La présence d’une forteresse ne dissuada en effet pas les Anglais de ravager l’île, lors de deux féroces raids en 1409 et 1591.

En examinant la répartition des forteresses bretonnes du bas Moyen Age, il est frappant de constater qu’elles sont essentiellement réparties sur les Marches, à la frontière occidentale avec le royaume de France et sur le littoral, particulièrement au nord, frontière maritime exposée aux raids de puissances étrangères ou aux actes de piraterie. C’est le cas notamment des estuaires, dont celui du Trieux où se trouvait le prospère port marchand de Pontrieux. Parmi les nombreuses places fortes du Trieux, celle de l’île de Bréhat se situait la plus au nord. Elle appartenait à la famille de Penthièvre lorsque elle fut prise par des soldats anglais en 1409.

Le sac et le siège de Bréhat, en 1409, s’insèrent dans une série de luttes, plus ou moins régulières, qui continuèrent d’opposer les familles de Penthièvre et de Montfort bien après la guerre de Sucession de Bretagne (1341-1363). En 1408, les relations entre le jeune duc de Bretagne, Jean V, et les héritiers de la famille de Penthièvre sont en effet loin d’être au beau fixe. Margot de Clisson a marié son fils, Jean de Blois-Penthièvre, petit-fils de Charles de Blois, à Isabeau, la fille du puissant duc de Bourgogne. Une alliance qui ne peut qu’inquiéter Jean V, d’autant que celui-ci a marié sa sœur, Blanche de Bretagne, à Bernard d’Armagnac, ennemi juré du Bourguignon.

Le duc Jean V va entamer une série de procédures pour priver Margot de Clisson et son fils de la plupart de leurs forteresses bretonnes. Il lui réclame Moncontour en 1408, mais elle refuse. Le duc envoie alors une dizaine de sergents à Lamballe où se trouvent la comtesse et ses gens. Les sergents sont roués de coups et certains tués. Le duc accuse aussitôt Margot de félonie et de rébellion. Il décrète la confiscation de ses forteresses. Margot appelle à l’aide le duc de Bourgogne qui lui envoie des soldats bourguignons et picards.

 

Mort du duc de Kent

Jean V tente de lever une armée, mais ses barons refusent de le suivre dans cette aventure. Il demande alors l’aide du roi d’Angleterre, qui lui envoie des troupes. Guingamp, Châteaulin-sur-Trieux, La Roche-Derrien passent aux mains du duc. Londres ne rechigne pas à apporter son appui à un jeune souverain dont le père devait déjà son trône aux Britanniques.

Un fort contingent anglais, commandé par Edmond comte de Kent, débarque sur l’île de Bréhat qui commande l’entrée du Trieux et permet de rayonner sur une bonne partie du littoral du Trégor et du Goélo. Les Anglais semblent s’être emparer sans trop de difficultés du château de l’île, probablement situé à près du rocher de Roc’h ar c’hastel, un peu au nord du bourg et sur lequel on voit encore des traces de maçonneries. Les combats durent cependant avoir été assez violents, puisque le commandant anglais, le duc de Kent est mortellement blessé. En représailles, ses soldats rasent toutes les habitations de l’île.

 





Un château ruiné

L’historien Dom Lobineau affirme que l’île resta quelques temps déserte à la suite de cette attaque. Ogée précise, lui, que : « elle fut repeuplée à la suite, mais toujours exposée aux pillages de l’ennemi, elle n’est jamais restée tranquille en temps de guerre. » On ne sait si la forteresse fut relevée par les Penthièvre. Elle leur est à nouveau confisqué après l’attentat de Champtoceaux contre le duc Jean V. L’île fut ensuite donnée au frère du duc, le connétable Arthur de Richmond qui la confia, en 1443, à sa fille naturelle Jacqueline Brécar. Bréhat rapportait à cette dernière cent livres de rente.

Ces changements de propriétaires n’avaient pas résolu les problèmes de protection de l’île et le château de Bréhat restait en ruine. En 1507, après la guerre franco-bretonne, le roi Louis XII ordonne une enquête sur la démolition du château, lequel devait servir : « pour la défence de nous et de nos sujets contre nos ennemis et nos adversaires qui eurent voulu ou voudront faire descente en notre pays. » Les habitants ne cessent en effet de se plaindre d’actes de piraterie.

 

Un enjeu militaire durant la guerre de la Ligue

En 1566, les seigneurs de Bréhat cèdent leur île à Sébastien de Luxembourg pour 18000 livres. Sa fille Marie l’apporte en dot à son époux le duc de Mercœur, chef de la Ligue catholique en Bretagne qui la met en défense alors que commence les hostilités en 1588. Il fait notamment construire un fort, en 1590, à l’emplacement de l’ancien château. Selon Ogée, « Les travaux de cet édifice furent poussés avec beaucoup de vivacité et, dès que le fort fut achevé, les habitants de l’île qui étaient d’excellent marins, se mirent à courir les mers avec de petits vaisseaux armés, et s’emparaient de tout ce qu’ils trouvaient à la côte. »

Par malchance pour les insulaires, les royaux - fidèles à Henri IV et opposés à Mercœur -, avaient demandé une aide militaire à la principale puissance protestante de l’époque : l’Angleterre. Elisabeth II envoie un contingent en Bretagne qui va faire de Paimpol, non loin de là, sa base principale. Pour les Britanniques, il n’est pas question de laisser une forteresse comme Bréhat menacer leurs lignes de ravitaillement. En 1591, ils tentent donc de prendre l’île, mais la résistance est si forte qu’ils se résignent à l’affamer. Sans vivres, les insulaires se rendent. « Ils essuyèrent les traitements les plus rigoureux, écrit Ogée, de la part des vainqueurs qui eurent la cruauté d’en pendre quinze à seize aux ailes des moulins à vent les plus voisins de l’île » Les Anglais ne devaient pas tenir l’île très longtemps. Les Malouins, qui s’étaient alors érigé en République indépendante, s’en emparèrent et la rendirent à Mercoeur. Malgré une forte garnison, les Ligueurs devaient perdre leur fort de Bréhat sous les assauts de Henri de Kerallec, commandant de Tréguier pour Henri IV.

Dans les siècles qui suivirent, si Bréhat ne devait pas subir d’aussi violents assauts, l’île continua d’abriter une garnison, notamment durant la Révolution, afin de la protéger d’éventuels raids ennemis.

 

Pour en savoir plus :

Ogée, Dictionnaire de Bretagne, Edition Floch, Mayenne, réédition 1979.

La Borderie, Histoire de Bretagne, Plihon, Rennes, 1896-1914.

Chouteau Nicole, Les Places fortes du Trieux de Bréhat à Pontrieux, Bulletin de la société d’Emulation des Côtes-du-Nord, 1980.

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