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Histoires de Bretagne

Un blog d'Erwan Chartier-Le Floch

Abeilles et Chouchenn

Publié le 30 Septembre 2017 par ECLF in Histoire de Bretagne

Abeilles et Chouchenn

 

 

 

 

Devenu emblématique d’une certaine convivialité bretonne, le chouchenn est une forme d’hydromel que les Celtes de l’Antiquité appréciaient déjà beaucoup. Élixir des dieux et boisson enivrante, le chouchenn avait parfois des vertus et des effets étonnants.

Plus qu’une simple boisson, le chouchenn, chez les Bretons, est associé à une dimension quasi-religieuse et aux grands mythes des Celtes de l’Antiquité. Boisson puissante, supposé faire perdre le sens de l’équilibre, cet hydromel serait un facilitateur de transes, un moyen d’intercéder entre les mondes visibles et invisibles.

Dans la littérature arthurienne, il est décrit comme « une liqueur agréable et douce, qui faisait grandir la joie chez les jeunes gens, la hardiesse et l’esprit chez les guerriers, la modestie chez les femmes ». Jusqu’aux grandes découvertes de la Renaissance, le miel était la principale source de sucre en Europe. En le faisant fermenter avec de l’eau, on obtenait donc une boisson qui avait un statut sacré chez les anciens Celtes. Synonyme d’immortalité, ils la consommaient dans des chaudrons magiques.

Des siècles plus tard, en Bretagne, le miel et les abeilles vont conserver une aura quasi surnaturelle. Cet insecte est paré de nombreuses vertus, notamment celle de la sagesse. Le miel restait associé à l’immortalité de l’âme. Dans la région de Rosporden, on consommait du pain et du miel lors des veillées funèbres et on prenait soin de ne pas fermer le pot de miel, pour que l’esprit du défunt puisse s’y restaurer.

 

Boisson de prestige

Autrefois, on élevait les abeilles dans des ruches sommaires, constituées de troncs évidés ou de panier d’osier. Le mot breton ruskenn, la « ruche » vient d’ailleurs du gaulois rusc, « écorce ». On distinguait d’ailleurs le miel sauvage de la forêt et le miel de ruche. Les deux servaient à fabriquer la cervoise (une bière miellée) ou le chouchenn, ce dernier étant d’abord réservé aux nobles, avant que le vin ne le concurrence en matière de prestige.

Jusqu’à une période récente, le chouchenn a parfois joui d’une réputation ambivalente. Pour le fabriquer, on réutilisait parfois l’eau qui avait servi à l’ébullition de la cire. Or, dans les anciennes ruches en osier, l’extraction du miel provoquait la mort de nombreuses abeilles dont le venin se retrouvait ainsi dans les préparations. C’est ce venin qui provoquait des pertes d’équilibre, des maux de tête et des courbatures parfois sévères.

Mais, avec le développement du tourisme, le chouchenn s’est rapidement imposé comme l’une des boissons emblématiques des Bretons. Des efforts de qualité ont été réalisés et l’accent a été mis sur ses qualités gustatives comme thérapeutiques. En breton, le médecin est en effet un mezeg, un « homme du miel » et le chouchenn est paré de vertus curatives – c’est un fortifiant – et aphrodisiaques. Jusqu’à la Première Guerre mondiale, il était de tradition d’en servir aux jeunes époux avant la nuit de noces…

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