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Histoires de Bretagne

Un blog d'Erwan Chartier-Le Floch

1865. Le premier Paris-Brest

Publié le 1 Octobre 2009 in Histoire de Bretagne

Il y a cent cinquante ans, le train arrivait à Rennes avant de pousser, la décennie suivante, jusqu'à la pointe Bretagne et d'irriguer toute la péninsule. Symbole de modernité, ce nouveau moyen de transport a profondément transformé la Bretagne.





Le chemin de fer demeure l'un des grands symboles de la révolution industrielle du XIXe siècle. Il a bouleversé les façons de voyager. Il a permis de transporter – rapidement et sur de longues distances – des hommes et des marchandises. Des régions autrefois lointaines se sont retrouvées accessibles.

 

Nouvel âge du Fer

L'invention du train résulte directement des découvertes du français Papin sur l'utilisation de la vapeur comme source d'énergie pour un moteur. La première locomotive à vapeur a été inventée par un ingénieur de Cornouailles britannique, Richard Trevithick qui l'a testée pour la première fois à Pennydarren, au pays de Galles, en 1804. Trop lourd, ce prototype s'est révélé un échec économique. D'autres ingénieurs britanniques ont persévéré, travaillant à alléger les machines et optimiser les rails. En 1825, la première ligne ferroviaire est mise en service, en Angleterre, entre Stockton et Darlington. En Alsace, une ligne est construite entre Mulhouse et Thann, en 1839. Dans les décennies qui suivent, des milliers de kilomètres de rails sont posés dans le monde entier.

En France, les débats sont vifs sous la Monarchie de juillet. L'homme fort du régime, Adolphe Thiers, considère le train comme « un amusement de savants »… À l'Assemblée, on se querelle sur le choix des futures lignes, les gouvernants ayant une préférence pour une ligne unique, allant de Lille à Marseille en passant bien évidemment par Paris. Un projet qui exclut les régions de l'ouest et de l'est…

 

Le rôle de Glais-Bizoin

Issu d'une famille de négociants en toiles de la région de Loudéac, Alexandre Glais-Bizoin fait partie de ces personnages aujourd'hui quelque peu oubliés, mais qui ont joué un rôle déterminant dans l'histoire de Bretagne. Il a en effet grandement contribué à l'arrivée du train jusqu'à la pointe Bretagne et donc au développement de la péninsule. Élu député des Côtes-du-Nord sous quatre régimes différents, de 1831 à 1870, il a été le promoteur de l'instauration du timbre postal à tarif unique en 1848 et de différentes mesures à caractère social. Dès les années 1830, il se passionne pour le chemin de fer.

En 1842, après bien des projets, une première loi est discutée pour la construction de lignes partant de Paris. Finalement, la Bretagne n'est pas oubliée, puisque le principe d'une ligne allant de Paris à Nantes, via Tours, est adopté. Mais elle ne concerne que le sud de la péninsule. Glais-Bizoin dépose donc un amendement « pour une ligne sur l'Océan, via Versailles, Rennes et Brest ». Il doit batailler ferme, notamment contre le rapporteur de la loi, Jules Dufaure, qui estime que les Bretons peuvent se contenter des canaux et des routes royales.

 

D'abord Paris-Rennes

Après bien des réticences vaincues grâce à l'activisme de Glais-Bizoin et d'autres parlementaires bretons, des études sont menées, en 1844, pour la construction d'une ligne entre Rennes et Paris. Il faudra cependant attendre le Second empire pour que les travaux soient menés à bien. Le train arrive en effet à Nantes en 1851, puis à Rennes en 1857. L'année suivante, l'empereur vient l'inaugurer au terme d'un voyage dans la péninsule resté fameux. Le régime impérial se sert du rail comme vitrine et comme moyen de propagande dans une région qu'il sait relativement rétive et travaillée par l'opposition monarchiste.

À l’époque, les élites bretonnes se félicitent cependant de l'arrivée du chemin de fer, d'autant que le principe d'un prolongement à l'ouest, vers Brest et Quimper, a été adopté. On vante les avantages stratégiques et militaires de pouvoir relier rapidement les grands arsenaux de Brest et Lorient. On souligne l'intérêt économique de pouvoir envoyer massivement les produits agricoles bretons vers l'est. À Paris, on est plus circonspect quant à l'utilité et au coût d'un tel projet. Certains soulignent cependant les vertus du train pour l'unification du territoire français avec des accents presque coloniaux concernant la Bretagne : « C'est de Laval qu'est parti le premier train à grande vitesse, dont le passage dans cette contrée classique de la superstition et de la sainte ignorance va introduire les usages et les habitudes qui doivent faire bientôt rentrer la Bretagne dans le concert de notre civilisation », peut-on lire dans l'Illustration en 1857.

 

Puis Paris-Brest

Les travaux pour l'extension du chemin de fer vers l'ouest débutent à la fin des années 1850. Après un intense lobbying des villes littorales comme Saint-Brieuc, le principe d'une voie centrale a été écarté au profit de deux lignes distinctes : Rennes-Brest et Nantes-Quimper. Il faut construire d'imposants ouvrages d'art, comme la Méaugon, près de Saint-Brieuc ou l'impressionnant viaduc de Morlaix, qui domine la ville à plus de soixante mètres de hauteur. Le train arrive en 1863 à Quimper et Guingamp. Les temps de parcours sont considérablement raccourcis. On rejoint désormais la capitale de Cornouaille depuis Paris en moins d'une journée de train, contre plusieurs jours par la route. En 1865, Brest est enfin desservi.

Le financement est assuré par des fonds privés et publics. À l’époque, ce sont en effet des compagnies privées qui exploitent les lignes de chemin de fer et, en Bretagne, la Compagnie de l'Ouest s'est vue attribuer l'exploitation du Paris-Rennes-Brest, la Compagnie d'Orléans celle du Paris-Nantes-Quimper. Le schéma ferroviaire actuel est en grande partie hérité de cette époque et explique l'absence de ligne directe entre Rennes et Nantes, le Rennes-Quimper actuel devant toujours passer par Redon, une ligne mise en service en 1872.

 

Mémoire ferroviaire à Langueux

Si le rail continue d'avoir un bel avenir en Bretagne, il a aussi une longue mémoire que sont venus mettre en valeur plusieurs projets, comme le vapeur du Trieux, qui circule l'été entre Paimpol et Pontrieux ou le musée du train à Dinan. À Langueux, près de Saint-Brieuc, la dynamique association des chemins de fer des Côtes-du-Nord entend faire revivre ce réseau départemental à voie métrique, arrêté en 1956. Des bénévoles ont restauré des wagons et des locomotives anciennes. Un projet de musée, avec une reconstitution de gare, est en cours. À terme, l'association ambitionne de remettre en service la ligne entre Langueux et Cesson, offrant un point de vue fantastique sur la baie de Saint-Brieuc, durant les trois kilomètres du trajet.

Renseignement : association des chemins de fer des Côtes-du-Nord, 7, rue de la Briqueterie, Boutdeville 22360 Langueux. Tél. 02 96 72 75 88.

 

Pour en savoir plus :

Collectif, Toute l'histoire de Bretagne, Skol Vreizh, Morlaix, 2007.

René Huguen, Glais-Bizoin et le grand dossier du chemin de fer, autoédition, 2007, consultable à la bibliothèque municipale de Saint-Brieuc.

 

Commenter cet article

l le bniha 20/02/2017 20:59

texte magnifique de sobriété

Thierry MADEG 06/03/2010 00:00


Le gâteau mentionné, en forme de roue de vélo, est plutôt lié à la course cycliste Paris-Brest qui était très célèbre au début du 20ème siècle.


segorg 01/10/2009 14:33


Pourriez-vous nous expliquer si le nom du gâteau portant le même nom est lié à la création de la ligne de chemin de fer ?
Merci