Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Histoires de Bretagne

Un blog d'Erwan Chartier-Le Floch

1066. Les Bretons partent à la conquête de l’Angleterre

Publié le 12 Avril 2009 in Histoire de Bretagne

 

En 1066, nombreux étaient les Bretons qui s’engagèrent dans l’armée de Guillaume le Conquérant, duc de Normandie qui partit conquérir l’Angleterre. Dans le sillage des Normands, de nombreux soldats bretons se tailleront aussi de puissants domaines, certaines familles connaissant des destins remarquables comme les d’Aubigny et surtout les Stuart, qui deviendront rois d’Ecosse. Loin de séparer, la Manche fut souvent un espace d’échanges et ses deux rives partagent depuis longtemps une histoire commune.

En 1066, Guillaume, duc de Normandie, débarque sur la côte anglaise pour y faire valoir ses droits au trône et combattre Harold, prince saxon qu’il a lui-même fait chevalier. Son armée compte de nombreux bretons, près d’un tiers selon certains historiens. Dans sa description de la bataille d’Hastings, Guillaume de Poitiers indique que l’aile gauche de Guillaume comprenait les fantassins et cavaliers bretons. La présence massive de Bretons est facilement explicable par leur proximité géographique avec la Normandie et parce que Guillaume y voit un moyen simple d’éloigner de son flanc sud, des combattants turbulents qui l’ont parfois mis en difficultés. On l’a d’ailleurs accusé d’avoir empoisonné, cette même année 1066, Conan II, duc de Bretagne, en qui il avait trouvé un rival sérieux et dangereux.

 

 



De grandes familles anglo-bretonnes

Après sa victoire sur les Saxons, Guillaume devenu « Le conquérant » s’attribue ainsi qu’à sa famille et à l’Eglise près de 50 % des terres confisquées en Angleterre. Il distribue le reste aux nobles qui l’ont accompagné. Au cours du XII ème siècle, une grosse quinzaine de baronnies anglaises était ainsi aux mains de familles bretonnes, soit autours de 6 % de cette classe. En 1166, les Bretons auraient été à la tête de 250 fiefs, soit 5 % du total. C’est à peu près l’équivalent de ce que Guillaume avait laissé aux Saxons et aux Anglais de souche. Selon l’historien Michael Jones, la majorité des chevaliers bretons à s’installer en Angleterre étaient issus de la petite ou de la moyenne aristocratie. De même, ils semblent en majorité provenir du nord-est de la Bretagne, d’un triangle englobant Lamballe-Rennes-Fougères.

Parmi les Bretons arrivés avec Guillaume le Conquérant, une famille bretonne tire, dans un premier temps, très bien son épingle du jeu. Il s’agit des Penthièvre dont, Brian ou Brient, fils d’Eudes, frère d’Alain III duc de Bretagne. Trop ambitieux, Ce dernier se vit rapidement confier le comté de Cornouailles, au sud-ouest de l’île. Chez les principaux aventuriers qui se taillèrent de beaux fiefs après la conquête, citons Raoul de Gaël, Geoffroy de la Guerche et Juhel de Totnes. Sans compter les innombrables anonymes qui firent fortune avec la conquête ou en se faisant mercenaires, dans les années qui suivirent, pour les nouveaux souverains anglo-normands.

Ces Bretons ne tardèrent pas à être assimilés dans le grand empire anglo-angevin, alors en formation sous la férule des Plantagenêt, puis dans la nouvelle société britannique qu’ils avaient contribué à fonder. L’historien Michael Jones relève cependant que des liens très solides semblent avoir perduré entre les familles anglo-bretonnes. Ainsi, lorsque le dernier lord Dinham (héritier de la famille de Dinan) meurt en 1501, deux de ses quatre sœurs se marient avec des héritiers de familles bretonnes, les Fitzwaryn et les de la Zouche. Pendant plusieurs générations, on continue à donner des noms bretons dans les familles nobles originaires de Bretagne. Dans le fief de Richmond, les Harscouët, Rualent, Gurwant, Guihomar sont nombreux au XII ème siècle. Sans compter les nombreux Brito, désignant vraisemblablement des personnes d’origine bretonne et qu’on retrouve un peu partout dans l’Angleterre de l’époque. Les échanges valent aussi dans le domaine religieux. Il semble ainsi que la fondation de l’abbaye cistercienne de Kirkstead, dans le Lincolnshire, soit le fait de Bretons.

Parallèlement, bien des familles anglo-bretonnes continuent à tenir longtemps des terres des deux côtés de la Manche, notamment sous le règne du roi d’Angleterre, Henri II Plantagenêt, fondateur d’un puissant empire trans maritime anglo-angevin. Ce grand roi anglais, qui avait mis la Bretagne sous sa tutelle, put briser bien des velléités d’indépendance des grandes familles bretonnes en menaçant de leurs confisquer leurs riches domaines outre-Manche.

 

L’honneur de Richmond

Le roi d’Angleterre possédait aussi un moyen de pression similaire sur le duc de Bretagne à grâce à l’« honneur » de Richmond, une petite ville du nord de l’Angleterre dont le donjon, toujours visible, aurait été construit par le duc breton Conan IV. Ce fief important, essentiellement composé de terres dans le Nord de l’Angleterre était une source de revenus non négligeable pour les ducs. Pour les punir, les rois d’Angleterre le leur confisquaient donc, comme ce fut le cas temporairement lors de l’avènement d’un prince capétien, Pierre Mauclerc, à la dignité ducale en 1213.

 

 



Les Stuart de Dol

Avec les problèmes de succession du roi Henri Beauclerc et la guerre civile qui s’en suit, au début du XIIème siècle, arrive une nouvelle vague de guerriers bretons dont l’ancêtre des D’Aubigny et un certain Alan Fitsflaad, de Dol-de-Bretagne, dont sont issues deux grandes familles de l’histoire britannique, les Fitzalan et surtout les Stuart. Un descendant d’Alan, Walter Fitz Alan, devint un des fidèles du roi d’Ecosse, David Ier. Walter, puis son fils Alan, gagnent la charge de « Stewart », sénéchal de la cour d’Ecosse. Ce titre deviendra peut à peu le patronyme de la famille, évoluant de « Stewart » en « Stuart ». Après la bataille de Bannockburn, En 1314, le roi Robert Bruce donne sa fille Marjory en mariage à Walter III Stewart. Leur fils, Robert II, devient en 1371, le premier roi d’Ecosse de la dynastie des Stuart.

Les Stuart continuèrent d’entretenir des rapports avec la Bretagne. En 1442, Isabeau d’Ecosse, fille du roi Jacques Ier, se maria au duc de Bretagne François Ier. Après la mort de son mari, Isabeau choisit d’ailleurs de finir sa vie dans sa patrie d’adoption. Quant à Marie Stuart, reine d’Ecosse au destin tragique et célèbre, c’est à Roscoff qu’elle débarqua, en 1548, pour être mariée au dauphin François II. C’est encore de Bretagne, à la fin du XVII ème, le prétendant aux trônes d’Ecosse et d’Irlande, Jacques II, descendant des Stuart, embarque avant d’être défait à la bataille de la Boyne, en juillet 1690, par le prince protestant Guillaume d’Orange. C’est enfin de l’estuaire de la Loire, près de Saint-Nazaire, que partit, en 1745, un prince issu de la famille des Stuart, Charles Edouard. Il souleva l’Ecosse, battit les Anglais à maintes reprises avant d’être écrasé. Après moult épisodes rocambolesques, traqué avec acharnement par ses ennemis, il parvint à s’échapper et être récupéré par deux vaisseaux commandés par le malouin Dufresne et de revenir en Bretagne, à Roscoff. Il est resté dans l’histoire écossaise comme le légendaire Bonnie prince Charlie.

 

Pour en savoir plus :

Mémoires de la société d’Histoire et d’archéologie de Bretagne, 1981.

Arthur de la Borderie, Histoire de Bretagne.

Chédeville (A), Tonner (N.Y), La Bretagne féodale. .

Commenter cet article

Keith Elliot Hunter 19/01/2016 21:56

Je suis en cours de traduire en français mon essai sur l’histoire des Elliot (alias Alliot), membres d’un clan écossais, qui pendant le 16ième siècle a lancé beaucoup de raids dans le pays limitrophe au nord de l’Angleterre. Un projet ADN a révélé que les Elliot sont d’origine bretonne. (Haplotype L21 Celtique –brittonique). Il est possible que les historiens bretons n’ont encore reconnu les deux variantes Elliot/Alliot comme variantes de l’ancien nom breton, du Halegouët, le résultat de déformation par francisation progressive, telle que Allegouët >Alliouët>Alliot, Elegoët>Eleouët>Elliot. La tendance est frappante. Les variantes les plus vieilles ont survies dans de tres petits nombres, pendant que les variantes Alliot-Elliot, Allot-Ellot (qui existent aussi en Angleterre et en Écosse sont beaucoup plus nombreuses. En Angleterre le nom Elegoët a été transformé en Elligott, Ellacott et Ellicott. Il est presque certain qui parmi tous les noms bretons importés lors de la Conquête Normande de 1066, le nom Elliot, et la variante Alliot, sont les noms d’origine bretonne le plus omniprésent dans la Grande Bretagne.
Keith Elliot Hunter, Historian de la Société du clan des Elliot.

ECLF 11/12/2016 09:35

thanks

Eliot Eléouët 13/10/2016 10:59

I just read your article, you're telling me that my first name and my surname have the same origin ! That's crazy ahahah !

du Halgouet 01/07/2016 17:06

Bonjour Keith Elliot Hunter,
Je viens de lire votre article et suis interessé par ce que vous soulevez. Mon nom est "du Halgouet". Pensez-vous qu'il y aie un rapport avec Halegouet ?
Merci d'avance

Rod Elegoet 28/03/2016 16:01

Dear Sir,

First of all, I beg your pardon, my english is not really fluent.
I am Rodolphe Elegoet, former petty officer in the French navy.
I live in Brittany and my father, who is very interested about our genealogy but who doesn't speak english, gives me some clues about our history.

Thanks to him, I just read your excellent essay ELLIOT "LOOSE ENDS", The reassertion of a historic name (http://www.elliotclanusa.com/pdfdocs/TheElliotClan-LooseEnds_K-E-Hunter.pdf).
If I well understood, some of my ancestors fought as mercenary beside Judicael de Loheac in Scotland.
I am very interested about that new documentation on my genealogy, and it is a real pleasure to discover your website, Elliotclan.com.
Thank you very much for this huge work and Feel free to contact me if it can help you in your research.

Kind regards,
RE

Le normand 19/01/2016 17:23

Excellent article, un petit bémol le titre "les Bretons partent à la conquête de l'Angleterre" n'enlevons pas encore une fois aux Normands ce qui leur revient, certes des Bretons ont participé à la conquête de l'Angleterre mais en faisant allégeance au duc de Normandie et non pas en tant que Breton , des traites en bref, je plaisante...

Keith Elliot Hunter 21/01/2015 15:40

Je suis l’historien de la “Elliot Clan Society” de l’Écosse. Les Elliot et les Alliot, dont les noms se trouvent aujourd’hui dans les départements de Morbihan et de la Loire Atlantique, prirent partie à la Conquête de Guillaum le Conquérant en 1066. Ces noms sont parmi les variantes de l’ancien nom, et toponym, du Halegouët, dont le vicomte, Judicaël fut récompensé avec des grandes terres de la seigneurie de Totnes, dans le Devon. Avec les ElliotAlliot (des noms soumis aux préférences des scribes) furent les Eleouët et les Elegoëts, les noms qui devinrent «Elwet, Eligott, Ellacott et Ellicott » en Anglais. En Écosse les Elliot devinrent un clan féroce et puissant de la frontière Ango-Écossaise. L’origine Bretonne des Elliot est maintenant confirmé par les résultats d’un projet ‘ADN.’ J’ai écrit l’histoire du clan entre 1066 et 1600, mais je ne l’ai pas encore traduite en Français.

ECLF 11/12/2016 09:30

Bonjour et excusez du retard de ma réponse, car je ne connais pas toutes les fonctions du blog et je n'avais pas vu votre message. C'est très intéressant.

dissertation 06/08/2009 11:35

Blogs are so informative where we get lots of information on any topic. Nice job keep it up!!

le vosgpat breton 12/04/2009 20:45

Super ce blog, je sens que je vais revenir m'instruire, de l'histoire de notre Bretagne, très très souvent. Bonne pâques à toi