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Histoires de Bretagne

Un blog d'Erwan Chartier-Le Floch

1694. Débarquement raté à Camaret

Publié le 29 Février 2012 par ECLF in Histoire de Bretagne

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Le 16 juin 1694, les marines anglaises et hollandaises tentent de débarquer un fort contingent à Camaret, afin de prendre et détruire Brest. L’opération échoue face aux milices bretonnes et aux fortifications élevées par Vauban

 

 

À la fin du XVIIe siècle débute ce que certains historiens nomment la seconde guerre de Cent Ans. Pendant plus d’un siècle, entre 1688 et 1815, France et Angleterre ne vont cesser de s’affronter, notamment sur les mers. Annexée au royaume de France en 1532, la Bretagne qui entretenait d’étroites relations commerciales avec les îles Britanniques, devient une province frontière dans les années 1680.

 

Seconde guerre de Cent ans

En 1688, un prince hollandais protestant, Guillaume d’Orange, monte sur le trône d’Angleterre. Cette année-là, une puissante coalition européenne, la Ligue d’Augsbourg, réunissant de nombreux princes allemands, les Pays-Bas et le Royaume-Uni, tente de mettre un terme aux ambitions de Louis XIV. La guerre prend une tournure religieuse. Guillaume III, prince de Hollande est marié à la reine d’Angleterre Marie II. Champion du protestantisme, Il s’oppose frontalement à Louis XIV qui a révoqué, quelques années plus tôt, l’Édit de Nantes.

L’Allemagne et ses nombreuses guerres entre principautés vont constituer le principal théâtre des débuts de ce conflit qui seront aussi maritimes. Plusieurs batailles navales vont opposer la France et la coalition anglo-hollandaise : Bévéziers, la Hague, la Hougue, le Cap Saint-Vincent… Excellent administrateur, Guillaume d’Orange a favorisé les investissements financiers dans la marine britannique qui va connaître un développement spectaculaire. En face, Louis XIV peut compter sur ses stratèges, dont le fameux Vauban. Ce dernier pousse à la guerre de « Caprerie », de corsaires et commence à fortifier le littoral breton. Louis XIV peut s’appuyer sur les puissants armateurs de Saint-Malo qui possèdent une puissante flotte. Il favorise également le développement de la marine royale à Brest.

En 1689, Guillaume II et l’amirauté britannique envisagent d’envahir la Bretagne qui occupe une position stratégique sur l’échiquier européen. Elle est en effet la porte de la Manche et de l’Atlantique. Elle contrôle les relations avec les Amériques. Une expédition est programmée pour juin 1694. Mais les autorités françaises sont bien renseignées et parfaitement au courant des projets britanniques et hollandais. Elles suivent l’affaire pendant plusieurs années. Les troupes de Guillaume d’Orange sont donc attendues de pied ferme.

 

Une rade fortifiée

Infatigable voyageur, Vauban a parcouru le littoral breton et lancé plusieurs chantiers, confiés à ses subordonnés. Belle-Isle, Concarneau, Brest ou Saint-Malo vont ainsi être considérablement fortifiés. L’effort sur Brest est particulièrement important, avec la construction de plusieurs forts pour défendre le goulet, la rade et la presqu’île de Crozon.

Au printemps 1694, les nouvelles des espions français sont alarmantes. À Versailles, on s’inquiète d’autant plus qu’une partie de la flotte de Brest est partie en Méditerranée. Le 16 juin, l’alarme retentit à Ouessant devant laquelle passe une flotte anglo-hollandaise. Commandée par Lord Berkeley, elle prend position en mer d’Iroise le lendemain, croisant entre Berthaume et la pointe du Toulinguet. Elle comprend près de cent cinquante bâtiments de taille diverse. Plusieurs milliers d’hommes sont prêts à débarquer à Trez-Hir, dans le Goulet de Brest ou à Camaret.

 

La bataille s’engage

L’état-major anglo-hollandais a arrêté sa stratégie dans la nuit du 17 au 18 juin. Six frégates et deux vaisseaux doivent avancer en première ligne au matin afin d’endommager la Tour dorée et de permettre ainsi un débarquement massif. Mais le 18 juin, un épais brouillard contrarie les projets des assaillants. À terre, le long des grèves, les troupes françaises et les milices du Léon et de Cornouaille prennent position. À la fin de la matinée, les combats s’engagent. Les navires de guerre prennent pour cible la Tour Vauban, tandis que plusieurs dizaines de chaloupes amènent les troupes commandées par le lieutenant Talmash vers le rivage, notamment vers Trez-Rouz, la « grève rouge » en breton.

Les canons français répliquent aussitôt et se révèlent particulièrement meurtriers. Plusieurs navires sont fortement endommagés et ne peuvent soutenir les chaloupes de débarquement. Ces dernières sont soumises à des tirs de barrage et de mitraille. Loin de bénéficier de l’effet de surprise, les hommes qui débarquent sont hachés par les tirs venant des plages. Plusieurs centaines d’assaillants sont tués rapidement. L’ordre de repli est alors lancé. Des dizaines d’hommes sont faits prisonniers tandis que la flotte anglo-hollandaise se replie après avoir perdu plusieurs bâtiments. La défaite est cinglante. Humiliés, les coalisés quittent l’Iroise pour aller bombarder les ports bretons et normands. Quant à Vauban, il a inscrit une nouvelle victoire à sa légende.

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