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Histoires de Bretagne

Un blog d'Erwan Chartier-Le Floch

Guingamp, une cité de caractère

Publié le 29 Avril 2009 in Histoire de Guingamp et de son pays

Guingamp est en finale ! Plusieurs lecteurs me l’ayant demandé, j’ai ressorti un dossier réalisé il y a quelques mois pour ArMen, dont voici un résumé (On peut consulter le dossier complet dans le numéro 167 d’ArMen). Outre une équipe de football, Guingamp c’est aussi une histoire et un sacré caractère !




Depuis fort longtemps, les Guingampais semblent avoir cultivé une certaine nostalgie du passé glorieux de leur ville, lorsqu’elle était un des centres de pouvoir de la Bretagne médiévale et que d’aucuns n’hésitent pas, parfois, à associer avec les exploits récents de leur équipe de football. Cette manière de se mettre en avant ne va certes pas sans une certaine exagération, cependant mâtinée d’une autodérision toute trégorroise. Elle révèle surtout une volonté farouche d’exister à côté des grandes villes voisines qui fonde en partie l’identité de la cité. Sans aller jusqu’à suivre l’érudit du xixe siècle, Sigismond Ropartz qui remarquait que la ville de Guingamp s’était établie sur sept collines, à l’instar de la Rome antique, force est de constater qu’elle peut se prévaloir, au Moyen Âge, d’origines brillantes. L’agglomération semble en effet avoir existé avant l’an mille, mais son véritable essor date de la seconde moitié du xie siècle, lorsque la seigneurie tombe dans l’orbite d’un puissant féodal, le comte Étienne. Lié à la famille ducale par son père, il va peu à peu contrôler de vastes territoires, dont le comté de Lamballe, le pays de Saint-Brieuc, le Trégor. En héritage de ses frères Alain Rufus et Alain le Noir, il reçoit également l’Honneur de Richmont, une des seigneuries les plus étendues d’Angleterre, sources de revenus très importants. Étienne figure donc parmi les grands aristocrates européens de son époque. Attaché à Guingamp, dont sa femme Havoise serait originaire, il va développer la cité, entreprenant la construction d’une vaste motte féodale. La fouille de cette dernière a livré des éléments de mobilier luxueux qui, selon l’archéologue Laurent Beuchet, “proviennent de Normandie et d’Ile-de-France, ce qui laisse supposer des relations fréquentes avec les élites des mondes anglo-normand et franc.”

C’est peut-être Étienne qui engage la construction d’une première enceinte urbaine, à l’intérieur de laquelle se développe l’agglomération. Des moulins sont aussi édifiés sur le Trieux. Étienne autorise et finance également la réalisation de sanctuaires extra-muros (Sainte-Croix, Saint-Sauveur, Saint-Léonard) qui ont été à l’origine de nouveaux quartiers et faubourgs. Situé à une vingtaine de kilomètres au nord, Pontrieux devient l’avant-port de la cité, par où transite le trafic maritime. En quelques décennies, Guingamp devient aussi un centre de pouvoir. Le comte Étienne y installe ainsi son atelier de frappe monétaire. “Ville prospère durant le Moyen Âge, écrit l’historien Hervé Le Goff, lorsque la présence d’un château attirait et protégeait l’économie, elle a su utiliser au mieux les ressources de son énergie naturelle, la rivière du Trieux en particulier, pour développer trois industries primordiales de cette période : les farines, le drap et le cuir. Sa bourgeoisie d’affaires et ses commerçants n’avaient alors rien à envier à ceux des autres villes de Bretagne.”

À la fin du xiie siècle, un nouveau château est construit. Guingamp devient ensuite l’une des principales villes de l’apanage de Penthièvre, une vaste principauté créée au début du xive siècle et qui s’étend sur la majeure partie du nord de la Bretagne. La cité sera d’ailleurs mise à rude épreuve durant la guerre de Succession de Bretagne (1341-1364), pendant laquelle elle est l’une des résidences favorites de Charles de Blois, l’un des prétendants au duché de Bretagne et l’époux de Jeanne de Penthièvre. C’est de cette période que datent les premières libertés communales. La cité les obtient bien avant la plupart des autres villes du duché dont Guingamp peut être alors considéré comme l’une des capitales. Grâce à ces droits, la communauté des bourgeois dispose des revenus et du droit de justice. C’est elle qui se réunit pour décider des travaux importants comme, par exemple, l’édification d’une solide muraille de pierre.

Fidèle aux Penthièvre jusqu’en 1420, la ville et son pays passent ensuite dans l’orbite ducale. Le comté est ainsi attribué à Pierre, fils du duc Jean V, qui deviendra lui-même duc de Bretagne sous le nom de Pierre II. Même si ce dernier n’a sans doute guère résidé à Guingamp, c’est probablement lui qui a lancé la construction du troisième château, dont les puissantes murailles dominent toujours le Trieux, malgré une destruction partielle ordonnée par Richelieu au début du xviie siècle. Cette citadelle a été édifiée pour faire face au développement de l’artillerie à poudre au xve siècle et aux menaces du royaume de France contre l’indépendance bretonne. La décennie 1480 sera d’ailleurs terrible pour la cité. En 1483, la peste ravage la population. Puis, en 1487 et 1488, Guingamp est assiégée par les troupes françaises, commandée par le vicomte de Rohan. Malgré la résistance des milices locales, la ville est prise et pillée. Une gwerz célèbre, Seisiz Gwengamp raconte cet épisode (voir ArMen n°143).


(cliché Alessandrini)


La ville aura du mal à se relever de cette série d’épreuves, et les siècles qui suivent seront moins cléments. Pour preuve, elle comptait plus d’habitants en 1480 qu’en 1789. Si elle ne joue plus guère de rôle politique, Guingamp demeure cependant un carrefour commercial, située au cœur d’une région agricole et de production de toiles. Dans sa périphérie, Grâces est ainsi un important centre de production de toiles de lin et de chanvre, des produits qui font alors la richesse de la Bretagne. Sous l’Ancien Régime, Guingamp devient aussi une ville de garnison, stratégiquement située entre Brest et Rennes. Les rapports entre les habitants et la soldatesque sont souvent tendus ; en atteste le nombre d’affaires judiciaires impliquant des soudards aux xviie et xviiie siècles.

Guingamp subit les contrecoups de la création des départements en 1789. Dans le grand marchandage qui précède la création de ces nouvelles entités administratives, ses élites ne parviennent qu’à arracher le rang de chef-lieu d’arrondissement, puis de sous-préfecture. C’est Saint-Brieuc qui devient le centre du département des Côtes-du-Nord. Une situation qui va contribuer à marginaliser encore plus la ville. “La Révolution, souligne cependant Hervé Le Goff, ne venait que renforcer une tendance séculaire. Elle traduisit dans les faits l’incapacité structurelle de la ville à entrer dans la modernité.”

 

Un patrimoine remarquable

De ce passé, Guingamp conserve un patrimoine exceptionnel, même si les édiles locales n’ont pas eu toujours conscience de cette richesse. C’est ainsi qu’une bonne partie des remparts médiévaux a été abattue à la fin du xixe siècle. Il en reste cependant encore quelques tronçons, ainsi que l’enceinte du château ducal. La basilique constitue un autre monument d’importance. Construite entre le xiie et le xvie siècle, cet édifice religieux est d’autant plus intéressant qu’il constitue un étonnant mélange architectural, avec des parties romanes, gothiques et Renaissance. La ville de Guingamp abrite aussi plusieurs sanctuaires, comme l’ancien couvent des Ursulines, aujourd’hui réhabilité pour abriter la communauté de communes et les bureaux du pays de Guingamp, où la très belle chapelle romane Saint-Léonard qui domine la ville.

Par son prestige, la basilique a servi d’école d’architecture dans tous les environs. Son triforium comportant des croix de saint André a probablement influencé les constructions à pan de bois, dont Guingamp conserve quelques beaux exemples sur la place du centre (lire l’article de Daniel Leloup dans ArMen n°130). Cette place a été aménagée en forme de médaillon Louis xv. Au xviiie siècle, en effet, les autorités de la ville se sont lancées dans une vaste opération d’urbanisme pour transformer la cité suivant les goûts de l’époque. Plusieurs édifices aux façades classiques ont alors été édifiés à côté des bâtisses médiévales. La Plomée, une curieuse fontaine de plomb datant de la Renaissance et devenue le symbole de la ville, a alors été installée en haut de la place. Ornée de symboles ésotériques, elle a été restaurée il y a quelques années et elle a retrouvé tout son lustre.

Guingamp conserve également un patrimoine plus récent, mais tout aussi digne d’intérêt avec notamment sa prison de type pennsylvanien. Édifiée vers 1840 autour d’une grande cour centrale, elle proposait des cellules individuelles, une nouveauté pour l’époque au point que certains Guingampais se sont alors plaints que les voleurs étaient plus confortablement traités que les honnêtes gens… Désaffectée au début du xxe siècle, cette prison occupe une place particulière dans la mémoire collective. En effet, les Allemands l’ont réutilisée durant la Seconde Guerre mondiale. De nombreux résistants y ont été emprisonnés, avant d’être exécutés ou déportés. Dans certaines cellules, on distingue encore leurs graffitis. Laissé à l’abandon, cet édifice unique en Bretagne menaçait de tomber en ruine après l’effondrement d’une partie du mur d’enceinte et d’un incendie. Des fonds ont été débloqués. “Une première tranche de travaux a débuté pour mettre hors d’eau les bâtiments, indique Mona Bras, adjointe en charge du patrimoine. Nous travaillons à monter un projet de Centre d’interprétation de l’architecture et du patrimoine dans le pays de Guingamp. Il sera un outil au service de ceux qui veulent restaurer et mettre en valeur le patrimoine, et surtout, nous pourrons ouvrir les bâtiments de la prison au public.”

Les élus de tout bord s’accordent sur les difficultés pour une agglomération comme Guingamp à trouver les financements adéquats afin de mettre en valeur des monuments comme le château médiéval ou la prison. D’autant que la ville possède un troisième édifice remarquable, le château des Salles, pour lequel divers projets ont été montés mais n’ont pas abouti. Cette demeure, de style Renaissance et conservant des décors peints des xvie et xviie siècles, est aujourd’hui inoccupé et se dégrade. La municipalité envisage donc de la céder, peut-être à autre institution guingampaise, l’En-Avant de Guingamp (eag) qui y installerait son siège et son centre de formation. Néanmoins, une partie de l’important parc attenant devrait être ouvert au public, notamment la zone des rives du Trieux. Sa mise en valeur complétera le circuit récemment aménagé sur d’autres berges de la rivière et qui offre une promenade exceptionnelle au cœur de la ville.

 

Des services menacés

De son passé, Guingamp conserve également un certain nombre de services, remontant à des périodes lointaines et qui ont structuré sa géographie et sa sociologie. C’est ainsi que le premier hôpital de la ville aurait été construit par Charles de Blois dès le xive siècle. Au xviie siècle, un nouveau bâtiment est édifié. Il sert désormais de mairie. L’hôpital actuel a été construit sur des terrains acquis à la municipalité de Pabu. Menacé dans les années 1990 comme nombre d’établissements de villes moyennes, il pensait avoir trouvé un salut durable par un accord avec le secteur privé. Les deux cliniques de la ville ont en effet fusionné et se sont installées dans son enceinte. Salué à l’époque par les autorités de tutelle, cet accord ne semble plus suffisant aujourd’hui. La clinique va fermer et l’hôpital de Guingamp est désormais menacé par un projet d’hôpital privé à Plérin, situé à l’ouest de l’agglomération briochine et à une vingtaine de minutes de Guingamp par la voie express. “Nous travaillons activement au maintien d’un pôle santé à Guingamp, explique la maire de Guingamp, Annie Le Houérou. Cela concerne les bâtiments, mais également les compétences des personnels afin de maintenir une véritable qualité de soins. Il en va de l’équilibre des territoires. On ne peut pas tout concentrer dans des grands pôles régionaux, il faut aussi maintenir des structures de proximité.”

L’hôpital n’est pas le seul service public menacé. Centre judiciaire depuis le Moyen Âge - saint Yves le patron de la Bretagne y a exercé ses talents d’avocat -, Guingamp avait obtenu un tribunal de grande instance qui traitait les affaires judiciaires de tout l’ouest du département des Côtes-d’Armor. Malgré un nombre substantiel d’affaires traitées et une certaine facilité d’accès pour les justiciables, ce tribunal a été supprimé lors de la réforme de la carte judiciaire impulsée par Rachida Dati en 2007. Cette décision prise sans réelle concertation a bien évidemment scandalisé les professionnels du droit, comme les politiques et une partie de la population. “Tout n’est pas perdu, insiste Annie Le Houérou. Il y a un contentieux en cours. Comme sur d’autres dossiers, nous allons continuer à nous battre pour maintenir des équipements qui permettent aux gens de vivre sur ce territoire.” Il est vrai que la réforme a eu des conséquences parfois absurdes : le tribunal de Saint-Brieuc étant totalement saturé par l’afflux d’affaires en provenance des tribunaux supprimés, une partie de son activité a dû être délocalisée à Guingamp…

La gare de Guingamp accueille près d’un demi-million de voyageurs par an, ce qui en fait la deuxième du département en termes de fréquentation. Elle draine en effet des usagers de tout le Trégor et du centre Bretagne. Pourtant, avec le projet de nouvelle ligne à grande vitesse, entre Brest et Paris, les arrêts du tgv seraient remis en cause. “Nous sommes vigilants, indique Annie Le Houérou. Nous avons également le projet de rendre la gare plus attractive, particulièrement en repensant le plan de circulation automobile pour la rapprocher du centre-ville.” Malgré ces menaces, Guingamp sait aussi tirer son épingle du jeu et de sa centralité en Bretagne. “C’est une ville jeune, souligne Jacques Malpart, rédacteur-en-chef adjoint à l’Écho de l’Armor et de l’Argoat. Elle compte près de cinq mille scolaires, dont un millier d’étudiants. Cela influe sur l’économie et le dynamisme de la ville.” Les deux lycées, Pavie et Notre-Dame, attirent en effet des jeunes de toute la région. Ils proposent également des formations supérieures de type bts. Depuis le début des années 1990, Guingamp accueille également plusieurs centaines d’étudiants dans l’antenne de l’université catholique de l’Ouest (uco), installée dans les anciens bâtiments de l’ancienne caserne. Celle-ci était bien connue en basse Bretagne puisque, après guerre, elle a longtemps accueilli un centre de sélection du service militaire où des milliers de jeunes Bretons ont effectué les fameux “trois jours”. Outre des cursus généraux, l’uco propose des formations spécialisées dans l’agroalimentaire, l’un des principaux secteurs d’activités du secteur de Guingamp.

 

Des crises et des rebonds

Bien que située dans un pays encore très rural, Guingamp peut également se prévaloir d’une longue tradition ouvrière, marquée par le développement d’industries comme les usines d’armements Tanevez. Élu maire en 1961, le centriste Édouard Ollivro a été l’un des acteurs du Comité d’études et de liaisons des intérêts bretons (Celib) qui a œuvré pour le développement économique de la Bretagne grâce à des décentralisations industrielles. Comme le reste du Trégor (lire ArMen n°124), Guingamp a bénéficié de l’implantation d’entreprises d’électronique avec notamment l’arrivée de l’usine aouip, qui fabriquait des téléphones. Elle a embauché jusqu'à mille quatre cents personnes dans les années 1970, représentant un poids énorme dans le tissu économique d’une agglomération qui a alors atteint les vingt mille habitants. Mais, dans les années 1980, Alcatel reprend l’usine, réduit l’activité puis se sépare au bout de quelques années du site. Les plans sociaux succèdent aux manifestations, les débrayages aux occupations d’usine. “C’était une période sombre, déprimante, se souvient Jacques Malpart, arrivé à l’Écho en 1982. Beaucoup de gens se sont retrouvés au chômage, il n’y avait plus d’argent, les commerces fermaient. L’immobilier s’est aussi effondré. La ville a mis du temps à se relever.”

La situation était d’autant plus déprimante que les chiffres et les statistiques concernant Guingamp étaient très négatifs. Ils le sont longtemps restés, particulièrement en termes de chômage et de précarité, donnant l’image d’une ville paupérisée ce qui n’a guère attiré les investisseurs. S’il est vrai que Guingamp doit faire face à d’importants problèmes sociaux, ces chiffres s’expliquent également par la géographie de la ville et l’héritage d’un lointain passé. En effet, la surface de Guingamp se limite à trois cent quarante hectares, alors que la zone urbaine déborde largement hors des limites communales. La ville centre totalise 8000 habitants, mais son agglomération s’établit à 22000 habitants. Malgré la création d’une communauté de communes, les élus des différentes entités ne sont jamais parvenus à faire un “grand Guingamp”, à l’image de ce qui s’est fait à Lannion. Or, jusqu’à présent, Guingamp a concentré l’essentiel des logements sociaux qui ont représenté jusqu’à un tiers du parc immobilier. De surcroît, ils étaient essentiellement répartis sur deux quartiers, Roudourou et Castel-Pic, édifiés dans les années 1960. “Ces logements ont été construits au plus mauvais moment en terme de qualité architecturale et environnementale, souligne Annie Le Houérou. Un important plan de rénovation urbaine vient d’être lancé, la situation devrait évoluer dans les années qui viennent. Certains de ces bâtiments seront détruits et d’autres, de taille plus petite, seront construits dans toute l’agglomération afin de développer la mixité sociale.”

Pour se relever dans les années 1980, la ville s’est donc appuyée sur l’industrie agroalimentaire, même si, dans ce secteur, les salaires restent bas. “C’était un axe de développement logique, note Thierry Burlot, président du pays de Guingamp. Nous sommes une région agricole et nous avons tout à gagner à produire de la valeur ajoutée ici.” “Avec la croissance de la demande alimentaire mondiale, on s’aperçoit que l’agroalimentaire est un facteur de création de richesses très important, estime le géographe d’origine guingampaise Jean Ollivro. Guingamp et son pays ont eu raison de miser sur ce secteur. Il faut désormais travailler à diversifier et valoriser les productions d’ici, comme, par exemple, en investissant dans la production d’énergie. Le pays de Guingamp peut être pionnier en matière de recherche et développement agricole.”

Des zones d’activités ont été créées, notamment en bordure de la voie express Brest-Rennes, un des atouts de Guingamp. Des usines comme Farmer (groupe Glon), Unicopa, Beef Armor se sont installées. Des emplois ont également été créés pour la maintenance. Sans compter, bien sûr, le groupe Le Graet qui emploie plusieurs dizaines de salariés sur différents sites dans le pays de Guingamp et qui a établi son siège social sur les bords du Trieux. Il a été fondé et développé par l’une des personnalités qui ont le plus marqué Guingamp durant la période contemporaine, Noël Le Graet. Ce self-made-man a basé son groupe sur l’agroalimentaire et commercialise des produits surgelés et des aliments pour animaux. Il s’est surtout fait connaître grâce au football. En tant que président de l’En-Avant de Guingamp (Lire ArMen n°2), il a accompagné ce dernier dans son ascension des exploits en coupe de France dans les années 1970 à la professionnalisation dans les années 1980. Devenu président de la Ligue française de football, il a suivi de près les exploits de l’eag dans les années 1990 : montée en ligue 1, finale de coupe de France, participation à la coupe d’Europe. Il a également été maire de Guingamp de 1995 à 2008, et il garde un œil attentif sur les affaires de la cité. Son influence reste grande et ses partisans comme ses opposants reconnaissent sa capacité de travail et son attachement au pays. Noël Le Graet est aujourd’hui redevenu président de l’eag.

Guingamp entretient pourtant une relation complexe avec le football. “Les succès de l’équipe ont été très importants pour remonter la pente dans les années 1980, souligne Jacques Malpart. S’il n’y avait pas eu le foot, quelque chose d’autre aurait sans doute émergé, mais cela n’aurait peut-être pas eu la même efficacité pour faire connaître la ville.” Le club a fait une énorme publicité à la ville, connue dans l’Hexagone et au-delà grâce aux exploits de la génération dorée des années 1990, celle des Carnot, Guivarc’h, Roussel et de son joueur emblématique, Coco Michel, aujourd’hui à la direction technique du club. Au fil des ans, le stade du Roudourou s’est peu à peu transformé en enceinte moderne d’une vingtaine de milliers de places. Comme en Grande-Bretagne, il est aussi devenu un lieu de rencontres pour les entreprises et bien des affaires se traitent dans ses travées. Depuis quelques années, l’équipe peine cependant en ligue 2 et, même si l’attachement à l’eag ne se dément pas, certaines voix n’hésitent pas à se faire critiques et à dénoncer une certaine “monoculture”. Dans une ville où les revenus restent modestes, le monde du football et les sommes d’argent qui y sont brassées, dérangent aussi parfois.

 

Une forte identité bretonne

Mais le football n’est évidemment pas le seul élément constitutif de l’identité guingampaise. La ville dispose d’une médiathèque moderne, d’un petit théâtre et, surtout, d’un riche tissu associatif. Guingamp est aussi un vivier de musiciens, et le succès de la fête de la musique – qui dure ici tout un week-end – en témoigne. “Il manque une salle dédiée aux musiques actuelles, mais nous avons différents projets, souligne Annie Le Houérou. Cela étant la ville de Guingamp ne peut répondre seule aux demandes du public. Il est nécessaire de monter des projets à l’échelle du pays.”

Dans une région, restée très bretonnante, la vitalité de la culture bretonne est une réalité dans l’agglomération de Guingamp. L’enseignement en breton est ainsi assuré dans les trois filières jusqu’à la fin du collège. “Il faut espérer que l’inscription des langues régionales au titre du patrimoine dans la Constitution française, estime Mona Bras, va couper l’herbe sous le pied aux derniers opposants au breton et nous permettre d’accorder les subventions que nous souhaitons en faveur des actions pour la langue.” La ville va bientôt signer le premier niveau de la charte Ya d’ar brezhoneg. “Nous allons mettre en place une nouvelle signalétique en breton, indique Annie le Houérou. Les plaques de rues seront bilingues, ainsi que certains documents comme les livrets de famille.” Preuve du consensus autour de la langue, des élus de la majorité comme de l’opposition se sont proposés pour célébrer des mariages en breton. La ville possède également un bagad en première catégorie et s’est fait connaître grâce au festival de la Saint-Loup, qui voit les meilleurs cercles celtiques s’affronter (lire ArMen n°147). Enfin, au mois de novembre, le festival Digor propose des animations autour de la culture bretonne (concerts, festoù-noz, théâtre, rencontres) dans tout le pays de Guingamp.

“La culture, particulièrement dans sa dimension bretonne, est un atout pour Guingamp et peut contribuer à un retournement positif de l’image de la ville, estime Jean Ollivro. Elle permet de renforcer le lien social et à la qualité de vie.” Malgré ce qu’il considère comme “un abandon actuel des territoires par l’État”, l’avenir est, selon lui, aux villes moyennes dont la densité est une spécificité bretonne. “Guingamp est une ville durable dans le sens où il y a un certain nombre de services facilement accessibles pour toutes les populations. Elle est adaptée à l’espace de vie de la population à condition que celle-ci se mobilise pour se prendre en charge.” Ville carrefour depuis le Moyen Âge, disposant d’un patrimoine rare et d’une identité propre, s’appuyant sur des spécificités économiques fortes, Guingamp dispose donc d’atouts pour se développer et contribuer, ainsi, à une certaine idée de l’aménagement du territoire breton.

 (cliché tangi Bertin) 

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