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Histoires de Bretagne

Un blog d'Erwan Chartier-Le Floch

1203. Le duc Arthur assassiné

Publié le 12 Décembre 2013 par ECLF in Histoire de Bretagne

 

En 1203, le souverain anglais, Jean-sans-terre, fait assassiner son neveu Arthur Ier, jeune duc de Bretagne qui se rapprochait trop des Capétiens. Alors que depuis un siècle, la Bretagne était tombée sous l’influence de l’Angleterre, ce crime va pousser temporairement le duché dans l’orbite française. Il annonce aussi la fin du rêve Plantagenêt d’empire transmaritime.

L’histoire d’Arthur Ier, duc de Bretagne, s’est écrite de bout en bout comme une tragédie. Il naît en 1187, quelques mois après la mort de son père, Geoffroy, tué dans un tournoi de chevalerie. Arthur mourra quinze ans plus tard, sous les coups des hommes de son oncle, le tristement célèbre Jean-sans-terre, étrillé dans les romans historiques du XIXe siècle.

 

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En 1187, la situation est pourtant incertaine. Sa mère Constance est l’héritière du duché de Bretagne, tombé dans l’influence Plantagenêt au prix de violents combats contre les aristocrates bretons. Ces derniers entendent reprendre leur indépendance et rêvent de voir Constance se remarier avec un noble breton. Sentant le danger, Henri II Plantagenêt, grand-père d’Arthur, intervient militairement. Constance doit épouser de force un Anglais, Raoul de Chester.

 

Un avenir incertain

Henri II meurt peu de temps plus tard. L’oncle d’Arthur, Richard cœur de Lion, monte sur le trône puis part à la croisade. Il rentre en 1194 et veut contrôler la Bretagne. Mais Constance fait reconnaître le jeune Arthur comme duc, en 1196, devant une assemblée d’aristocrates et de religieux bretons, en 1196. Richard envahit la péninsule, mais il échoue à s’emparer de son neveu, retranché dans Brest.

Sous la protection de l’évêque de Vannes, Arthur est envoyé à Paris. Le roi Philippe-Auguste le prend sous sa protection. Il voit là une façon de renforcer son influence dans la péninsule armoricaine. La mort de Richard Cœur de Lion, en 1199, lors du siège de Châlus, change la donne. Constance fait annuler son mariage avec Raoul de Chester et se remarie à un aristocrate français, Guy de Touars. En 1202, protégé par Philippe-Auguste qui lui a donné la main de sa fille Marie, Arthur de Bretagne fait valoir ses prétentions au trône d’Angleterre contre le dernier fils vivant d’Henri II Plantagenêt, Jean-sans-terre.

 

Une expédition mal préparée

Outre la Bretagne Arthur contrôle une partie de l’Anjou et de la Touraine. Il se lance à la conquête du Poitou, accompagné d’une troupe relativement peu nombreuse. Il est capturé par traîtrise lors du siège du château de Mirebeau. Commence alors un long calvaire. Il est envoyé au château de Falaise, en Normandie, où son oncle tente de lui extorquer une renonciation à ses titres et à ses terres. Arthur refuse et résiste. Jean décide de le faire assassiner.

Arthur est transféré à Rouen, mais son geôlier, Guillaume de Briousse, refuse de le tuer. Selon la chronique de Guillaume le breton, il aurait répondu à Jean-sans-terre : « Je ne sais ce que la fortune réserve dans l’avenir à votre neveu. J’en ai été, jusqu’ici, par vos ordres, le gardien fidèle : je vous le rends vivant, bien portant, jouissant de tous ses membres. Veuillez me donner un successeur pour cette charge. »

 

Assassiné dans une barque sur la Seine

Jean-sans-terre aurait alors lui-même pris les choses en main. Sous ses ordres, on transporte le duc dans une barque sur la Seine. Là, au milieu du fleuve, l’oncle aurait porté deux coups d’épée mortels au jeune homme, le premier dans le ventre, le second à la tête. Jeté dans le fleuve, le cadavre ensanglanté aurait dérivé, avant d’être récupéré par des pêcheurs et enterré dans un prieuré voisin.

 

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Cet assassinat provoque une réaction d’autant plus vive en Bretagne que Jean-sans-terre entend exercer la régence du duché, pendant la minorité de l’héritière Aliénor, sœur d’Arthur. Retenue prisonnière à Bristol, elle y restera jusqu’à sa mort, en 1241.

En Bretagne, nobles et évêques désignent Guy de Touars, veuf de la duchesse Constante, comme régent au nom de la fille du couple, Alix. Les Bretons demandent justice auprès du roi de France. Philippe Auguste y voit l’occasion rêvée d’affaiblir son voisin anglais. L’armée française rentre en Normandie. Elle envahit aussi l’Anjou et l’Aquitaine. En moins de deux ans, Jean-sans-terre a perdu toutes ses possessions continentales. Conséquence indirecte de la mort d’Arthur, l’empire Plantagenêt s’effondre. De plus, les destins tragiques d’Arthur et de sa sœur Aliénor frappent les imaginations, assurant une mauvaise réputation durable à Jean-sans-terre. Une image qui ne devait guère s’améliorer par la suite, avec notamment les romans historiques de l’époque romantique, avec notamment Walter Scott ou les récits autour de Robin des bois.

Quant à la Bretagne, elle s’éloignait quelque temps de l’Angleterre. Dix ans après la mort d’Arthur, un Capétien français devenait duc de Bretagne. Ce qui n’empêcha pas Pierre Ier « Mauclerc » de se montrer fort indépendant vis-à-vis du royaume de France.

 

 

 Un nouveau roi Arthur ?

Si l’assassinat d’Arthur Ier de Bretagne a eu autant de retentissement, c’est qu’il est lié à la ressurgence des légendes arthuriennes à cette période. Le choix de son prénom, Arthur, ne doit en effet rien au hasard pour ce jeune duc. Sous l’impulsion de son grand-père, Henri II Plantagenêt, roi d’Angleterre, duc de Normandie, comte d’Anjou qui a envahi une partie de l’Irlande et du pays de Galles, une véritable mode pour les récits arthuriens se développe de part et d’autre de la Manche. Le mythe du fameux roi Arthur, chef des Bretons du haut Moyen Âge, permet aux Plantagenêt de concurrencer, par son antériorité, l’autre grande saga médiévale, la chanson de Roland, assimilée aux rois de France. Arthur permet aussi de rappeler que les Saxons furent eux aussi des envahisseurs de l’Angleterre, avant d’être chassés du trône par les Normands de Guillaume Le Conquérant. L’un des historiens de la cour d’Angleterre, d’origine bretonne, Geoffroy de Monmouth, écrit une Histoire des rois de Bretagne qui évoque le passé celtique de l’île. Cette histoire, largement diffusée par les Plantagenêt, est un best-seller pour l’époque. C’est également à cette période que s’écrivent les premiers « romans », des récits en langue vernaculaire (le « roman » dont est issu le français) et non en latin. Ils s’inspirent souvent de cette riche « matière de Bretagne » qui évoque les exploits du roi Arthur et de ses chevaliers de la Table ronde.

À la fin du XIIe siècle, de nombreuses prophéties annoncent le retour d’un nouveau roi Arthur qui réunira les deux Bretagne et régnera des deux côtés de la mer. Or, si Arthur Ier de Bretagne est l’héritier du duché par sa mère, Constance, il a aussi des prétentions au trône d’Angleterre de par l’héritage de son père Geoffroy Plantagenêt. Il est donc présenté par ses partisans comme le nouveau roi Arthur, un rêve brisé par sa mort précoce.


Pour en savoir plus :

Collectif, Toute l’histoire de la Bretagne, Skol Vreizh, Morlaix, réédition 2012.

Éric Borgnis-Desbordes, Arthur de Bretagne, l’espoir breton assassiné, Yoran Embanner, Fouesnant, 2012.


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