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Histoires de Bretagne

Un blog d'Erwan Chartier-Le Floch

1154. le géographe arabe Idrisi cartographie la Bretagne

Publié le 8 Avril 2009 in Histoire de Bretagne

Nombreux, et depuis la plus haute Antiquité, ont été les explorateurs qui ont visité les rivages de la Bretagne. C'est un Carthaginois qui, au Ve siècle avant J.C, en parle pour la première fois et, au IVe siècle, avant J.C, le Grec Pythéas y fait escale. C’est d’ailleurs à un autre Méditerranéen, le géographe maghrébin Idrisi, que l’on doit la première carte représentant la Bretagne, en 1154.

 


Il était musulman, mais travaillait pour un roi chrétien : le géographe Idrisi a pu donner toute la mesure de son talent dans un royaume qui a rayonné, au XIIe siècle, sur tout le monde médiéval : la Sicile. Imprégnée par son histoire et par les cultures latines, byzantines et musulmanes, l’île a été conquise par les Normands d’Europe du nord sur les Arabes au XIe siècle. Cet État aux multiples influences accueille alors nombre de savants européens ou orientaux. C’est le cas d’Al-Sharîf al-Idrisi, né à Ceuta, au Maroc, en 1099 qui après de nombreux voyages, devient, en 1140, le géographe officiel du roi Roger II de Sicile.

 

Au carrefour de plusieurs traditions savantes

Idrisi bénéficie des connaissances scientifiques des Arabes - eux-mêmes héritiers des Grecs et des Romains -, dont la brillante civilisation s’étend alors des Indes à l’Espagne. Une des œuvres principales d’Idrisi, la « table de Roger », une grande mappemonde, donne d’ailleurs une vision du monde centrée sur la péninsule arabique.

Pour composer son livre Délassements de l’homme désireux de connaître à fond les diverses parties du monde, Idrisi a pu bénéficier des renseignements des marins arabes –ceux-ci utilisent alors couramment la boussole – et des navigateurs européens, des Normands en particulier qui sont les héritiers de la grande tradition maritime des Vikings. Cet ouvrage, qui comporte la première représentation cartographique de la Bretagne est d’ailleurs essentiellement une carte nautique. Les villes côtières y sont principalement représentées et, selon l’historien Bernard Tanguy, elle « offre du littoral une image qui en rend assez bien compte, compte tenu de l’époque, l’allure d’ensemble et préfigure manifestement la représentation qu’en donneront les portulans du XIVe siècle. »

 

La mer ténébreuse

Il est plus que vraisemblable qu’Idrisi ne se soit jamais rendu en Bretagne et que, pour la décrire, il se soit appuyé sur des témoignages et des documents anciens. Ce qui n’enlève rien à l’intérêt historique de sa description. Il y décrit le climat influencé par l’Océan : « il vient continuellement de ce côté des brumes, des pluies, et le ciel est toujours couvert, particulièrement sur le littoral ». Sa carte comporte aussi le tracé de trois îles sur la côte sud de la péninsule. Il indique d’ailleurs que « il existe dans cette mer quantité d’îles habitées. Peu de navigateurs osent s’y hasarder. »

Idrisi se fait aussi l’écho de la méfiance des marins méditerranéens pour l’Océan atlantique qu’il nomme la « mer ténébreuse » et qu’il décrit ainsi : « Les eaux de cette mer sont épaisses et de couleur sombre ; les vagues s’y élèvent de manière effrayante ; sa profondeur est considérable ; l’obscurité y règne continuellement. La navigation y est difficile, les vents impétueux, et du côté de l’Occident, les bornes en sont inconnues. […]. Malgré tout ce que cette mer présente d’effrayant et malgré l’épaisseur de ses vagues, elle contient beaucoup de poisson excellent, et on s’y livre à la pêche dans des localités déterminées. »

 




Treize villes bretonnes

Les descriptions des chroniqueurs francs sur la Bretagne et des Bretons, au milieu du Moyen Âge, ne sont en général guère flatteuses. Idrisi n’est guère plus complaisant lorsqu’il décrit la péninsule : « Les pays que nous venons de décrire se ressemblent entre eux sous le rapport des productions du sol et de l’état de la population. Les maisons sont contiguës, les ressources de toutes espèces et les céréales abondantes ; mais la population y est généralement ignorante, grossière et insouciante. ».

Le géographe nomme treize villes Rennes, Nantes, Raïs, Redon, Vannes, Quimperlé, Quimper (sans doute Penmarc’h), Leones (Douarnenez), Saint-Mathieu, Saint-Malo, Dinan, Dol et Saint-Michel. Il indique des distances entre elles et les grands itinéraires. Sur sa carte, on distingue deux massifs montagneux, peut-être le Mené et les monts d’Arrée. Idrisi donne aussi quelques détails sur ces villes. Ainsi, Nantes : « grande, bien bâtie, bien peuplée […] Elle est agréable, fortifiée et sa terre est fertile » ou Rennes : « C’est une grande ville, peuplée, pourvue en vivres, entourée de fortes murailles, où l’on peut se livrer à des spéculations mercantiles. »

On apprend aussi que « de Dinan à Dol, on compte cinquante miles ; C’est une ville prestigieuse, située au milieu du Golfe avec des marchés animés et un bon commerce. On y trouve des grains, on y boit l’eau des puits, bien qu’il s’y trouve aussi des sources. Et il s’y exploite des vignobles et des plantations. ». Parfois curieuses et inexactes, ces descriptions vieilles de huit siècles et demi n’en restent pas moins un témoignage exceptionnel et émouvant sur la Bretagne.

 

Pour en savoir plus

Bernard Tanguy, « Une carte de Bretagne de 1154 », ArMen n°39

Arthur de la Borderie, Histoire de Bretagne, tome II

 

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Samir de Chartes de Bretagne 21/09/2010 05:41


merci beaucoup pour cette éclairsissement,je suis français d'origine marocaine et mes enfants sont métissés (bretons-marocains),ma passion c'est l'histoire des civilisations...et grâce à votre
article mes enfants vont savoir qu'ils font partis d'un certain "héritage" de la Bretagne..