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Histoires de Bretagne

Un blog d'Erwan Chartier-Le Floch

Les débuts du protestantisme en Bretagne

Publié le 2 Mars 2010 in Histoire de Bretagne

Vitré


Au XVIe siècle, comme dans toute l’Europe, des Bretons sont séduits par la religion réformée. Mais ces conversions ne touchent essentiellement que la noblesse et les troubles religieux y seront plus brefs que dans le reste de la France. C’est d’ailleurs en mettant fin à la guerre de la Ligue en Bretagne, en 1598, qu’Henri IV signe le fameux Edit de Nantes qui instaure la liberté religieuse.

Au début du XVIe siècle, un moine augustin d’origine allemande, Martin Luther, va changer la face de l’Europe. Il défie le pape en affirmant que la Bible est la seule source d’autorité religieuse, minant ainsi le pouvoir de la hierarchie catholique. En 1521, il est excommunié. Mais, protégé par le grand électeur de Saxe, il continue de prêcher, d’écrire et il effectue une première traduction de la bible en allemand. Il reproche aussi au pape d’avoir renoncé aux idéaux primitifs de l’église et condamne le système des indulgences (les fidèles pouvaient « acheter » leur salut éternel en faisant des dons à l’Eglise). Ses idées vont avoir un grand retentissement grâce à l’imprimerie qui vient d’être inventée. En quelques décennies, la religion qu’il a fondé se répand dans toutes l’Europe et provoque une forte réaction catholique. D’autant que des pays entier se convertissent, à l’instar de l’Angleterre après que le pape ait refusé de permettre au roi Henri VIII de divorcer. La seconde moitié du XVIe siècle va être marquée par de violents affrontements entre protestants et catholiques.

En Bretagne, des premiers troubles ont lieu dès 1534. A Morlaix, un jeune homme détruit une statue de la Vierge et à à Dinan, un prêtre est accusé d’avoir brisé un crucifix. Une dizaine de Bretons semblent également avoir rejoint Calvin à Genève, en 1558. Quelques gentilhommes ruraux, ainsi que des magistrats du Parlement de Bretagne semblent également être tenté par la nouvelle religion réformée.

 

Coligny en Bretagne

En 1558, l’une des grandes figures du protestantisme en France, l’amiral de Coligny, arrive en Bretagne pour inspecter les défenses côtières. Il en profite pour organiser une prêche dans le château de la Bretesche, près de Rennes, que possédait sa femme. De nombreuses familles nobles du bassin rennais en profitent pour proclamer leur adhésion au protestantisme. Peu à peu se constituent des foyers protestants à Rennes, Vitré, Nantes, Hennebont. Dans les années qui suivent, plusieurs prêches sont organisées en haute Bretagne, notamment à Blain dont les châtelains, Catherine de Partenay et René II de Rohan sont devenus de fervents réformés. A Vitré, Renée de Rieux fait de cette ville des Marches un bastion huguenot.

Si, jusqu’aux années 1570, le protestantisme se diffuse en Bretagne, il reste essentiellement cantonné à la haute Bretagne. L’historien du protestantisme breton, Jean-Yves Carluer, estime que : “la barrière linguistique représentée par la limite du breton n’aurait pu être franchie durablement que si les réformés avaient disposé de prédicateurs et de traducteurs en langue celtique, ce qui ne fut pas le cas, hormis quelques tentatives isolées.” Il est aussi isolé au niveau sociologique : les protestants se recrutent essentiellement dans la noblesse et la bourgeoisie urbaine. On compte également quelques commerçants britanniques, flamands ou néerlandais installés dans les ports de la Manche.

En fait, l’immense majorité de la population bretonne reste catholique et le protestantisme n’est pas perçu comme une menace réelle par le clergé. Les gouverneurs de Bretagne, de 1558 à 1572, observent une politique de relative neutralité. Alors que la royaume de France sombre dans la guerre civile, la situation reste calme en Bretagne, même si quelques escarmouches ont lieu après la Saint-Barthélémy. Les villes bretonnes refusent d’ailleurs l’ordre du gouverneur de massacrer les protestants comme à Paris. En 1577, un coup de main protestant pour s’emparer de Concarneau tourne à l’échec.

 

Les guerres de la Ligue

La situation devient plus critique en 1585, avec l’arrivée d’un nouveau gouverneur, le duc de Mercoeur dont la femme était la descendante des Penthièvre qui, aux siècles précédents, avaient tenté de s’emparer du duché de Bretagne. Mercoeur se range aux côtés des ligueurs, des ultra-catholiques qui refusent de reconnaître Henri de Navarre comme roi de France. Pendant une dizaine d’années, la Bretagne est en proie à une guerre civile, amplifiée par l’arrivée de troupes étrangères. L’Angleterre protestante envoie des troupes qui cantonnent à Paimpol. La très catholique Espagne en fait autant dans le sud de la Bretagne. Les protestants bretons souffrent beaucoup de cette guerre, nombre d'entre eux y perdant la vie.

En 1598, la Bretagne demeurre la seule province que ne contrôle pas Henri IV. Celui-se dirige vers Nantes et Mercoeur préfère faire sa soumission. Au château de Nantes, Henri IV signe le fameux édit de Nantes qui instaure la liberté religieuse. Le parlement de Bretagne n'enregistre l'édit qu'en 1600. Les temples protestants peuvent rouvrir. Blain, mais aussi Pontivy abrite des communautés protestantes protégées par les Roha,. En 1650, on ne compte guère plus d'un millier de protestants en Bretagne. Les violences persistent. Ainsi, les protestants de Rennes sont victimes des insurgés, lors de la révolte du papier timbré en 1675. Dix ans plus tard, Louis XIV révoque l'édit de Nantes. Les protestants préfèrent fuir et la Bretagne, avec ses nombreux ports, fait figure de porte de sortie d'un royaume de France désormais hostile aux huguenots. Il faudra attendre le XIXe siècle, avec notamment des missionnaires gallois, pour voir à nouveau émerger un protestantisme breton.

catherineparthenay

 

Catherine de Parthenay


le rôle des femmes

Plus qu’ailleurs, les femmes ont joué un rôle essentiel dans l’essor du protestantisme breton au XVIe siècle. C’est en tant que mère qu’elles ont éduqué leurs enfants dans la nouvelle foi, des enfants qui ont ensuite rejoint le parti protestant. Plusieurs de ces femmes ont connu un destin peu commun, à l’instar de Catherine de Parthenay. A 18 ans, elle perd son mari, le baron de Pont-L’abbé, tué lors de la Saint-Barthélémy. Elle épouse quelques années plus tard un autre noble protestant, René II de Rohan et fait de leur château de Blain, en Loire-Atlantique, un important centre de protestantisme. Son fils Henri II de Rohan sera l’un des chefs du parti protestant en France et l’un des principaux ennemis du cardinal de Richelieu. Femme lettrée, on lui doit des poèmes et des pièces de théâtre. A 75 ans, toujours indomptable, Catherine de Parthenay galvanise les protestants de la Rochelle, assiégés par Richelieu. Sa petite fille, Margueritte de Rohan-Chabot, sera la dernière protestante des Rohan. Jusqu’à sa mort en 1683, elle séjourne à Pontivy où se maintient une communauté réformée.






Pour en savoir plus

Jean-Yves Carluer, « les Huguenots bretons (1550-1750), ArMen n°94, mai 1998.

Jean-Yves Carluer, Protestants et bretons, les hommes et les lieux, Edition La Cause, 2003.


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femmes en 1900 09/03/2010 10:44


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