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Histoires de Bretagne

Un blog d'Erwan Chartier-Le Floch

Val d’Aran, la vallée des langues

Publié le 3 Octobre 2011 par ECLF in Minorités en Europe

Avec trois langues officielles, le Val d’Aran possède un statut original dans l’Europe des langues les moins répandues. Cette vallée occitane du centre des Pyrénées, devenue une destination touristique prisée, possède en effet une identité singulière désormais reconnue par la communauté autonome de Catalogne.

Le Val d’Aran (Vath d’Aran, signifiant en occitan la “vallée de la vallée”) est situé dans une zone, la chaîne des Pyrénées, qui ne manque pas de curiosités géopolitiques et linguistiques. Les frontières entre États ne sont ainsi toujours pas délimitées dans plusieurs zones ; on y trouve des enclaves comme celle de Lidia en Cerdagne ou le pays Quint, au Pays basque, sans compter l’existence d’un micro- État, la principauté d’Andorre, connu surtout pour ses commerces de produits détaxés. On y parle aussi plusieurs langues : l’espagnol et le français bien sûr, mais également le basque, le catalan et l’occitan. Cette dernière langue est parlée pratiquée par trois millions de personnes dans tout le sud de la France, dans quelques vallées du Piémont italien et au Val d’Aran, où elle a un statut officiel depuis une trentaine d’années.

 

Une vallée pyrénéenne

Situé sur le versant nord des Pyrénées, le Val d’Aran occupe une superficie d’un peu plus de six cents kilomètres carrés, au nord-ouest de la communauté autonome de Catalogne. Cette vallée constitue, depuis la Préhistoire, l’un des points de passage entre le nord et le sud du massif montagneux. Outre une économie pastorale traditionnelle, ce territoire a toujours profité des échanges entre les deux côtés des Pyrénées. Il a ainsi été longtemps une terre de contrebandiers, avant que la construction européenne et l’effacement des frontières ne rendent caduque cette activité. Si aujourd’hui, une partie des dix mille Arannais travaille dans les venta, ces commerces frontaliers où les clients français viennent acheter des produits espagnols à bas prix, l’économie du territoire est désormais tournée vers le tourisme. Plusieurs stations de ski ont été construites sur les hautes montagnes qui bordent la vallée, tandis que tout un tourisme vert s’est développé, la vallée offrant de magnifiques itinéraires de randonnées. Depuis une trentaine d’années, le Val d’Aran connaît donc une certaine prospérité, en témoignent les nombreuses habitations rénovées dans de pittoresques villages ou les nouveaux équipements routiers visibles dans la vallée. Ils contrastent d’ailleurs avec l’aspect quelque peu délaissé des vallées voisines, côté français.

Mais cette richesse récente n’a pas été sans conséquence sur la situation sociolinguistique du Val d’Aran, avec l’installation de nouveaux arrivants. Ainsi, les locuteurs ayant pour langue maternelle l’occitan ne sont plus que 24 %, contre 39 % pour le castillan, 15 % pour le catalan, 6 % pour le galicien et 15 % pour les autres langues. “Ces chiffres, estime le journaliste Ferriol Macip, incitent à penser que la situation de la langue d’oc est précaire au Val d’Aran. L’Unesco l’a ailleurs placée dans son atlas des langues en danger.” Néanmoins d’autres études montrent que l’occitan est compris par près de 90 % des dix mille habitants de la vallée et 60 % sont censés pouvoir le parler. Pour interpréter ces chiffres, il faut souligner que l’occitan est une langue romane. Il existe donc des phénomènes d’intercompréhension avec le catalan, le castillan et le français.

 

Un statut officiel

La spécificité linguistique du Val d’Aran n’a été reconnue qu’après la fin du franquisme. Le premier statut d’autonomie de la Catalogne en 1979 en fait mention. De même, la première loi de normalisation linguistique de la Catalogne, votée en 1983, comprend un article spécifique sur l’usage de l’occitan en Val d’Aran. Il a permis la mise en place des premiers instruments de développement linguistique, en officialisant l’usage de l’occitan dans le domaine public, l’enseignement et la toponymie. Ce statut de l’occitan a été encore renforcé par la loi de 1990 sur l’autonomie du Val d’Aran. Par ce biais, la communauté autonome de Catalogne accordait à ce territoire de larges compétences.

Plus récemment, le 22 septembre 2010, le parlement de Catalogne a voté une nouvelle loi approfondissant davantage les dispositions en faveur de l’occitan. Celui-ci est désormais officiel non seulement en Val d’Aran, mais également dans toute la Catalogne. Concrètement, un locuteur occitan peut désormais s’adresser par oral et par écrit dans sa langue à l’administration centrale catalane. Tous les documents officiels en occitan sont juridiquement valides et les lois catalanes sont à présent traduites. “On peut même parler en occitan au sein du parlement catalan”, explique Ferriol Macip. Son usage a été systématisé dans l’enseignement, de la maternelle au primaire. Mais cette disposition se heurte au manque d’enseignants qualifiés. Les autorités aranaises souhaiteraient d’ailleurs faire venir du personnel de l’autre côté de la frontière, mais leur installation est contingentée à la maîtrise de l’espagnol.

Depuis la fin du franquisme, la Catalogne a mis en place de nombreux dispositifs pour développer l’usage du catalan. Celui-ci est aujourd’hui l’idiome majoritairement employé par la population et l’une des langues régionales les plus dynamiques en Europe. Si la reconnaissance de l'occitan a été obtenue à l'issue de longues années de revendications, la Catalogne peut dorénavant s'enorgueillir d'être devenue une référence en matière de multilinguisme. Le catalan est d’ailleurs en voie d’être l’une des langues officielles de l’Union européenne ce qui, par ricochet, pourrait également profiter à l’occitan.

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