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Histoires de Bretagne

Un blog d'Erwan Chartier-Le Floch

Le manoir de Kerandraou

Publié le 19 Septembre 2011 par ECLF in Patrimoine

Situé entre Tréguier et la Roche-Derrien, Kerandraou, est l’un des plus vieux manoirs bretons et possède des éléments architecturaux exceptionnels. Un ambitieux projet de restauration et de mise en valeur ambitionne de lui redonner son aspect de la fin du xive siècle, tout en faisant un lieu de découverte de la Bretagne médiévale, grâce notamment aux nouvelles technologies.

 

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À quelques kilomètres du charmant village de Pouldouran, surplombant un bras du Jaudy, le manoir de Kerandraou est longtemps resté caché par les bois environnants. Seuls quelques érudits en connaissaient les richesses qui ont d’ailleurs bien failli disparaître lorsque l’ancien propriétaire a déposé, au début des années 2000, un permis de démolition. Il lui a été heureusement refusé et les Monuments historiques ont décidé de classer, en 2003, cet édifice exceptionnel. Archéologue à l’Inrap et médiéviste, Laurent Beuchet estime en effet que “c’est certainement l’un des plus beaux monuments médiévaux d’architecture civile de Bretagne.” Son rachat, en 2007, par Erven Prigent a permis de réveiller la belle endormie et d’engager un programme de mise en valeur et d’animation original.

Les nouveaux propriétaires ont d’abord entrepris de remettre en état les abords du manoir. Une partie des bois qui le bordait a été abattue et le manoir est désormais bien visible. Une portion d’une antique voie, dite “chemin de saint Yves” a été dégagée. Autrefois, elle menait à Tréguier, dont on aperçoit les flèches de la cathédrale depuis Kerandraou. Elle permet également d’accéder à des bassins à lin, récemment restaurés et situés en contrebas, sur le Jaudy. L’un des deux colombiers du manoir, situé près d’un ancien mur de clôture, est désormais accessible. Plus important, l’édifice est, depuis l’été 2010, accessible au public et un régisseur, Julien Le Rumeur, a été recruté pour accueillir les visiteurs et développer les projets d’animations.

 

Un proche du duc Jean IV

Le manoir de Kerandraou a été daté, par dendrochronologie, des années 1390. Il a été construit par Henry Phelippes, un cadet de la famille de Coëtgoureden. Ce personnage avait d’abord pris parti pour Charles de Blois, pendant la guerre de Succession, avant de faire allégeance au vainqueur, le duc Jean IV. Il a ensuite fait preuve d’une fidélité à géométrie variable. Car la mort de Charles de Blois n’a pas totalement apaisé la situation. De fréquents conflits opposent les partisans des Montfort et des Penthièvre – alliés au connétable Olivier de Clisson – durant toute la fin du xive siècle. Ces tensions sont particulièrement vives dans le Trégor, une zone longtemps acquise à Charles de Blois et où sa veuve, Jeanne de Penthièvre, conserve de forts appuis dans la noblesse locale. Henry Phelippes semble avoir adopté une attitude équivoque entre les deux camps, conseillant alternativement le duc Jean IV et Jeanne de Penthièvre. Or, on sait qu’un violent conflit oppose Jean IV à Olivier de Clisson en 1394, le duc prenant et brûlant plusieurs châteaux trégorrois, dont la Roche-Derrien et Clisson, en représailles, dévastant également plusieurs places fortes. Il est donc probable que l’imposant logis-porche que l’on peut voir actuellement à Kerandraou ait été construit à partir de 1395, après la fin des hostilités. “Le fait qu’on retrouve des cendres dans les latrines et à la base des murs, explique Julien Le Rumeur, laisse à penser que Kerandraou a été pris et pillé en 1394, sans que l’on sache exactement par qui, car on ne sait pas qui soutenait Henry Phelippes à l’époque. Ce dernier a ensuite pu reconstruire son manoir sur l’emplacement du logis primitif, ce qui était une chose fréquente à l’époque.”

Une chose est certaine, Henry Phelippes était un puissant aristocrate, en témoigne le nombre de fondations qu’il a effectuées dans les églises environnantes ainsi que dans la cathédrale de Tréguier. Sa résidence de Kerandraou reflète également sa puissance. Le bâtiment actuel, un logis-porte a donc une fonction ostentatoire. “D’autant, ajoute Julien Le Rumeur, qu’il existait un second logis, encore plus important, de l’autre côté de la cour. Il a été détruit au xxe siècle. Après une fouille, nous ambitionnons de le reconstruire à l’identique.”

 

Un projet culturel

Mais pour l’instant, les propriétaires se concentrent sur la restauration du logis-porche qui vaut à lui seul le déplacement pour son état exceptionnel de conservation. “Il n’y a eu que très peu de travaux après Henry Phelippes, note Julien Le Rumeur. Dès le xviie siècle, Kerandraou a été reconverti en exploitation agricole. Il a conservé son aspect initial.” La porte charretière du logis-porte a été conservée dans son état d’origine, comme de nombreuses boiseries qui datent du Moyen Âge. La chapelle privée, qui se situait au-dessus de la porte, possède encore une porte de sacristie sculptée de l’époque. Au début de l’hiver, des travaux de restauration ont été menés sur la toiture, la charpente. La maçonnerie va également être reprise. Deux parties détruites vont être reconstituées : la bretèche au-dessus de la porte d’entrée, le sommet de la tour d’escalier et le chemin de ronde, en bois, qui longeait ce logis, côté cour.

Les propriétaires ont acquis des meubles anciens. On peut voir à Kerandraou un étonnant “lit de saint Yves”, un lit-clos décoré datant de 1650, ainsi qu’un imposant coffre médiéval. Mais la société Britagnia, qui gère le domaine, a d’autres ambitions que de proposer la seule visite du manoir. “Nous voulons faire de Kerandraou, explique Julien Le Rumeur, un véritable lieu de découverte de l’histoire de Bretagne et de son passé médiéval. Nous allons proposer des expositions ponctuelles et des animations.” Des spectacles médiévaux sont régulièrement proposés. Plus original, des films en trois dimensions devraient être présentés. “Les spectateurs pourront revivre des épisodes marquants de l’histoire de ce manoir, comme des scènes de vie au Moyen Âge, ou l’assassinat du propriétaire Yves Le Gall, pendant la Révolution. Les chouans y sont en effet venus le tuer, puis ils ont mis le feu. On peut encore voir des traces de l’incendie.” Les 6 et 7 août prochains, un grand spectacle médiéval sera également joué, avec notamment des tournois de joutes, effectués par la compagnie Chevalerie initiatique, l’une des meilleures du genre. Ouvert pour l’instant sur rendez-vous, à partir de mai-juin les dimanches après-midi, puis tous les jours de juillet à septembre, outre son intérêt historique, le manoir de Kerandraou constitue aussi une invitation à parcourir le magnifique pays de Tréguier et les paysages uniques de l’estuaire du Jaudy. Plusieurs randonnées sont d’ailleurs programmées à partir du manoir.

Renseignements : manoir de Kerandraou, 22450 Troguéry. Tél. 06 32 79 90 41.

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BRUJAN 13/01/2015 11:25

bonjour MADAME ,
,j'ai été un de vos premiers abonnés à votre revue qui devait paraître ,vous m'aviez envoyé un courrier pour ceux qui comme moi qui voulait laisser notre versement ,d'abonnement .Aussi je suis surpris de ne plus avoir de vos nouvelles depuis fort longtemps ,je vous redonne mon adresse GEORGES BRUJAN 12 RUE DES KNUES 56350 SAINT JEAN LA POTERIE TEL 0963549030 ;je vous félicite pour le sauvetage de ce manoir qui va être d'une grande beauté une fois la restauration achevée .BRAVO .BIEN A VOUS .
G BRUJAN

Anne 20/03/2012 12:36

Bonjour,

avez vous des nouvelles des travaux qui devaient commencer en 2010?
Nous avons visité deux étés de suite le Manoir, sans avoir pu avoir constaté d' évolution.

De plus, où en est le magazine Britagnia?