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Histoires de Bretagne

Un blog d'Erwan Chartier-Le Floch

56 avant J.C. La guerre des Gaules en Armorique

Publié le 26 Février 2011 par ECLF in Histoire de Bretagne

 

L’Armorique n’a pas été épargnée par les opérations militaires lors de la guerre des Gaules, menée par César, de 58 à 52 avant J.C. En quelques mois, non sans difficultés, les Romains sont parvenus à soumettre les Gaulois de l’ouest atlantique, grâce notamment à une bataille navale dont la localisation reste mystérieuse.

 

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En 58 avant Jésus-Christ, les légions romaines interviennent en Gaule pour arrêter une invasion des Helvètes. Elles sont commandées par un général ambitieux, Jules César. Ce qui ne devait être qu’une opération militaire limitée se transforme en guerre de conquête qui va durer six ans. En 57 avant J.C, les premières troupes romaines font leur apparition en Armorique, une vaste portion du littoral atlantique allant de la gironde à la Seine. La VIIIe légion, commandée par Publius Crassus, traverse la Normandie et l’est de la Bretagne actuelle, avant d’aller passer l’hiver dans la tribu des Andes, en Anjou.

Les Armoricains semblent avoir peu apprécié cette intrusion. Dans plusieurs tribus, des soldats romains chargés de se procurer des vivres et du fourrage, sont faits prisonniers. Publius Crassus envoie des ambassadeurs. Ils sont retenus, notamment chez les Vénètes que César décrit comme le « peuple le plus puissant de toute cette côte maritime ».

 

Les peuples de la mer

Les Vénètes et les Armoricains ont développé une longue tradition maritime, avec de puissants vaisseaux qui parcourent l’océan atlantique et la Manche. Ils contrôlent une partie du commerce avec les Îles britanniques, riches en minerais et sur lesquelles les Romains ont des vues. Il n’est d’ailleurs pas à exclure que l’affrontement entre Romains et Armoricains ait été dicté par des raisons économiques. L’historien et géographe antique, Strabon, écrit en effet que : « les Vénètes […] livrèrent une bataille navale dans le dessein de l’empêcher [César] de passer avec ses navires en Bretagne, cette île leur servant de marché. »

Réagissant aux prises en otage de ses soldats, César décide d’intervenir en 56 avant J.C. pour soumettre les Armoricains. Il va intervenir sur trois fronts. Au nord, trois légions combattent les Unelli, les Coriosolites et les Riedones. Au sud, il commande lui-même deux légions pour venir à bout des Vénètes, des Namnètes et sans doute des Osismes. Ces derniers occupaient un vaste territoire couvrant tout l’ouest de l’actuelle Bretagne. Enfin, pour combattre sur mer, César fait construire une flotte de guerre, probablement dans l’estuaire de la Loire. Il en confie le commandement à Decimus Brutus.

 

Les forteresses gauloises

Les Romains semblent avoir éprouvé de grandes difficultés à assiéger les forteresses gauloises. « Les villes des Vénètes, bâties dans des lieux fortifiés par la nature, étaient inaccessibles : l’Océan qui les baignait presque toutes, et dont les eaux montent et s’abaissent tour à tour, en rendait l’attaque impossible pour les troupes de terre et même pour les vaisseaux, au moment du reflux ou lorsque les flots vont se briser sur le rivage », écrit l’historien Dion Cassius. Lorsque les forteresses étaient sur le point de tomber, les Vénètes les évacuaient par mer, sans que les Romains puissent l’empêcher.

 

Une flotte puissante

Au début des hostilités, les Armoricains disposent d’un avantage tactique grâce à leurs navires. Il leur permet de défier l’impressionnante machine de guerre terrestre que constituent les légions romaines. Les navires vénètes sont en effet plus puissants que ceux des Romains, habitués à naviguer en Méditerranée. « Nos vaisseaux étaient légèrement construits et pouvaient naviguer avec célérité […], tandis que ceux des Barbares, que la fréquentation de la marée exposait souvent à sec et qui devaient être en état de supporter le reflux, étaient beaucoup plus grands et beaucoup plus lourds », explique Dion Cassius.

Les Vénètes ont donc l’avantage sur mer jusqu’à ce que la flotte construite par César n’entre en action lors d’une grande bataille navale. On ignore sa localisation précise, mais la tradition populaire veut qu’elle ait eu lieu à l’entrée du golfe du Morbihan. Sur la presqu’île de Rhuys, un tumulus est appelé la « butte de César », une légende affirmant que c’est là que le général romain aurait suivi les opérations navales.

 

Défaite gauloise

En apercevant les frêles navires romains, les Vénètes décident d’attaquer. Jules César écrit que « les nôtres, avec leurs éperons, ne pouvaient entamer des masses aussi solides et leur hauteur les mettait à l’abri de nos traits. » Poussés par un vent fort, les Gaulois ont d’abord l’avantage et infligent des pertes aux Romains. Decimus Brutus envisage d’abandonner le combat. Mais, écrit Dion Cassius, « le vent tomba tout à coup, les flots se calmèrent, les navires des Barbares, loin d’être poussés avec la même rapidité par les rames, étaient en quelque sorte rendus immobiles par leur pesanteur. » Les Romains se ressaisissent. Leurs navires plus maniables encerclent les vaisseaux gaulois qu’ils incendient ou prennent à l’abordage.

Après plusieurs heures de combat, toute l’escadre gauloise que César estimait à deux cent vingt navires est anéantie. Une partie des guerriers gaulois se suicide ou se jette à l’eau. La bataille terminée, César ne fera preuve d’aucune mansuétude. Il fait mettre à mort les prisonniers de haut rang et fait vendre comme esclaves les autres. Il ordonne également de faire égorger les membres du sénat vénète et fait vendre à l’encan une partie de la noblesse. Les Armoricains semblent définitivement vaincus. Mais ils enverront encore vingt mille hommes à l’armée gauloise qui vient au secours de Vercingétorix, à Alésia. Là encore en vain…

 

Pour en savoir plus

César, la Guerre des Gaules, Les Belles Lettres, Paris, 2002.

Yves Menez, Stéphane Hingant, Vingt ans d’archéologie en Bretagne, Éditions Ouest-France, Rennes, 2010.

Collectif, Toute l’histoire de Bretagne, Skol Vreizh, Morlaix, 2006.

  

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